Monsieur le Ministre,
Votre prise de parole concernant les troubles survenus à Kinshasa appelle une réponse ferme, tant elle illustre, une fois de plus, une diplomatie de complaisance et une politique du « deux poids, deux mesures » devenue illisible.
Parfois, le silence est d'or ; une intervention de trop ne fait qu'entamer un peu plus une crédibilité déjà largement fragilisée.
Vous semblez vous enfermer dans une approche d’indignation sélective et le "deux poids, deux mesures"
Il est fascinant d'observer la promptitude avec laquelle la diplomatie belge monte sur ses grands chevaux lorsqu'il s'agit de pointer du doigt et avec emphase la Russie et d’autres nations considérées par le Gouvernement belge comme des états totalitaires comme l’Iran…
Pourtant, cette même vigueur s'éteint subitement, remplacée par un mutisme prudent, dès lors que les intérêts ou les actions des États-Unis sont en jeu.
En somme, cette géométrie variable dans l'indignation décrédibilise la voix de la Belgique sur la scène internationale.
L'hypocrisie de la "confiance" en la justice congolaise
Affirmer aujourd'hui, avec une indécence rare, que vous faites « confiance à la justice de la RDC » pour faire la lumière sur ces événements relève du comble du cynisme. De quelle justice parlez-vous ?
Pour Rappel et Mémoire, vous souvenez-vous encore de l'affaire Chérubin Okende :
Le rapport médico-légal sur la mort suspecte de Chérubin Okende, pourtant réalisé avec l'appui d'un expert belge, n'a jamais été rendu public. Les rumeurs de couloir et les faits suggèrent une recommandation et une connivence de haut niveau en Belgique et en RDC pour étouffer ce dossier.
« Le "pseudo-suicide" de Kinshasa : »
Qu'en est-il de la mort suspecte, qualifiée un peu trop vite de suicide, de l'informaticien belge à Kinshasa durant les élections présidentielles de 2023 ? Là encore, l'omertà institutionnelle l'a emporté sur la quête de vérité.
Demander aujourd'hui une « enquête objective » aux autorités congolaises alors que la Belgique elle-même participe à l'opacité de dossiers capitaux est une posture d'une profonde hypocrisie.
Des principes démocratiques déconnectés du réel:
« Les débordements violents, l’usage excessif de la violence [...] n’ont pas leur place en démocratie. »
Certes, le rappel de ces principes est louable sur le papier. Mais venant d'une diplomatie qui s'accommode des pires dérives dès lors que ses intérêts ou ceux de ses puissants alliés sont préservés, ces mots sonnent creux.
La liberté de manifester et le respect des lois ne peuvent être défendus efficacement par ceux qui pratiquent l'indignation sélective.
Avant de donner des leçons de démocratie et d'exiger la lumière sur les responsabilités des violences à Kinshasa, la diplomatie belge s'honorerait à balayer devant sa porte, à faire toute la clarté sur ses propres zones d'ombre en RDC, sa complaisance envers les dérives dictatoriales de Félix Tshisekedi et à abandonner sa rhétorique à double standard.