LETTRE OUVERTE
À SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN
Objet : Plaidoyer pour une clarification des responsabilités institutionnelles et un renforcement de la cohérence de l’action gouvernementale
Monsieur le Président de la République,
C’est avec respect pour les institutions de notre pays et avec un profond attachement à l'efficacité de l'action publique que je me permets d'attirer votre haute attention sur une question qui suscite de nombreuses interrogations parmi nos concitoyens : celle de la lisibilité des responsabilités institutionnelles dans la conduite des grands projets publics.
Le Cameroun dispose pourtant d'un cadre réglementaire définissant les missions des différents départements ministériels. Les textes organisant le Gouvernement attribuent notamment au Ministère de la Santé Publique la responsabilité de l'élaboration, de la mise en œuvre et du suivi de la politique nationale de santé, ainsi que de la planification du développement sanitaire. De son côté, le Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain est chargé de la mise en œuvre de la politique gouvernementale en matière d'habitat, d'aménagement urbain et de développement des infrastructures urbaines.
Dans ce contexte, l'opinion publique a été surprise d'apprendre que Madame le Ministre de l'Habitat et du Développement Urbain présidait une réunion de cadrage consacrée à la réalisation d'un Centre Médical d'Excellence Africaine, projet dont la vocation première relève manifestement du secteur de la santé.
Cette situation appelle naturellement plusieurs interrogations légitimes :
* Quel est le ministère chef de file de ce projet ?
* Quelle est la répartition exacte des responsabilités entre les administrations concernées ?
* Quelle autorité assure la coordination stratégique, technique et financière du projet ?
* S'agit-il d'une délégation spécifique décidée au plus haut niveau de l'État ou d'une nouvelle approche de gouvernance des grands projets publics ?
Monsieur le Président,
Cette interrogation dépasse largement le cadre d'un projet particulier. Elle renvoie à une préoccupation plus générale relative à la cohérence de l'action gouvernementale.
Au fil des années, plusieurs projets structurants ont donné lieu à des perceptions de chevauchements institutionnels ou à des difficultés de coordination entre administrations intervenant sur un même dossier. Les rapports publics de certaines institutions de contrôle, les observations formulées lors de débats budgétaires ainsi que diverses évaluations de projets publics ont régulièrement mis en évidence des problèmes liés à la multiplicité des intervenants, à l'insuffisante clarification des responsabilités et à la dilution des mécanismes de redevabilité.
Sans prétendre attribuer systématiquement les retards observés à ces seuls facteurs, force est de constater que lorsque plusieurs administrations interviennent simultanément sans que leurs responsabilités respectives soient clairement identifiées et rendues publiques, il devient difficile pour les citoyens de savoir :
* qui décide ;
* qui exécute ;
* qui contrôle ;
* et qui répond des résultats obtenus.
Cette situation alimente parfois un sentiment de confusion institutionnelle qui nuit à la compréhension de l'action publique et affaiblit la culture de redevabilité pourtant indispensable à toute administration moderne.
Par ailleurs, l'architecture réelle de la prise de décision publique mérite également d'être mieux explicitée. Dans la pratique, nombre de grands projets stratégiques mobilisent simultanément la Présidence de la République, les Services du Premier Ministre, les ministères sectoriels, les administrations techniques et parfois même des structures ad hoc de pilotage.
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