« Novus ordo seclorum…
Ce slogan, que Woodrow Wilson brandissait en 1919 pour justifier la Société des Nations et « rendre le monde sûr pour la démocratie », a connu une inversion spectaculaire.
Ce qui devait être un ordre libéral post-impérial, stable et coopératif, s’est mué, au fil des décennies, en un désordre culturel et démographique croissant.
Les promesses d’harmonie internationale ont laissé place à une érosion de la souveraineté nationale, à une cohésion sociale fragilisée et à des problèmes d’intégration bien réels que plus personne n’ose nier sans passer pour aveugle. C’est précisément cette réalité qui nourrit la montée populiste partout en Occident.
H.G. Wells l’avait théorisé dès 1940 dans The New World Order : un gouvernement mondial technocratique et une économie planifiée pour « éviter les guerres ». Bush père l’a repris après la Guerre du Golfe, Gorbatchev l’a recyclé, puis on l’a ressorti après 2008.
Aujourd’hui, c’est au tour de Mark Carney, Premier ministre non élu et technocrate pur jus, de parler des « fils d’un nouvel ordre mondial » à tisser au G7 autour de l’IA, de normes communes et de la coopération des puissances moyennes face à la Chine et aux États-Unis.
Le mot est chargé.
Il réveille immédiatement les soupçons légitimes de ceux qui voient dans la mondialisation, le WEF/Davos ou l’UE un projet élitiste déconnecté des peuples.
Ce n’est pas un slogan neuf : il a servi à chaque grand rééquilibrage géopolitique du XXe et XXIe siècle (1918, 1945, 1991, et maintenant la multipolarité).
Ce qui a changé, c’est le contexte : autrefois occidental et libéral, il est aujourd’hui contesté de l’intérieur par une méfiance populaire profonde envers des élites qui semblent accélérer le chaos plutôt que de l’endiguer.
Le “nouvel ordre” promis ressemble de plus en plus à un désordre permanent. »