Les déclarations de Gilles Simeoni sont dangereuses pour l’avenir institutionnel de la Corse et ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Lorsqu’un responsable politique affirme qu’un éventuel rejet du projet d’autonomie serait « lourd de conséquences », cela ressemble davantage à une menace à peine voilée qu’à un appel serein au débat démocratique.
Ce type de déclaration peut créer des tensions inutiles, nourrir des ressentiments et braquer certains groupes politiques pourtant indispensables à l’aboutissement du projet.
Dans une démocratie, aucun projet institutionnel ne devrait être adopté sous la pression ou dans la crainte des conséquences de son rejet. Un texte aussi important pour l’avenir de la Corse mérite au contraire d’être construit dans le dialogue, le respect des sensibilités politiques et la recherche d’un véritable consensus.
Or, à ce stade, nous sommes encore loin d’un consensus entre l’ensemble des forces politiques. Le projet actuellement discuté ne fait, pour le moment, consensus qu’entre nationalistes et macronistes. Les premiers y voient l’occasion de mettre en avant un bilan institutionnel, tandis que les seconds cherchent surtout à montrer qu’ils ont entendu les Corses après les violences survenues dans l’île à la suite de l’assassinat d’Yvan Colonna par un islamiste.
C’est pourquoi, plutôt que d’agiter le spectre de « lourdes conséquences », Gilles Simeoni devrait s’atteler à convaincre tous les groupes politiques avec de véritables arguments politiques et historiques, afin d’améliorer ce texte et, surtout, de prendre en considération les propositions formulées par les autres groupes politiques, en particulier celles du RN.
Le Rassemblement national propose par exemple de rendre obligatoire la consultation des Corses, afin qu’ils puissent se prononcer eux-mêmes sur le projet. Sur un sujet aussi fondamental, ce sont d’abord les Corses qui doivent choisir.
Il propose également de déroger au principe d’égalité en matière d’emploi, de logement et de foncier afin de mettre en place une véritable « priorité régionale ».
Le Rassemblement national propose aussi la création des pièves du Nord et du Sud, afin de redonner un nouveau souffle à la démocratie corse et d’éviter que tous les pouvoirs soient concentrés entre les mains de la seule collectivité territoriale.
Car en concentrant tous les pouvoirs entre les mains de cette collectivité unique, les nationalistes défendent finalement en Corse ce qu’ils dénoncent à Paris. Une centralisation excessive du pouvoir. Ils ne peuvent pas, d’un côté, critiquer le centralisme de l’État pour justifier l’autonomie, et de l’autre, reproduire ce même centralisme à l’échelle insulaire.
Si autonomie il doit y avoir, elle doit avant tout servir les intérêts des Corses, leur permettre de vivre, travailler et se loger sur leur terre, et ne pas se limiter à un simple objet de communication permettant à Gilles Simeoni et aux nationalistes de mettre en avant un bilan institutionnel. C’est bien la seule chose qu’ils peuvent encore défendre, tant ils ont échoué sur tout le reste.
À force de laisser entendre qu’un échec serait « lourd de conséquences », Gilles Simeoni prend le risque de fragiliser lui-même le compromis qu’il prétend défendre. Ce sont précisément ce genre de phrases, plus que les désaccords de fond, qui peuvent tout faire capoter.
Le succès de l’autonomie se mesurera à sa capacité à améliorer concrètement la vie des Corses. C’est sur ce terrain que doit se construire le consensus, et non dans l’intimidation ou les ultimatums. Car, en cas d’échec du projet, ceux qui auront refusé de prendre en compte les propositions du Rassemblement national, premier groupe d’opposition à l’Assemblée nationale et sans lequel rien ne peut se faire, devront en assumer la responsabilité.
Seule une autonomie insulaire protectrice, pensée pour les Corses, permettra de répondre efficacement aux défis politiques, économiques, sociaux et culturels auxquels l’île est confrontée.
"Lourd de conséquences": Gilles Simeoni s'inquiète d'un échec du projet d'autonomie de la Corse à l'Assemblée nationale
l.bfmtv.com/uNIU