J'ai eu l'honneur d'accompagner des femmes iraniennes, de véritables lionnes, dans leur parcour pour obtenir l'asile en France et leur naturalisation. Lors de nos discussions, un nom revenait toujours : Evin. Cette prison était omniprésente.
Cette prison a servi de lieu d’arrestation et de torture de milliers de journalistes, de politiciens, d’universitaires et plus récemment, de militantes pour les droits des femmes.
Depuis les émeutes massives de 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini en garde à vue pour un hijab "mal porté", la prison d’Evin a renforcé son rôle de pilier central de la répression étatique en Iran. Cette prison, déjà tristement célèbre, s’est transformée en laboratoire de techniques de contrôle psychologique et physique, notamment à l’encontre des femmes activistes, étudiantes, journalistes, et avocates.
Les détenues y sont systématiquement privées de leurs droits fondamentaux, châtiments souvent orchestrées par les services de renseignement du régime dans les ailes spéciales comme le bâtiment 209.
Depuis 2022, des centaines de jeunes femmes arrêtées lors des manifestations sont emprisonnées sans chef d’inculpation clair, parfois pendant des mois, dans des cellules surpeuplées et insalubres. Certaines y sont mortes, d’autres sont portées disparues après leur transfert.
Pour les femmes détenues, Evin représente l’arène d’une violence d’État étendue et systématique : violences sexuelles, isolement prolongé, refus de soins médicaux pour les maladies chroniques, disponibilité limitée d’eau propre et de nourriture décente, bâtons, passages à tabac, chocs électriques et humiliations psychologiques.
Evin est devenu un espace d’annihilation identitaire, où le régime islamique entend briser la résistance féminine, non seulement par la violence physique, mais aussi par l’humiliation systématique et le silence judiciaire absolu.
Elles y subissent la "torture blanche" : cellules blanches, lumière constante, privation sensorielle et interrogations incessantes, visant à annihiler leur volonté.
Ces femmes sont également privées de visites et de contact, enfermées dans des dortoirs surpeuplés (40 personnes pour 20 places), avec hygiène défaillante et accès médical bafoué.
Elles endurent barbarie physique, psychologique, violences sexuelles et privation de soins, alors que leur seule faute revendiquée est de s’opposer au régime.
De grandes figures incarnent cette lutte :
Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix, incarcérée dans l'aile 8 et témoin du feu et des tirs lors de l’incident du 15 octobre 2022, y a détaillé les viols et tortures infligés aux prisonnières.
Nasrin Sotoudeh, avocate renommée, détenue dans le bâtiment 209, a dénoncé agressions sexuelles et isolement, incarnant les rejets de soins médicaux et la répression juridique des militantes.
D’autres cas révèlent les conditions extrêmes :
Atena Daemi a entamé une grève de la faim de 55 jours pour protester contre la torture et les détentions arbitraires de sa famille.
Verisheh Moradi, militante kurde, est emprisonnée en isolement prolongé et condamnée à mort.
Yasaman Aryani, arrêtée pour avoir enlevé son hijab, demeure un exemple frappant de la répression ciblant les femmes contestataires.
Evin n’est pas simplement une prison : c’est un lieu de châtiment collectif, un instrument de terreur utilisé par l’État pour briser des résistances féminines brillantes.
Aujourd’hui, lorsque les portes mêmes de cette prison sont attaquées ou incendiées, comme suite à des frappes, cela revêt une portée symbolique forte : l’atteinte à un bastion de la tyrannie, une cible régissant non plus seulement des intérêts militaires mais une volonté de libération intérieure en Iran.
Flirter avec un changement de régime en frappant des symboles, c’est rappeler au monde la portée de cette répression.
Le monde les a oublié. Pas nous.
Ce n'est pas sans émotions que j'écris ces lignes.
À nos soeurs d'Iran.
Reports of prisoners escaping from Evin Prison.