Initiative à 10 mio, le vote honteux de Genève uniquement dû à la gauche ?
Non. Et c’est bien plus grave que ça.
Dimanche, Genève a rejeté l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions » à près de 65 %, un des scores les plus massifs du pays. On pourrait se contenter de dire « c’est la gauche romande », « les bobos de la ONU » ou « les fonctionnaires internationaux ». C’est trop facile. La réalité est plus brutale et plus structurelle.
Genève n’est plus un canton suisse comme les autres. Parmi les adultes, seuls 33 % possèdent uniquement la nationalité suisse. Près de 30 % sont binationaux et 37 % sont encore étrangers. Résultat : les électeurs suisses du canton sont composés, pour moitié ou plus, de naturalisés récents et de binationaux. Des dizaines de milliers de personnes qui ont obtenu le passeport rouge ces 10-15 dernières années, souvent après avoir vécu toute leur vie adulte à l’étranger ou dans un contexte migratoire.
Ces électeurs ne sont pas « de gauche » par hasard. Ils ont, pour beaucoup, un lien direct et récent avec l’immigration. Ils perçoivent naturellement une initiative qui veut freiner fortement l’arrivée de nouveaux habitants comme une menace contre leur propre trajectoire ou celle de leurs proches. Leur vote massif pour le non n’est pas idéologique au sens classique : il est démographique et identitaire.
Ajoutez à cela une économie entièrement bâtie sur l’ouverture : ONU, organisations internationales, finance, pharma, recherche. Des secteurs où Suisses « de souche » et naturalisés travaillent côte à côte et profitent de la libre circulation. La peur du « Brexit suisse » a fait le reste.
Bien sûr, la gauche genevoise, les milieux académiques et humanitaires ont fait campagne. Mais sans ce réservoir massif de naturalisés et binationaux, le non aurait été beaucoup plus serré, voire le oui aurait pu l’emporter. Ce sont eux, par leur nombre et leur profil, qui ont fait pencher la balance de façon décisive.
Genève n’a donc pas voté « à gauche ». Elle a voté selon sa nouvelle composition démographique : un canton où les Suisses historiques sont devenus minoritaires dans le corps électoral sur ces questions. C’est cela, le vote de dimanche. Pas seulement un clivage gauche-droite. Une transformation profonde du peuple qui vote.
Et c’est exactement ce que l’initiative voulait empêcher avant qu’il ne soit trop tard. Genève vient de prouver, chiffres à l’appui, à quel point le temps presse ailleurs en Suisse.