#Togo : Ce que le FMI demande : réformes structurelles et sacrifices sociaux, un traitement lourd
Le Fonds monétaire international (FMI) prescrit une nouvelle ordonnance économique au Togo. Dans son rapport de deuxième revue du programme FEC, l'institution salue les efforts budgétaires du gouvernement mais appelle à des réformes plus profondes. Officiellement, il s'agit d'« élargir l'assiette fiscale » et de « renforcer la mobilisation des recettes intérieures ». En somme, il s'agit de faire rentrer plus d'argent dans les caisses de l'État. Le diagnostic est technique, mais le remède brutal. Les prochaines mesures toucheront directement le portefeuille et le quotidien des Togolais.
Le FMI juge que la fiscalité togolaise souffre d'un déséquilibre chronique. Trop d'exonérations, trop de privilèges fiscaux, une assiette trop étroite. Le gouvernement s'est engagé à y remédier, avec une série de réformes censées rapporter au moins 0,5 % du PIB en 2025 et autant en 2026. Sur le papier, ces ajustements paraissent raisonnables. Mais si l'on regarde d'un peu plus près, ils ressemblent plutôt à une cure d'austérité qui frappera les plus vulnérables.
Le FMI demande la réduction des exonérations de TVA. Dit autrement : plus de produits et de services seront taxés à 18 %. Cette mesure peut sembler difficile à comprendre, mais pour simplifier, elle agit comme une hausse généralisée des prix. Quand la TVA s'étend, c'est le coût de la vie qui enfle. Le pain, l'électricité, les denrées importées ou les services du quotidien deviennent plus chers. Pour une famille de avec enfants à Lomé, chaque dépense mensuelle – riz, savon, transport – sera affectée. Ce que le FMI appelle « élargir l'assiette », les ménages le traduiront par « étrangler le budget ».
L'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) fait partie des priorités du FMI. Selon le rapport, les fonctionnaires sont sous-imposés par rapport aux dépenses publiques qu'ils représentent. Le gouvernement doit donc réviser les barèmes et renforcer les contrôles sur les retenues à la source. L'intention peut se défendre : équilibrer les contributions. Mais dans un pays où le salaire moyen dans la fonction publique est d'une faiblesse chronique , c'est comme demander à un malade sous perfusion de donner son sang. La pression fiscale sur les salaires, combinée à l'inflation réelle du coût de la vie, risque de provoquer une asphyxie du pouvoir d'achat.
L'institution financière prône l'extension de la taxe foncière au-delà du Grand Lomé. En théorie, c'est une mesure juste. Après tout, pourquoi seuls les contribuables de la capitable devraient être les seuls à supporter l'effort commun ? Taxer la propriété, c'est responsabiliser les détenteurs de patrimoine et diversifier les ressources locales. Mais sur le terrain, la plupart des propriétaires n'ont pas de titres formels. Taxer un foncier mal enregistré, c'est ouvrir la porte à l'arbitraire, aux approximations et à la corruption. Au lieu d'une contribution citoyenne, on risque un impôt de rackettage. Pas si différent de ce dont les populations ont, hélas, déjà l'habitude.
Les accises – ces taxes sur les produits comme l'alcool, le tabac ou les boissons sucrées – ont été relevées à plusieurs reprises. Leur rendement représente 0,3 % du PIB selon le FMI. L'objectif officiel est de lutter contre les comportements nocifs. Mais dans la pratique, c'est une manière simple d'engranger des recettes rapides. Chaque bouteille, chaque paquet, chaque canette viendra doper les finances publiques. Sauf que ce sont les ménages modestes, toujours les mêmes - quelle constance ! - qui en paient le prix, pas les grands importateurs.
En gros, Le FMI agit comme un médecin qui soigne la fièvre sans traiter la cause. Oui, le Togo a besoin de recettes pour combler un déficit de plus en plus vertigineux. Oui, il faut lutter contre la fraude et l'évasion fiscale. Cela devrait être une priorité même ! Mais pourquoi ne pas commencer par les grandes concessions minières et portuaires ? Pourquoi ne pas s'attaquer aux exonérations accordées à des entreprises privilégiées ? Le FMI et le gouvernement discutent de discipline, mais c'est le peuple qui va serrer encore la ceinture.
Le rapport prévoit une progression de 0,56 % du PIB en recettes fiscales en 2025. Cela représente environ 35 milliards de FCFA à trouver. Ces chiffres froids cachent des réalités humaines : des factures d'électricité plus lourdes, des salaires stagnants. En cherchant à stabiliser le budget, le FMI et le gouvernement jouent les agents de déstabilisation la société togolaise.
L'économie togolaise ressemble de plus en plus à un organisme affaibli. Au lieu d'une véritable opération chirurgicale sur les grandes plaies – corruption, dépendance à la dette, capture des recettes par des intérêts privés –, on multiplie les piqûres superficielles sur un corps déjà meurtri. Les réformes proposées sont techniquement entendables, mais socialement injustes. Et à aucun moment, les choix de gouvernance ne sont questionnés. Où va l'argent emprunté, quel est son impact sur la vie du citoyen ?
Et c'est là tout le paradoxe : le FMI veut un Togo solvable, mais les Togolais ont besoin d'un Togo vivable. Tant que la politique fiscale sera pensée comme une ordonnance à suivre aveuglément, sans réflexion sur les injustices qu'elle produit, le pays continuera de traiter les symptômes sans guérir la maladie. Le rééquilibrage budgétaire qui s'annonce ressemble à une cure forcée : efficace sur le papier, douloureuse dans les chairs.
A bon entendeur !
#FreeTogo