Anonyme : Je suis gérante d'un salon de coiffure. Hier midi, une femme d'une quarantaine d'années pousse la porte. Elle porte un manteau très usé, elle a l'air épuisée et regarde ses pieds. D'une toute petite voix, elle me demande la coupe la moins chère du salon, "juste pour égaliser".
Elle m'avoue avec gêne : "J'ai un entretien d'embauche à 14h pour un poste de femme de ménage dans des bureaux. Ça fait 3 ans que je suis au chômage, je veux juste avoir l'air un peu présentable..."
À côté, une de mes clientes habituelles, une dame très aisée qui venait pour son balayage à 150 euros, soupire bruyamment en lisant son magazine.
"Franchement," lâche-t-elle à voix haute. "Quand on n'a pas les moyens de s'entretenir, on se coupe les cheveux soi-même au-dessus de son lavabo. Si vous commencez à faire du social, ça va vraiment dégrader l'image de votre salon."
La femme au manteau usé est devenue rouge de honte et a fait un pas vers la sortie pour fuir.
J'ai posé le pinceau à couleur de la cliente bourgeoise. J'ai pris la main de la dame timide et je l'ai installée sur mon meilleur fauteuil.
"Madame," ai-je dit à la cliente snob. "Cette femme se bat pour retrouver sa dignité et nourrir ses enfants. C'est l'arrogance qui dégrade l'image de mon salon. Votre couleur attendra, ou vous pouvez aller la faire faire ailleurs."
J'ai passé une heure et demie sur la maman. Je lui ai offert le forfait complet : coupe sur mesure, couleur lumineuse, brushing et même un peu de maquillage. Quand je lui ai tourné le miroir, elle a éclaté en sanglots. Elle était magnifique. Elle a refusé que je la fasse payer, je lui ai dit que c'était mon investissement pour sa réussite.
Elle m'a appelée à 16h : elle a eu le poste !
Le courage et la dignité méritent qu'on déroule le tapis rouge !