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Myriam Rimbert retweeted
militaires en cours. On nous apprend à optimiser des profits, à développer des technologies sans interroger leurs conséquences, à travailler pour des grandes entreprises dont les activités détruisent le vivant ou alimentent les logiques de guerre. Nous le refusons. »
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Replying to @Rayou446
y en a ils disent qu'ils faut optimiser et dormir entre les matchs je sais pas si c'est une bonne idée
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Replying to @Robert_Deragon
Juste optimiser le lien Qc-Mtl serait dĂ©jĂ  bon. Manque de voies d’évitement cause des temps d’attente inutiles laisser passer les convois de marchandises. Et alignement des rails, locos et wagons dĂ©suets, etc.
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Une mairie complexifie la vie des commerçants avec ses rĂšgles locales, puis crĂ©e un mandat pour “rĂ©soudre” les problĂšmes gĂ©nĂ©rĂ©s par ces rĂšgles. C’est pas mal. Le pompier pyromane, mais avec une Ă©charpe. Reste une question : l’IA dans une mairie, pour faire quoi prĂ©cisĂ©ment ? Optimiser, surveiller, automatiser ou juste dĂ©corer l’intitulĂ© ? Qu’elle est la plus value d’avoir un adjoint ?
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Replying to @itsyaboimaxoo
Il me semble que pour Android 16 insta va finalement optimiser l'application pour les téléphones haute gamme Android surtout la partie photo et vidéo comme ça pas besoin de passer par des applications tiers ou la galerie
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Replying to @itsyaboimaxoo
On rappelle que Apple à des contrats d'exclusivité avec certaines applications comme Snapchat et Insta, de plus c'est plus simple à optimiser sur Apple comme toujours.
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Ma Lucy hors combat, plus qu'Ă  optimiser quelques petits dĂ©tails sur son stuff et elle sera parfaite😎
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Mode d'emploi & Posologie - Le Rituel : À consommer le matin Ă  jeun ou le soir 1 heure avant le coucher (pour optimiser le pic de testostĂ©rone qui a lieu pendant la nuit).
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ils finissent par avouer que dans leur univ/ecole on leur a appris principalement Ă  comment optimiser leur travail en utilisant les ia, ce qui fait que mĂȘme parfois ils n'ont pas les bases sur des trucs trĂšs simples, je pensais c'Ă©tait isolĂ© et sur des post moins qualifiĂ© mais nn
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Mode d'emploi & Posologie - Le Rituel : À consommer le matin Ă  jeun ou le soir 1 heure avant le coucher (pour optimiser le pic de testostĂ©rone qui a lieu pendant la nuit).
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Commencez par optimiser les cagnottes de votre copain Messhina 😈😂
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Replying to @JeanMessiha
Commencez par optimiser les cagnottes !
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Quand je vous dis que les coĂ»ts vont tendre vers 0, cette initiative de @OpenRouter en est la dĂ©monstration parfaite. Avec leur API "Fusion", OpenRouter montre qu'on peut obtenir une qualitĂ© incroyable tout en gardant un budget maĂźtrisĂ©. C'est ce genre d'outil qui va nous aider chez @MyDataNestApp Ă  optimiser la crĂ©ation de contenu en augmentant la consommation de tokens pour le contexte tout en maintenant un prix bas par token. Idem pour vos stratĂ©gies et vos automatisations quotidiennes, c'est une excellente nouvelle. Ce n'est pas pour rien si OpenRouter a levĂ© 113 millions de dollars lors d'un tour de table de sĂ©rie B clĂŽturĂ© le 26 mai 2026. Jetez un Ɠil Ă  ce fonctionnement 👇
Introducing the Fusion API, the smartest compound model in the market. Fusion achieves Fable-level intelligence at half the price. How it works 👇
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Si jamais vous savez pas, un comptable, mĂȘme assistant comptable, qui a fait des Ă©tudes spĂ©cialisĂ©es, a vu en cours comment optimiser les impĂŽts Dans mon cours de fiscalitĂ© j'ai mĂȘme appris a calculĂ© un impĂŽt sur le revenus...
