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Tu affirmes que le hadith dâIbn Majah 1944 (la chĂšvre qui mange la feuille contenant le verset de la lapidation et des 10 allaitements) est faible. Sur ce point prĂ©cis, tu as raison : il est considĂ©rĂ© daâif par la grande majoritĂ© des savants en raison de problĂšmes dans la chaĂźne de transmission via Muhammad ibn Ishaq.
Mais ce hadith faible nâest pas le cĆur du sujet. Voici les faits rapportĂ©s dans les deux recueils les plus authentiques de la tradition islamique :
Umar ibn al-Khattab est monté sur le minbar et a déclaré publiquement :
« Le prophĂšte Muhammad a Ă©tĂ© envoyĂ© avec la vĂ©ritĂ© et le Livre a Ă©tĂ© fait descendre sur lui. Parmi ce qui a Ă©tĂ© descendu figurait le verset de la lapidation. Nous lâavons rĂ©citĂ©, nous lâavons compris et nous lâavons mĂ©morisĂ©. Le prophĂšte a lapidĂ© et nous avons lapidĂ© aprĂšs lui. Je crains quâavec le temps les gens disent : âNous ne trouvons pas le verset de la lapidation dans le Livre dâAllahâ, et quâils sâĂ©garent en abandonnant une obligation quâAllah a rĂ©vĂ©lĂ©e. Or la lapidation est une vĂ©ritĂ© dans le Livre dâAllah contre lâadultĂšre marié⊠»
Ces paroles sont rapportées textuellement dans Sahih al-Bukhari 6830 et Sahih Muslim 1691a (captures jointes ci-dessous).
MĂȘme si lâanecdote de la chĂšvre est faible, lâexistence dâun verset rĂ©vĂ©lĂ©, rĂ©citĂ© publiquement par les Compagnons, mĂ©morisĂ©, appliquĂ© pendant des annĂ©es, puis absent du texte final, est donc confirmĂ©e par les deux Sahih les plus fiables.
Ce cas nâest pas isolĂ©. Les codex personnels (mushafs) des Compagnons les plus savants et les plus proches du prophĂšte Muhammad montrent que le texte nâĂ©tait pas fixĂ© de maniĂšre unique et dĂ©finitive dĂšs le vivant du prophĂšte ou immĂ©diatement aprĂšs sa mort. Voici les faits bruts tirĂ©s des sources primaires :
âą Ubayy ibn Kaâb, lâun des meilleurs rĂ©citateurs et lâun des scribes du prophĂšte (celui-ci recommandait explicitement dâapprendre le Coran de lui), possĂ©dait un mushaf contenant 116 sourates au lieu de 114. Il incluait deux sourates entiĂšres supplĂ©mentaires : Sourate al-Khalâ et Sourate al-Hafd. Ces deux textes ne figurent plus dans le Coran actuel. (RapportĂ© dans al-Itqan fi âUlum al-Qurâan dâal-Suyuti et dans Kitab al-Masahif dâIbn Abi Dawud.)
âą Abdullah ibn Masâud, lâun des tout premiers convertis, qui avait mĂ©morisĂ© 70 sourates directement de la bouche du prophĂšte, avait un mushaf avec un ordre diffĂ©rent des sourates et nâincluait pas al-Fatiha, al-Falaq et al-Nas. Il affirmait explicitement quâelles « ne faisaient pas partie du Livre dâAllah » et a refusĂ© de remettre son exemplaire Ă Uthman. Il a mĂȘme demandĂ© aux gens de Kufa de cacher leurs mushafs pour quâils ne soient pas dĂ©truits. (MĂȘme source principale : Kitab al-Masahif dâIbn Abi Dawud.)
Vers lâan 650, Uthman ibn Affan a imposĂ© une seule version (basĂ©e sur le recueil de Zayd ibn Thabit), lâa fait copier en plusieurs exemplaires et a ordonnĂ© la destruction par le feu de tous les autres mushafs, y compris ceux dâUbayy ibn Kaâb et dâIbn Masâud. Ce fait est rapportĂ© dans les sources historiques classiques les plus reconnues.
Certains rĂ©pondront que « ce nâĂ©taient que des notes personnelles », que « câĂ©taient des duâas de Qunut », que « les chaĂźnes sont faibles » ou que « câest une abrogation divine ». Pourtant, ces rapports proviennent directement des ouvrages de rĂ©fĂ©rence des savants musulmans eux-mĂȘmes (Bukhari, Muslim, Ibn Abi Dawud, al-Suyuti). Ces Compagnons ne traitaient pas ces Ă©lĂ©ments comme de simples notes : ils les incluaient dans leurs mushafs, les considĂ©raient comme rĂ©vĂ©lĂ©s et rĂ©citĂ©s, et certains ont rĂ©sistĂ© Ă la standardisation dâUthman.
En résumé :
Le Coran actuel est parfaitement prĂ©servĂ© depuis la standardisation dâUthman (environ 20 ans aprĂšs la mort du prophĂšte). Mais les sources primaires montrent quâil est le rĂ©sultat dâun processus de sĂ©lection humaine : des versets rĂ©vĂ©lĂ©s et appliquĂ©s ont disparu, des sourates entiĂšres prĂ©sentes dans les codex des Compagnons les plus autorisĂ©s ont Ă©tĂ© exclues,