Le diagnostic ne suffit plus.
La dĂ©cision amĂ©ricaine sur Anthropic dit une chose trĂšs simple et trĂšs brutale. Lâintelligence artificielle est entrĂ©e dans le champ de la puissance. Plus seulement celui de lâinnovation. Plus seulement celui de la compĂ©titivitĂ©. Celui de la dĂ©pendance, du contrĂŽle, de la souverainetĂ©. Un modĂšle que lâon ne maĂźtrise pas, une puissance de calcul que lâon loue, un cloud que lâon confie Ă dâautres, une Ă©nergie que lâon ne sait plus mobiliser assez vite, ce nâest pas une stratĂ©gie. Câest une vulnĂ©rabilitĂ© organisĂ©e.
LâEurope a des talents, des chercheurs, des ingĂ©nieurs, des entreprises remarquables. La France a mĂȘme un avantage considĂ©rable avec son Ă©nergie dĂ©carbonĂ©e ses ingĂ©nieurs, ses chercheurs et une tradition scientifique reconnue. Mais nous avons aussi notre maladie bien connue. Nous voulons ĂȘtre une puissance avec des rĂ©flexes de procĂ©dure. Nous rĂ©glementons avant dâavoir produit. Nous encadrons avant dâavoir dĂ©ployĂ©. Nous compliquons avant dâavoir industrialisĂ©. Nous parlons de souverainetĂ© pendant que nos administrations achĂštent amĂ©ricain, que nos entreprises hĂ©bergent amĂ©ricain, que nos champions cherchent du capital, des puces, du calcul et des raccordements Ă©lectriques.
Lâenjeu dĂ©passe donc le simple appel au « rĂ©veil de lâEurope ». Il impose un changement de logiciel. Un Buy European Tech Act, oui. Mais pas comme un slogan de plus. Comme une doctrine dâachat public assumĂ©e pour les secteurs stratĂ©giques. LâaccĂšs prioritaire Ă lâĂ©lectricitĂ© dĂ©carbonĂ©e, oui. Mais avec des raccordements rapides, des dĂ©cisions claires, des dĂ©lais rĂ©duits, et une planification qui ne transforme pas chaque data center en parcours dâobstacles. Lâattraction des talents, oui. Mais encore faut-il leur offrir autre chose que des formulaires, de lâinstabilitĂ© fiscale et des promesses de comitĂ© stratĂ©gique.
La simplification des normes, surtout. Car lâEurope ne battra pas les gĂ©ants amĂ©ricains avec des dossiers de conformitĂ© plus Ă©pais que ses lignes de code. La souverainetĂ© numĂ©rique se mesure aux moyens rĂ©els. Elle se finance, elle se branche, elle sâachĂšte, elle sâentraĂźne, elle se dĂ©ploie.
Et si lâintelligence artificielle est dĂ©sormais aussi stratĂ©gique que lâĂ©nergie ou les matiĂšres premiĂšres, alors il faut la traiter comme telle. Avec une politique industrielle, une prĂ©fĂ©rence europĂ©enne, une puissance de calcul, une commande publique, du capital, de lâĂ©nergie, et surtout une volontĂ©.
Ă dĂ©faut, nous continuerons Ă produire des rapports sur notre indĂ©pendance depuis des infrastructures que dâautres peuvent couper.
En suspendant lâaccĂšs des modĂšles les plus puissants dâAnthropic aux non-amĂ©ricains, le gouvernement US dĂ©cide de soumettre le dĂ©veloppement de lâIA Ă sa logique de puissance.
L'IA est désormais une infrastructure critique, aussi essentielle que l'électricité ou Internet. Une infrastructure dont nous ne maßtrisons ni les modÚles, ni le calcul, est une infrastructure que d'autres peuvent débrancher.
Pour Ă©viter la vassalisation, il est temps que lâEurope se rĂ©veille et dĂ©ploie ses propres armes :
- Buy European Tech Act et marchés technologiques européens
- â AccĂšs prĂ©fĂ©rentiel Ă notre Ă©lectricitĂ© decarbonĂ©e aux acteurs europĂ©ens
- Politique dâattraction des talents mondiaux
- Simplification des normes qui avantagent les big tech americaines
Avec nos talents, notre énergie décarbonée et nos entreprises formidables,
@MistralAI en tĂȘte, nous avons tout pour rester libres. Agissons !