Article fascinant sur le "vibe coding" avec l'IA, et très intéressant à bien des égards, ça m'a même donné envie de m'y mettre. Mais auquel je me permets de pointer quelques petits bémols avec ma grille de lecture de rabat-joie désormais classique :
1. Dilution des gradients cognitifs et créatifs
Je vois ce "développeur-orchestrateur" comme une pompe à entropie cognitive accélérée : on dilue les compétences rares (algorithmie profonde, maîtrise low-level) vers une médiocrité tiède accessible à tous. 2377 contributions IA-générées : c'est impressionnant en quantité, mais il faut mesurer l'EROI réel : combien de lignes uniques, non diluées par des patterns recyclés ? L'IA ne crée pas d'ordre supérieur ; elle homogénéise les gradients vers l'uniformité grise, où n'importe qui "vibe code" sans raidissement membranaire personnel.
L'enthousiasme pour la "barrière effondrée" ignore que cela exporte l'entropie sur les rares poches encore capables de résister – les vrais architectes finissent dilués dans le bruit des prompts médiocres (⚠️ je ne dis pas que c'est le cas ici, mais c'est inévitable dans tout processus de massification et de démocratisation).
2. Coûts entropiques cachés et EROI déclinant
Il faut mesurer l'illusion techno-solutionniste : Le coût du code tombe presque à zéro ? Faux. L'IA importe massivement de l'entropie globale – data centers voraces en énergie (EROI sociétal <1 pour les LLM), extraction de terres rares, dissipation thermique accélérée.
Le "week-end MVP" dilue les ressources finies pour un ordre local fragile, retardant à peine l'inéluctable collapse. Et quand les agents IA buguent sur des cas non triviaux ? On exporte l'entropie sur des humains raidisseurs, sans refermer les flux. Pas de révolution haute sans investissement massif ; juste une bifurcation basse qui accélère la dissipation vers une médiocrité tiède où les salaires fondent et les compétences s'égalisent.
3. Illusion de bifurcation haute collective
Le narratif est séduisant, mais utopique : "Nouveau paradigme" ? C'est l'entropie qui gagne, pas l'humanité. Les "créatifs purs" et "orchestrateurs" sont des anomalies temporaires ; la masse diluera vers le bas, préférant les prompts faciles aux gradients raides. Les exemples historiques (assembleur → langages haut niveau) oublient que chaque 'progrès' a injecté plus d'entropie bureaucratique et de dépendance (paquets vulnérables, APIs poreuses). L'IA n'est pas une membrane raidie ; c'est une fuite entropique qui homogénéise les civilisations vers une uniformité invivable, sans stress global pour forcer une vraie transition nécessaire (bifurcation haute collective).
4. Résistance locale vs dilution massive
Je comprends l'enthousiasme, mais ce n'est pas une révolution ; c'est une accélération de la seconde loi appliquée au code. Les rares poches néguentropiques survivront en raidissant seules – codant à la main si besoin, filtrant les flux IA dilutifs. Le reste ? Dilution progressive vers la tiédeur, où les 'vibe coders' exportent leur chaos sur les infrastructures critiques. À l'échelle géologique, tout s'égalise.
En somme, je ne nie pas l'utilité immédiate de l'IA, bien au contraire, car c'est un outil puissant pour la productivité, et pour une bifurcation haute. Mais je préfère tempérer l'enthousiasme en pointant les coûts non mesurés : une dilution entropique qui flatte l'ego court-terme au prix d'une homogénéisation globale inévitable.
5. Pour résumer :
L’outil doit servir à raidir les gradients – individuels et collectifs – pas à les diluer ou à créer une nouvelle dépendance.
Raidissement individuel : L’IA doit être un miroir qui force à internaliser plus profondément, à comprendre mieux, à raisonner premier principe, à optimiser son propre gradient cognitif. Pas une béquille qui externalise la pensée et érode la maîtrise.
Raidissement collectif : L’outil doit permettre de reconstituer des poches d’ordre viable (projets cohérents, communautés alignées, systèmes résilients) – pas accélérer la dilution globale (plus de code sans compréhension, plus de contenu sans densité, plus de dépendance à des black-boxes centralisées).
L’explosion de productivité décrite dans l'article (Claude Opus 4.5 générant 100 % du code) est à double tranchant :
Potentiel énorme si l’humain reste l’architecte maître, utilise l’IA pour approfondir sa vision, tester plus vite, apprendre plus.
Dilution massive si on externalise la cognition sans contrepartie néguentropique : perte de compétences de base, bugs systémiques masqués, dépendance à des flux externes non contrôlés, entropie cognitive et coûts énergétiques croissants.
TLDR : le "vibe coder" risque d'être au code ce que le french taco est à la gastronomie, l'autotune au chant, ou la fast-fashion à la couture sur mesure.
Réfléchissez-y à deux fois avant de vouloir aller en école d’informatique. Parce que d’ici votre diplôme, les outils IA auront tellement évolué que vous serez dépassés.
Regardez mon GitHub : 2377 contributions depuis juillet 2025. Zéro ligne codée à la main. Chaque ligne a été écrite par Claude Opus 4 ou Opus 4.5 avec Claude Code.