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Ça sort genre normal expert comptable (non, vraiment, expert comptable, pas assistant ou juste comptable basique), avec comme seul et unique raison : "bah il sait optimiser les impĂŽts, c'est en partie son mĂ©tier"...
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Ludovic PHILIPPO retweeted
Optimiser Les Taux De Conversion En Ligne Grùce à L'assistant AI-Powered: L'intégration d'un assistant AI-Powered peut augmenter de maniÚre significative les taux de conversion en ligne en offrant des recommandations personnalisées et en temps réel. Une
 dlvr.it/TT1QwL
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La matrice matĂ©rielle de la saturation stratĂ©gique Climat, agriculture, Ă©nergie et intelligence artificielle dans la nouvelle gĂ©opolitique des vulnĂ©rabilitĂ©s Le texte prĂ©cĂ©dent proposait de lire la dĂ©cennie qui s’ouvre sous le signe de la saturation stratĂ©gique: non pas une guerre mondiale dĂ©clarĂ©e, mais une accumulation de crises capables de disperser l’attention, d’épuiser la dĂ©cision et d’entamer la cohĂ©rence des dĂ©mocraties. Cette lecture gĂ©opolitique appelle un prolongement. Car la saturation stratĂ©gique ne se jouera pas seulement dans les dĂ©troits, les alliances, les Ă©tats-majors, les sanctions ou les chancelleries. Elle se jouera aussi dans les champs, les sols, les rĂ©seaux Ă©lectriques, les ports, les centres de donnĂ©es, les corridors logistiques, les infrastructures hydriques et les capacitĂ©s de calcul. Ce dĂ©placement est dĂ©cisif. Il oblige Ă  penser la puissance non plus seulement comme un rapport de forces militaires ou diplomatiques, mais comme une capacitĂ© matĂ©rielle Ă  durer. La prochaine dĂ©cennie ne sera pas seulement une compĂ©tition pour l’influence, les normes ou les alliances. Elle sera une compĂ©tition pour la maĂźtrise du socle qui rend toute puissance effective: nourrir, produire, chauffer, refroidir, transporter, calculer, prĂ©voir, protĂ©ger et dĂ©cider. Climat, agriculture, Ă©nergie et intelligence artificielle ne relĂšvent plus de politiques sectorielles juxtaposĂ©es. Ils forment une mĂȘme matrice de vulnĂ©rabilitĂ© et de souverainetĂ©. Dans un monde saturĂ©, la domination ne passera pas toujours par la conquĂȘte; elle pourra passer par la raretĂ©, la dĂ©pendance, l’interruption ou la capacitĂ© Ă  imposer le rythme des crises. Le climat constitue le premier multiplicateur. Il n’a ni stratĂ©gie, ni intention, ni commandement. Il ne dĂ©cide rien. Mais il dĂ©place toutes les contraintes. Il intensifie les Ă©vĂ©nements extrĂȘmes, fragilise les infrastructures, perturbe les cycles agricoles, accroĂźt la pression sur l’eau, modifie les routes maritimes et transforme les conditions mĂȘmes de l’habitabilitĂ©. Les États les plus fragiles doivent alors absorber des chocs qu’ils ne peuvent ni prĂ©venir pleinement, ni financer durablement. La crise climatique agit ainsi comme un rĂ©vĂ©lateur de capacitĂ© Ă©tatique. Un État capable d’anticiper, d’adapter ses infrastructures, de gĂ©rer l’eau, de protĂ©ger ses populations, de soutenir son agriculture et d’assurer ses territoires absorbera mieux le choc. Un État dĂ©jĂ  endettĂ©, polarisĂ©, administrativement fragile ou dĂ©pendant de l’extĂ©rieur verra au contraire chaque Ă©vĂ©nement extrĂȘme devenir une crise budgĂ©taire, sociale ou