Monsieur le Premier ministre, parlons de « manipulations de l'information ».
Mai 2022, finale de la Ligue des Champions au Stade de France. Le ministre de l'Intérieur accuse publiquement les supporters de Liverpool d'être responsables du chaos. C'était faux. Une enquête du Sénat et un rapport commandé par l'UEFA ont établi la responsabilité des autorités françaises. Il a présenté ses excuses trois ans plus tard.
Ce ministre s'appelle Gérald Darmanin. Il est aujourd'hui votre garde des Sceaux. C'est lui qui administrera la justice de vos « nouveaux référés ».
Question simple : en 2022, votre référé contre la manipulation de l'information, il aurait visé qui ? Les supporters qui disaient la vérité, ou le ministre qui la travestissait ?
Voilà le problème structurel. L'État n'est pas un arbitre neutre de la vérité. Il est un joueur. Et l'histoire récente prouve qu'il manipule l'information au moins aussi bien que ceux qu'il prétend combattre.
Vous écrivez que « la confiance dans notre démocratie est à ce prix ». Non. La confiance ne se décrète pas par référé. Elle se reconstruit avec un budget tenu, une justice qui fonctionne, des rues sûres.
3 500 milliards de dette. Près de 900 interpellations pour une finale de football il y a dix jours. Et votre réponse, c'est un outil juridique pour faire retirer plus vite des paroles dérangeantes, à un an de la présidentielle.
Le 6 octobre, vous disiez qu'on ne peut pas ĂŞtre Premier ministre lorsque les conditions ne sont pas remplies. Regardez autour de vous. Le sont-elles ?
Les ingérences numériques étrangères menacent de plus en plus le débat et la vie démocratique.
Si elles n’ont pas eu d’effet majeur sur les dernières élections municipales, elles laissent entrevoir de lourdes menaces sur l’élection présidentielle de 2027. La vigilance s’impose dès les élections provinciales de Nouvelle-Calédonie en juillet au regard des ingérences que le territoire a déjà connues.
Face à cette menace, nous faisons le choix de la transparence en publiant les rapports présentés aujourd’hui à la presse et aux formations politiques.
Dans les prochains jours, je consulterai l’ensemble des formations politiques pour renforcer nos protections électorales, notamment par de nouveaux référés permettant d’agir rapidement contre les manipulations de l’information.
La confiance dans notre démocratie est à ce prix.