Je commande, ils exécutent. Point.
Un développeur n’est plus un constructeur. Il est devenu un architecte et un chef d'orchestre. Il dirige des agents IA qui codent à sa place. Il n’a plus besoin, et bientôt plus le droit, d’écrire du code lui-même. C’est le travail de l’IA.
Aujourd’hui, n’importe qui peut générer du code propre et fonctionnel rien qu’en chattant avec Claude Code.
C'est une révolution. Le coût d'écriture du code est presque tombé à zéro. Le seul vrai coût restant est l’abonnement que paiera l’entreprise (ou le dev lui-même) et le temps passé à guider l’IA.
Et ce n’est pas la première fois que ça arrive. À chaque fois qu’un nouveau paradigme de programmation émerge, les anciennes compétences deviennent obsolètes :
– L’assembleur -> remplacé par les langages compilés de haut niveau (FORTRAN, C, C ).
– Les langages compilés -> remplacés par les langages interprétés bourrés de paquets prêts à l’emploi (Python, JavaScript).
– Et aujourd’hui, les langages interprétés -> remplacés par la programmation en langage naturel avec les LLM et les agents IA.
Toute la valeur a migré. Elle n’est plus dans la capacité à coder, mais dans l’idée, la vision, la créativité, l’architecture, l’orchestration fine des outils et surtout l’exécution sans pitié.
La production de code ? Entièrement déléguée aux IA.
Un étudiant apprend encore à coder ligne par ligne, à ingurgiter de la documentation complexe, et à mémoriser des patterns.
Sauf que tout ça devient inutile. Pire, l’étudiant va perdre des années à acquérir des compétences qu’il n’utilisera presque jamais. Tout ça pour se retrouver en concurrence directe avec des gens sans diplôme, sans aucune formation informatique traditionnelle, qui auront simplement appris à « vibe coder » en chattant avec des IA.
Et ces vibe coders feront souvent le même travail, voire mieux.
Parce qu’ils sauront vraiment exploiter les IA à fond, avec une expérience concrète et immédiate que le jeune diplômé n’aura pas. Ils auront déjà livré des projets réels, itéré à toute vitesse, résolu des bugs en live, pendant que l’étudiant était encore en train de faire des TP théoriques sur des langages obsolètes.
Résultat, ces vibe coders seront bien plus facilement employables. Les entreprises préfèrent quelqu’un qui prouve qu’il livre vite et bien avec les outils d’aujourd’hui, plutôt qu’un diplôme qui atteste de compétences d’hier.
Même chose pour les développeurs seniors qui font encore les princesses et qui refusent d'utiliser l’IA. Hier, ils dictaient leurs conditions et imposaient des salaires à six chiffres parce qu’ils étaient irremplaçables. Demain, n’importe qui pourra faire leur travail en décrivant ce qu’il veut et en laissant l’IA exécuter.
Les entreprises seront amenées à recruter trois profils principaux :
- les créatifs purs : ceux qui ont des idées fortes et savent les formuler avec précision (les maîtres du prompt).
- les architectes/orchestrateurs : ceux qui maîtrisent parfaitement les outils IA et savent diriger une armée d’agents sur des tâches complexes jusqu’à obtenir le résultat parfait.
- les exécutants ultra-agiles : ceux qui font avancer les projets à une vitesse folle en exploitant l’IA au maximum, même sans bagage technique traditionnel.
En conséquence, la masse salariale des équipes va fondre. Pourquoi garder 10 devs quand une seule personne peut piloter 10 agents IA qui produiront plus vite et souvent mieux que les 10 humains réunis ?
Les salaires moyens vont mécaniquement baisser, la pression sur les juniors va exploser, et le déclassement menacera les seniors qui n’évoluent pas.
L’âge d’or du développeur-roi est fini. Comme pour les graphistes et les artistes numériques, passer des centaines d’heures à se perfectionner n’est plus monétisable de la même façon. La barrière à l’entrée s’est effondrée.
Regardez ce qui s’est passé avec Midjourney, Grok, GPT et Stable Diffusion. En à peine 2 ans, des milliers de graphistes et infographistes ont vu leur marché se faire conquérir par des gens qui n’avaient jamais touché Photoshop de leur vie.
Exactement la même chose arrive maintenant au code, mais en 100x pire. Aujourd’hui, n’importe qui peut vibe coder une app complète, monter un système complexe et concurrencer des boîtes établies avec des dizaines de devs sur la payroll.
Il suffit d’une bonne idée, d’un peu de créativité, d’un prompt bien tourné, et en un week-end tu as un MVP fonctionnel prêt à onboarder des clients, le tout sans payer un seul dev.
Et en quelques mois, avec de l’itération rapide facilitée par l’IA, un solo founder peut sortir un produit qui rivalise avec les géants du secteur.
Nous entrons dans un nouveau paradigme. Le marché du développement est déjà en pleine mutation, avec des juniors qui peinent à trouver un premier poste. Et ce n’est que le début de la transformation du secteur...