politique. Le climat ne produit pas mĂ©caniquement la guerre, et toute causalitĂ© directe serait ici simplificatrice. Mais il densifie les tensions lĂ  oĂč les marges de rĂ©silience sont dĂ©jĂ  faibles. Il transforme des fragilitĂ©s physiques en fragilitĂ©s politiques, puis ces fragilitĂ©s politiques en vulnĂ©rabilitĂ©s gĂ©opolitiques. L’agriculture est le second rĂ©vĂ©lateur. Pendant longtemps, les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes ont traitĂ© la sĂ©curitĂ© alimentaire comme un acquis technique, presque comme une externalitĂ© heureuse de la mondialisation. Cette illusion s’est dissipĂ©e. La pandĂ©mie, la guerre en Ukraine, les tensions sur les engrais, les sĂ©cheresses, les Ă©pizooties, la volatilitĂ© des prix et les fragilitĂ©s logistiques ont rappelĂ© une Ă©vidence ancienne: nourrir une population n’est pas seulement une fonction Ă©conomique, c’est une fonction politique de premier ordre. Mais l’enjeu agricole de la prochaine dĂ©cennie ne se limitera pas Ă  la disponibilitĂ© des cĂ©rĂ©ales. Il portera sur l’ensemble du systĂšme qui rend l’agriculture moderne possible: l’eau, les sols, l’énergie, les semences, les machines, les donnĂ©es, les transports et surtout les intrants. Les engrais constituent Ă  cet Ă©gard une dĂ©pendance particuliĂšrement rĂ©vĂ©latrice. L’azote dĂ©pend fortement du gaz naturel; les phosphates et la potasse renvoient Ă  des gĂ©ographies d’approvisionnement concentrĂ©es; les prix des fertilisants transmettent presque immĂ©diatement les tensions Ă©nergĂ©tiques aux rendements agricoles. L’agriculture apparaĂźt alors pour ce qu’elle est devenue: non pas un secteur rural sĂ©parĂ© du reste de la puissance, mais une interface entre Ă©nergie, chimie, logistique, climat et stabilitĂ© sociale. C’est lĂ  que se joue sa dimension stratĂ©gique. Un choc sur le gaz peut renchĂ©rir les engrais; une hausse des engrais peut rĂ©duire les marges agricoles ou les rendements; une baisse de production peut accroĂźtre les importations; une tension sur les prix alimentaires peut fragiliser des sociĂ©tĂ©s dĂ©jĂ  polarisĂ©es. La dĂ©pendance n’est donc pas seulement alimentaire. Elle est systĂ©mique. Elle relie le prix de l’énergie, la fertilitĂ© des sols, la stabilitĂ© des revenus agricoles, les budgets publics et la paix sociale. La sĂ©curitĂ© alimentaire n’est plus seulement la question de savoir si l’on produit assez. Elle devient la question de savoir si l’on peut continuer Ă  produire lorsque plusieurs chaĂźnes, en mĂȘme temps, se dĂ©rĂšglent. La dĂ©mographie accentuera cette tension. Dans plusieurs rĂ©gions du monde, la demande alimentaire continuera d’augmenter alors que l’eau disponible, les terres arables et la stabilitĂ© climatique deviendront plus incertaines. L’Europe, de son cĂŽtĂ©, devra affronter le vieillissement de sa population agricole, la transmission des exploitations, la pression rĂ©glementaire, la concurrence mondiale et la nĂ©cessitĂ© de maintenir une base productive robuste sans abandonner ses objectifs environnementaux. Le dilemme n’est donc pas simplement de produire plus ou de produire mieux. Il est de prĂ©server une agriculture capable de tenir lorsque le climat, l’énergie, les intrants, la dĂ©mographie et les marchĂ©s exercent simultanĂ©ment leur pression. Cette exigence ne plaide pas pour une autarcie agricole illusoire. La