A ton avis, pourquoi t’as le droit de renter en territoire israélien ?
Et pas les descendants de la Nakba?
Et pas les députés français qui ont voté pour l’arrêt d’envoies d’armes ou de composants à l’armée Israélienne ?
Carnet de route, lundi 8 juin, jour 1
Du fracas des sirènes à l’usure des collines
5h50. L'aube se déchire avant même d'avoir éclos. Le hurlement du téléphone perce le silence, immédiatement relayé par la stridence des sirènes qui enveloppent Tel Aviv. La descente précipitée vers l'abri, au sous-sol de l'immeuble, a quelque chose de mécanique, un automatisme tragique que l'on intègre malgré soi. Entre 6 heures et 8 heures, le rituel se répète par trois fois. Dans la pénombre du refuge, on mesure l'implacable effet domino de la région : le raid israélien nocturne sur Téhéran, réplique de l'attaque iranienne de la veille, elle-même déclenchée par les bombardements israeliens au Sud-Liban… Je pense à la comptine Had Gadyah… Une chorégraphie funeste qui vient de réduire en cendres le fragile cessez-le-feu du 8 avril. L'agenda institutionnel s'efface devant l'urgence balistique ; la Knesset où je devais me rendre aujourd’hui garde portes closes sous la menace de l'alerte. Vite, il faut jongler avec le programme des jours à venir.
En fin de matinée, ce sera donc la route vers le sud de la Cisjordanie. Elle impose une autre géographie de la tension. Le village d'At-Tuwani apparaît dans l'âpreté et la beauté des collines. Ici, la violence ne tombe pas du ciel, elle s'insinue au sol, lente, méthodique et impunie. Dans la maison de Taleb, fermier palestinien, l'air est lourd d'une colère qui lutte pied à pied contre la résignation. Par la fenêtre, l'injustice prend une forme physique : des tentes fraîchement plantées par des colons israéliens sur ses propres terres, et des moutons qu'on y fait paître comme pour mieux effacer sa présence. Face à ce harcèlement quotidien, ni l'armée ni la police ne font rempart. L'horizon semble se réduire à l'exil contraint vers la ville voisine de Yatta. [ VIDÉO CI DESSOUS]
Pourtant, au milieu de ce dénuement, une humanité têtue persiste. C'est celle de ces activistes israéliens que j’ai rejoint sur place. Ils viennent s'interposer, offrent leurs propres corps comme boucliers de fortune, dorment dans le village et documentent chaque exaction. Une solidarité brute, tissée dans la poussière et la peur partagée.
Le retour vers Tel Aviv en fin de journée ressemble à un saut dans une dimension parallèle. Les esprits, loin des collines pelées de Cisjordanie, sont échauffés par d'autres urgences. La rencontre avec des citoyens franco-israéliens, engagés dans la quête de ponts invisibles, révèle les fractures d'un camp progressiste enfiévré par la perspective des élections cruciales de l'automne prochain.
Tenir une ligne de crête dans ce paysage fracturé relève du défi permanent. Sur le plateau d'I24News, il a fallu porter cette parole d'équilibre, défendre la nuance et la culture du compromis face à la caméra, dans un pays où la polarisation est devenue le langage par défaut [VIDEO DE L’INTERVIEW CI-DESSOUS]
La journée s'achève enfin autour d'un dîner avec Daniel Shek. Avec l'ancien ambassadeur d’Israël en France, la diplomatie reprend ses droits, offrant un peu de recul et de perspective sur un territoire qui, de l'aube aux sirènes jusqu'au crépuscule des collines, n'aura cessé de trembler.