ISRAËL: PEINE CAPITALE, UN COUP POLITIQUE, LE BAISER DE LA MORT
La Knesset ouvre la porte à la peine de mort, c’est un basculement majeur et profondément inquiétant.
Je suis de la génération qui a vu la peine de mort abolie grâce à Badinter. J’ai vécu dans une Amérique qui a envoyé des innocents à la chambre d’exécution. Ce vote me dévaste parce qu’il va à l’encontre de tout ce que je crois être la justice des hommes.
La Knesset s’apprête à franchir un seuil : autoriser la peine de mort pour certains actes terroristes. Une décision présentée comme une nécessité sécuritaire. Mais soyons honnêtes sur ce qu’elle est vraiment : une manœuvre politique.
Ben Gvir n’est pas naïf. Il sait exactement ce qu’il fait. Cette loi, c’est du grain à moudre pour son électorat, un marqueur idéologique fort, calibré pour les prochaines élections. Peu importe qu’elle soit applicable. Peu importe qu’elle soit juste. Ce qui compte, c’est le signal envoyé.
Et surtout, soyons clairs : dans sa formulation actuelle, cette loi viserait uniquement les Palestiniens. De facto, elle introduirait une distinction entre les justiciables selon leur identité, ce qui la rend juridiquement explosive. Une loi qui ne s’applique pas de manière égale à tous les citoyens ne peut pas, par définition, s’inscrire pleinement dans le cadre de l’État de droit israélien. Elle ouvrirait la voie à une contestation quasi certaine pour discrimination.
D’ailleurs le texte serait suffisamment mal rédigé pour être facilement invalidé par la Cour suprême. Ce qui n’est pas un bug, c’est peut-être le plan. Car cette invalidation prévisible offrira à Netanyahou exactement ce dont il a besoin : un nouvel argument pour justifier sa réforme judiciaire, affaiblir la Cour, et se poser en défenseur d’une majorité que les juges, selon lui, bâillonnent. Un coup double. Du cynisme à l’état pur.
Derrière l’argument de la sécurité, c’est donc une question fondamentale qui se pose : jusqu’où un État de droit peut-il aller sans cesser d’être un État de droit ? Israël dispose déjà d’un arsenal pénal parmi les plus durs au monde face au terrorisme.
Étendre la peine capitale marquerait une rupture avec une ligne juridique et morale tenue depuis des décennies et difficilement réversible.
Elle n’a été appliquée que deux fois dans l’histoire du pays :
- Meir Tobianski, 1948, un officier condamné pour haute trahison, une erreur judiciaire reconnue
- Adolf Eichmann, 1962. Un criminel de guerre nazi. Un cas d’exception, un procès pour l’histoire, une condamnation exemplaire, voulue comme telle.
🔹 La tradition juive elle-même porte en elle une forme de sagesse sur ce point. Le Sanhédrin - l’ancienne cour suprême religieuse du peuple Juif à l’époque du Second Temple, composée de sages chargés de juger selon la loi juive - incarne cette exigence extrême de prudence. Le Talmud avertit qu’ « un Sanhédrin qui exécute une personne en soixante-dix ans est considéré comme destructeur. » La justice juive ne cherche pas l’exécution, elle cherche à l’éviter. Elle privilégie la vie, la prudence, la possibilité du repentir. Si seulement ces principes pouvaient encore avoir voix au chapitre dans l’Israël d’aujourd’hui.
Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement une loi. C’est une ligne.
Entre justice et vengeance.
Entre dissuasion et dérive.
Entre l’impératif de sécurité et les principes qui font qu’une démocratie reste une démocratie.
Une fois ce seuil franchi, l’histoire nous enseigne qu’on ne revient pas en arrière. Ou alors, très difficilement. Et à quel prix.