sĂ©curitĂ© alimentaire moderne ne consiste pas Ă  tout produire partout, tout le temps. Elle suppose une rĂ©silience organisĂ©e: diversitĂ© des sources, stocks critiques, infrastructures portuaires, maĂźtrise de l’eau, adaptation des cultures, accĂšs sĂ©curisĂ© aux engrais, innovation agronomique, protection des sols, revenus agricoles soutenables et rĂ©duction des gaspillages. Le vrai enjeu n’est pas l’autosuffisance absolue. Il est la continuitĂ© de la fonction nourriciĂšre dans un monde de discontinuitĂ©s. L’énergie constitue le troisiĂšme pilier, parce qu’elle relie presque tous les autres. Sans Ă©nergie abondante, pilotable, abordable et sĂ©curisĂ©e, il n’y a ni industrie, ni dĂ©fense, ni agriculture moderne, ni hĂŽpitaux, ni transports, ni numĂ©rique, ni intelligence artificielle. La transition Ă©nergĂ©tique n’est donc pas seulement une politique climatique. Elle devient une politique de puissance. La question n’est plus seulement de savoir comment rĂ©duire les Ă©missions. Elle est de savoir qui contrĂŽlera les rĂ©seaux, les minerais, les batteries, les capacitĂ©s nuclĂ©aires, les technologies de stockage, les interconnexions, les terminaux, les cĂąbles, les standards industriels et les Ă©quipements nĂ©cessaires Ă  l’électrification. La sortie partielle de la dĂ©pendance europĂ©enne au gaz russe a constituĂ© une leçon stratĂ©gique majeure. Elle a montrĂ© qu’une dĂ©pendance longtemps prĂ©sentĂ©e comme Ă©conomique pouvait se transformer en instrument de contrainte politique. Elle a aussi montrĂ© que la diversification est possible, mais coĂ»teuse, lente et inĂ©galement rĂ©partie. Demain, les dĂ©pendances ne porteront pas seulement sur le gaz ou le pĂ©trole. Elles porteront sur le lithium, le cobalt, le nickel, le cuivre, les terres rares, les panneaux solaires, les batteries, les aimants permanents, les composants de rĂ©seaux, les logiciels de pilotage, les capacitĂ©s de raffinage et les chaĂźnes industrielles qui conditionnent la transition elle-mĂȘme. Le paradoxe est donc clair: pour sortir d’une dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique ancienne, les EuropĂ©ens risquent d’entrer dans de nouvelles dĂ©pendances industrielles et minĂ©rales. La transition peut accroĂźtre la souverainetĂ© si elle s’accompagne d’une politique industrielle, d’une stratĂ©gie d’approvisionnement et d’une maĂźtrise des infrastructures. Elle peut au contraire crĂ©er de nouvelles vulnĂ©rabilitĂ©s si elle se contente de dĂ©placer les dĂ©pendances de Moscou vers PĂ©kin, ou des hydrocarbures vers les mĂ©taux critiques. Le problĂšme n’est pas la transition. Le problĂšme est la transition sans puissance. L’intelligence artificielle ajoute une couche supplĂ©mentaire. Elle est souvent prĂ©sentĂ©e comme une technologie immatĂ©rielle, presque dĂ©sincarnĂ©e, faite d’algorithmes, de modĂšles et de donnĂ©es. C’est trompeur. L’IA est profondĂ©ment matĂ©rielle. Elle exige des semi-conducteurs avancĂ©s, des centres de donnĂ©es, de l’électricitĂ©, de l’eau pour le refroidissement, des rĂ©seaux, des cĂąbles sous-marins, des capacitĂ©s cloud, des talents, des capitaux et des architectures de sĂ©curitĂ©. DerriĂšre l’apparente lĂ©gĂšretĂ© du numĂ©rique se cache une infrastructure lourde, Ă©nergivore, concentrĂ©e et gĂ©opolitiquement sensible. L’IA sera l’une des grandes ambivalences de la dĂ©cennie. Elle peut renforcer