Une femme qui parle, on ne la croit pas.
Deux, c'est une coïncidence.
Cinq, une cabale.
Il faut en arriver à un empilement de témoignages pour que la machine accepte enfin de bouger.
Voilà ce que pèse la parole d'une femme dans ce pays :
Il aura fallu trente témoignages, huit plaintes, des faits étalés sur près de trente ans, pour que Patrick Bruel se retrouve en garde à vue. Il aura fallu cette accumulation. Il aura fallu un dossier devenu trop lourd pour qu'on puisse encore l'enterrer.
Il aura fallu treize plaintes et une cinquantaine de témoignages pour que la justice avance dans le dossier Patrick Patrick Poivre d'Arvor, et qu'il soit mis en examen. On les a traitées d'affabulatrices, de jalouses, de profiteuses. Lui a retourné l'arme contre elles : une plainte pour dénonciation calomnieuse, classée sans suite. Une procédure bâillon, pour faire de la victime une coupable.
Il aura fallu des années d'accusations, et un procès pour deux femmes agressées sur un tournage, pour que Gérard Depardieu soit condamné. Dix-huit mois avec sursis. Il a fait appel. Il aura surtout fallu attendre la fin de sa carrière, trente ans de cinéma et de "tout le monde savait".
Plus l'homme est adulé, moins la femme est crue. La célébrité tient lieu d'alibi. Ce système ne tombera pas tout seul. Il faut le décider.
Nous Président, ce sera une justice qui a les moyens d'aller vite et d'aller au fond. Une grande loi cadre intégrale contre les violences sexuelles avec 130 mesures recommandées par les actrices et acteurs de terrain. Une enquête à chaque plainte, et les moyens de la mener. Une éducation à la vie affective et sexuelle qui existe vraiment, dans les classes, pas seulement dans les textes.
Qu'il ne faille plus trente témoignages, ni trente plaintes, ni trente ans. Qu'une seule parole suffise à déclencher la justice. Pour en finir avec l'impunité.