Pendant des décennies, cette question était restée en dehors du débat public sénégalais. Même ceux qui s’y opposaient évitaient souvent d’en faire un sujet de confrontation idéologique importé de l’étranger.
Aujourd’hui encore, ceux qui prétendent défendre certaines valeurs traditionnelles refusent d’expliquer cette contradiction.
Nous parlons également du même leader qui dénonçait avec vigueur les fonds politiques, présentés comme le symbole d’une gouvernance opaque et moralement condamnable.
Ces fonds étaient décrits comme incompatibles avec les principes qu’il défendait.
Une fois le pouvoir acquis, les mêmes fonds sont devenus acceptables.
Mieux encore, ils sont désormais perçus comme parfaitement normaux lorsqu’ils bénéficient à ceux qui les dénonçaient hier.
Nous parlons du même leader qui a changé de position sur l’abrogation de l’amnistie, sur les appels à candidature pour les postes de direction, sur plusieurs mécanismes de gouvernance qu’il présentait naguère comme des symboles du système à abattre.
Nous parlons aussi d’un leader qui entretient des relations assumées avec le Parti communiste chinois et qui semble parfois davantage fasciné par les mécanismes de contrôle et de discipline de ce modèle que par les exigences du pluralisme démocratique sénégalais.
Nous parlons d’un leader qui a pu déclarer qu’accéder au pouvoir par les armes ou par les urnes revenait au même, l’essentiel étant selon lui le rapport avec le peuple.
Une affirmation extrêmement grave dans une démocratie puisque la différence entre les armes et les urnes constitue précisément le fondement de l’ordre républicain.
Lorsqu’un responsable politique brouille cette frontière, il banalise ce contre quoi notre démocratie s’est construite depuis l’indépendance.
À chaque fois, la même mécanique se répète.
Hier, une position est présentée comme un principe. Aujourd’hui, son contraire devient une nécessité. Demain, les militants sont mobilisés pour expliquer que la contradiction n’existe pas.
Quiconque ose rappeler les faits devient un ennemi.
Voilà pourquoi notre combat est aussi un travail de déconstruction car l’alternative programmatique existe déjà.
Pendant que nous déconstruirons les contradictions, les manipulations et les reniements érigés en méthode de gouvernance, nous continuerons à bâtir une offre politique crédible, cohérente et fondée sur des principes stables.
La déconstruction de l’illusion et la construction de l’alternative avanceront ensemble, jusqu’au jour où les Sénégalais pourront comparer, en toute lucidité, un projet fondé sur les circonstances à un projet fondé sur des convictions.
Thierno Bocoum
Président AGIR-LES LEADERS