CHRONIQUE AUTO SANS COMPÉTENCE : UNE NÉOPHYTE AU VOLANT
L’article de Nora T. Lamontagne publié dans Le Journal de Montréal est un cas d’école de ce qu’on pourrait appeler le « journalisme de tourisme industriel ».
Sous le couvert d’une exclusivité internationale, avec un titre notre journaliste en Chine, le texte s’apparente davantage à une brochure promotionnelle pour le constructeur chinois Chery qu’à un véritable banc d’essai automobile rigoureux.
L'aveu d’incompétence technique : une « néophyte » au volant
L'élément le plus désarmant du texte arrive sous forme de parenthèse : « J'ai beau conduire depuis des années, je n’ai aucunement la prétention d’être une chroniqueuse automobile. »
Bon, ça part bien !
Cet aveu désamorce immédiatement toute valeur critique de son texte.
Évaluer un véhicule ne se limite pas à s’asseoir derrière le volant.
L'absence de repères techniques de la journaliste l'empêche de poser les vraies questions, quelle est la plateforme ? Comment réagit la motorisation sous le froid ?
Quelle est la vitesse de recharge réelle ?
Le mirage des 1000 km sur circuit fermé
La journaliste nous avoue sans sourciller l’argument massue du guide chinois, une autonomie de 980 km pour la version hybride et 400 en électrique.
Mais, l'évaluation de cette performance frôle le ridicule.
La méthodologie : L'essai n'a duré que « quelques kilomètres » comme elle le mentionne.
L'environnement : le test s'est fait sur une piste d'essai privée et contrôlée.
La réalité québécoise : la madame vante l'absence d’anxiété de panne (range anxiety), mais l'essai passe sous silence l'impact destructeur de nos hivers (-20 °C) sur les batteries et l'efficacité des moteurs thermiques d'appoint.
L'obstacle de la langue et des fonctionnalités « fantômes »
L’incongruité de l'exercice atteint son sommet lorsque la journaliste mentionne que l’interface de l'écran central était entièrement en chinois.
Quand on dit que c'est pas chinois, ben là oui !!
Par conséquent, l’exploration des technologies embarquées a été tout simplement impossible.
Essayer un véhicule ultra-technologique sans pouvoir naviguer dans ses menus revient à tester un téléphone intelligent sans l'allumer.
Pourtant, l'analyse demeure d'un optimisme déconcertant : « Je n’ai aucun mal à croire qu’il trouvera preneur ici aussi, surtout quand on connaît la popularité des VUS en Amérique du Nord. ».
Le syndrome du tapis rouge et le financement externe
La mention en fin d’article indiquant que le voyage a été financé par le Fonds québécois en journalisme international(FQJI) jette une lumière crue sur l'ensemble de l’œuvre.
Bien que le FQJI soit un organisme légitime, ce type de reportage « invité » place le journaliste dans une position de dépendance face aux constructeurs qui contrôlent l'agenda, le parcours, et fournissent les guides.
On est loin d'un test indépendant à l'aveugle.
La collision avec la réalité
géopolitique et douanière
L'article du Journal évite soigneusement de parler des barrières réelles qui attendent ces véhicules et leurs acheteurs potentiels, lire les ti-mononques aux coudes cassés.
Le consommateur québécois qui s'imaginera partir vers la Floride ou Boston au volant de son Jaecoo risque de frapper un nœud majeur.
Le passage des frontières : les restrictions réglementaires et les normes de sécurité américaines pourraient compliquer la libre circulation de ces véhicules chez nos voisins du Sud, un aspect totalement ignoré dans le texte.
En somme, cet article offre une belle visibilité à la stratégie d'exportation de Chery, mais échoue lamentablement à informer correctement le consommateur québécois.
Entre une interface illisible, un essai de trois minutes sur un billard de plastique en Chine et un enthousiasme basé uniquement sur les promesses du fabricant, Le Journal livre ici une chronique superficielle qui manque cruellement de mordant, de nids-de-poule et de rigueur.
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