Il y a quelques jours de cela, je suis allé voir une pièce de théâtre, une histoire d'amour qui se passe à New York. C'est une bonne pièce, tout va bien. J'en oublie même que je suis mal assis.
Et puis, à un moment, la protagoniste qse balade avec son amoureux dans les rues de la ville, quand ils découvrent au loin, entre deux immeubles, la statue de la liberté. la fille s'enflamme alors : "voilà ce que les migrants découvrent quand ils arrivent à New York par bateau." clame-t-elle. Et elle ajoute " car nous sommes tous des migrants."
Evidemment, le personnage n'avait aucune raison de dire cela. Cette pauvre nana se débat depuis une heure quinze avec un mari pas sympa et un amant bien charmant. La politique n'a aucune place dans sa vie ni, techniquement parlant, dans le conflit qui la fait exister en tant que protagoniste d'un drame.
C'est donc un truc "what the fuck ? ". C'est l'égo de l'auteur qui déborde de la page et qui le pousse à interpeller son public pour lui dire " si vous le voulez bien, nous allons maintenant marquer une courte pause dans notre histoire, le temps que vous réalisiez à quel point je suis AUSSI un type formidable. Ces histoires de migrants me tiennent à coeur et, donc, elles doivent vous concerner également."
Pour moi, c'est une faute professionnelle. Quand on est un auteur, on n'a pas le droit de prendre en otage son public et de se foutre de sa gueule. Le spectateur vient, paie sa place, s'assoit et daigne éteindre son portable. c'est déjà beaucoup. On ne pas lui demander EN PLUS de s'infuser nos opinions politiques personnelles.
C'est (aussi) la faute de Frédéric Biessy, le directeur de la Scala, dans les ennuis après sa sortie de route en public. Quoiqu'il ait dit (ou pas dit) Il n'a pas le droit de détourner la "suspension d'incrédulité" de son jeune public pour leur infliger ses vues sur le monde.
Pour autant, cela ne veut pas dire que le théâtre ne peut pas être politique. Prenez Michalik, toute son oeuvre témoigne de son engagement à l'extrême gauche. A ce titre, sa pièce "Passeport" n'avance pas masquée, si je puis dire. Le protagoniste est un migrant coincé dans la jungle de Calais. les flics sont tous des fachos débiles. Il n'y a pas d'entourloupe : tout le monde sait ce qu'il va voir quand il prend place fauteuil 23, rangée 12. Michalik a le droit d'écrire ce truc, le public peut décider d'aller le voir ou non et le Maire de Castres peut décider que ça le gonfle et, qu'en conséquence, il ne la programmera pas. Tout cela relève de la liberté de chacun.
On dit toujours que le théâtre est le "lieu de la vérité". C'est un peu foireux, évidemment, comme toutes les formules sentencieuses du même genre, mais il y a bien un contrat tacite passé avec le spectateur qui doit être respecté sous peine, d'une part, de se déshonorer et, d'autre part, de subir sa légitime colère en retour.