Je n'aime pas rentrer chez ma mère
Elle habite une bourgade minable qui ne figure même pas sur la carte de France
Quand je descends du train à vapeur, dont la moquette des sièges a perdu leur couleur, un mendiant unijambiste me quémande une pièce d'or et du pain
Cette misère moyen-âgeuse est présente partout dans la bourgade, qui ne semble plus changer au cours du temps, qui lui s'est arrêté
La nuit je dors 12 heures, et si j'ai une envie pressante je dois aller dans la petite cabane au fond du jardin, puis jeter mon seau d'urine dans les orties
Sa hutte est chauffée par un petit poêle à bois et ma mère ne fait que tricoter en chantant des comtines toute la journée
Pour me changer les idées je me rends parfois en cheval à la taverne où je croise des amis d'enfance dont la vie ne change jamais
L'un est devenu braconnier et nourrit sa famille avec des pattes de sanglier, l'autre est tailleur de silex et confectionne des tomahawks pour les quelques touristes qui visitent la chapelle de Telgruc-la-Bouse
J'essaie pourtant d'élèver leur esprit en leur parlant placement financier, microtrading de Bitcoin, création de profil IA sur OnlyFan ou encore dropshipping de figurines Disney fabriquées en Chine par des Ouïghours, mais ils semblent incapables de se tourner vers l'avenir
C'est comme si toute mon énergie positive, créatrice, innovante, était absorbée par leur volonté d'avoir une petite vie paisible dont le centre n'est que de s'occuper de leur famille et de leurs amis
Pire, mon activité de coaching en ligne pour atteindre les 100000 euros en 7 jours ne semble pas les intéresser, ils restent indifférents à l'idée de reach the goal en réalisant 10 prospects en 3 jours, ils préfèrent aller cueillir des champignons en forêt à la tombée de la nuit en sirotant leur gourde d'hydromel
C'est ce constat édifiant qui m'a donné l'envie de faire évoluer cette bourgade primaire, j'ai donc décidé de racheter l'église de Telgruc-la-Bouse pour y fonder un coffee shop coworking pilates et d'installer une antenne Starlink sur le clocher, et même si je suis conscient que cela risque de faire s'effondrer le business de tomahawks de mon ami Gustave-Hector, la ville ne peut plus attendre pour revivre de ses cendres tel un phénix
En attendant, j'ai grand hâte retourner à Limoges manger un Tasty Crousty
Je déteste rentrer chez mes parents.
Ils habitent dans une toute petite ville en campagne, perdue au milieu de nulle part.
Dès que j'arrive à la gare la plus proche (à presque 1h de chez eux), je sens déjà une charge énorme sur mes épaules.
Une mauvaise énergie m'envahit instantanément.
Je tombe dans un état végétatif : je dors 10h par jour, procrastination à fond, comme si l'endroit aspirait toute mon énergie.
Je rentre une fois par an et à chaque fois, c'est le même constat.
Rien n'a changé.
Que des problèmes. Les gens n'ont pas d'argent. Que des vieux partout. Le temps gris en permanence.
Zéro ambition dans l'air.
Pas un nouveau bâtiment, pas de nouvelle entreprise. Au contraire, ça ferme petit à petit.
La région s'éteint lentement.
Je revois de vieux amis et c'est pareil, rien qui bouge.
Ça alterne tous les trois mois entre taff de serveur, boulot dans le bâtiment, puis chômage.
Aucun projet. Pas d'envie de voyager, de découvrir le monde. Rien.
Alors je profite de ce moment pour rappeler à mon petit frère de se barrer le plus vite possible.
Parce que bosser dans une ville qui bouge, où il y a de l'énergie, des gens qui lancent des projets, qui font du sport...
Où tu sens qu'il y a de l'argent qui circule, des opportunités partout...
Ça change ABSOLUMENT tout.
Alors j'ai qu'un rêve : avoir assez d'argent pour sortir ma famille d'ici.
Mais c'est encore beaucoup trop tôt.
Peut-être un jour. En tout cas on va tout faire pour.
Vivement que je rentre à Biarritz puis après on s'envole pour New York.