MACF sur les engrais : l’Europe taxe, l’agriculture paie.
L’Europe affirme protéger son agriculture avec le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières. En réalité, elle organise son décrochage.
La Commission européenne se félicite d’avoir réduit l’exemption sur les engrais importés. Mais elle passe sous silence l’essentiel : la hausse brutale de la valeur d’émissions de CO₂ appliquée par défaut aux engrais importés lorsque les producteurs étrangers ne déclarent pas leurs émissions réelles.
Concrètement, les engrais azotés américains sont désormais taxés comme s’ils émettaient 1,74 tonne de CO₂ par tonne, contre 1,18 auparavant. À 86 € la tonne de carbone, la taxe passe d’environ 100 € à 150 € par tonne d’engrais. Et si le prix du carbone atteint les 200 € annoncés pour 2030, elle grimpera à près de 350 €.
Cette hausse est mécanique, automatique, indépendante de toute réduction réelle des émissions. Sans solution alternative, ce sont les agriculteurs européens qui paieront la facture.
Le paradoxe est criant. L’Europe exige des engrais « verts », mais refuse les usines nécessaires pour les produire. Le projet FertigHy, pourtant stratégique pour l’azote bas-carbone français, est freiné par des blocages administratifs et locaux. Pendant ce temps, le reste du monde produit, exporte et avance.
L’engrais décarboné reste plus cher. L’agriculteur français est sommé de faire la transition écologique, mais sans énergie compétitive, sans outil industriel, face à une concurrence internationale intacte.
Le risque est immédiat. Avec la baisse des prix des céréales, nombre d’exploitations vendent déjà à perte. Si l’engrais devient un luxe, les rendements baisseront, la teneur en protéines du blé aussi. Et un blé moins protéiné perd ses marchés.
La France consomme environ 2,2 millions de tonnes d’engrais azotés par an, importées à 80–90 %. À 350 € de taxe MACF par tonne, le surcoût dépasse 750 millions d’euros par an. C’est un choc de compétitivité massif.
Merci à
@yvesdamecourt qui anime le groupe agriculture de
@Nouv_Energie d’avoir soulevé et documenté ce grave et nouveau coup porté à notre agriculture.