la rĂ©silience: amĂ©liorer les prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques, optimiser les rĂ©seaux Ă©lectriques, soutenir la gestion de l’eau, dĂ©tecter les maladies des cultures, accĂ©lĂ©rer la recherche sur les matĂ©riaux, amĂ©liorer la maintenance prĂ©dictive, renforcer la cybersĂ©curitĂ©, assister la planification logistique et densifier l’analyse stratĂ©gique. Mais elle peut aussi aggraver la saturation. Elle augmente la demande Ă©lectrique, concentre la puissance de calcul dans quelques rĂ©gions et quelques entreprises, crĂ©e de nouvelles dĂ©pendances aux semi-conducteurs et aux infrastructures cloud, accĂ©lĂšre la dĂ©sinformation, automatise certaines opĂ©rations d’influence et rend plus difficile la distinction entre information, manipulation et bruit. C’est l’une des contradictions majeures du temps qui vient: l’IA sera simultanĂ©ment un outil de gestion de la saturation et un facteur supplĂ©mentaire de saturation. Elle aidera Ă  anticiper les crises, mais produira de nouveaux besoins Ă©nergĂ©tiques. Elle aidera Ă  filtrer l’information, mais amplifiera la production de contenus trompeurs. Elle renforcera certaines capacitĂ©s militaires, mais abaissera aussi le coĂ»t d’entrĂ©e de certains acteurs malveillants. Elle permettra de mieux modĂ©liser le climat, l’agriculture et les rĂ©seaux, mais exigera des infrastructures dont l’empreinte matĂ©rielle deviendra elle-mĂȘme un enjeu politique. La ligne de fracture ne passera donc pas seulement entre ceux qui possĂšdent l’IA et ceux qui ne la possĂšdent pas. Elle passera entre ceux qui sauront l’inscrire dans un systĂšme Ă©nergĂ©tique, industriel et dĂ©mocratique rĂ©silient, et ceux qui n’en feront qu’un outil dĂ©pendant de rĂ©seaux, de puces, de clouds, d’électricitĂ© et de capitaux contrĂŽlĂ©s ailleurs. L’IA souveraine ne se dĂ©crĂšte pas. Elle suppose une souverainetĂ© Ă©lectrique, une souverainetĂ© numĂ©rique, une base industrielle, des talents, une protection des donnĂ©es, une capacitĂ© de calcul et une doctrine d’usage. Sans cela, les États ne seront pas augmentĂ©s par l’IA; ils seront dĂ©pendants des acteurs qui la fournissent. Cette matĂ©rialitĂ© de l’IA oblige Ă  Ă©largir la carte. Les semi-conducteurs, les centres de donnĂ©es, les rĂ©seaux Ă©lectriques et les clouds ne flottent pas dans un espace abstrait. Ils reposent sur des mĂ©taux, des cĂąbles, des ports, de l’eau, de l’énergie, des corridors logistiques et des territoires. La souverainetĂ© numĂ©rique renvoie donc immĂ©diatement Ă  une gĂ©ographie des ressources. C’est ici que l’Afrique, l’AmĂ©rique latine et l’Asie du Sud-Est cessent d’apparaĂźtre comme des pĂ©riphĂ©ries du systĂšme. Elles deviennent des lieux oĂč se dĂ©cident les conditions matĂ©rielles de la puissance des autres. Ces rĂ©gions ne seront pas de simples spectatrices de la rivalitĂ© sino-amĂ©ricaine ou de la recomposition europĂ©enne. Elles en seront des terrains d’application, mais aussi des acteurs Ă  part entiĂšre. Dans un monde oĂč la puissance dĂ©pendra des minerais critiques, de la sĂ©curitĂ© alimentaire, des routes maritimes, des infrastructures numĂ©riques, de l’énergie et de l’eau, elles deviendront des espaces de compĂ©tition stratĂ©gique directe. L’Afrique concentre plusieurs tensions de la dĂ©cennie: croissance dĂ©mographique, vulnĂ©rabilitĂ© climatique, pression alimentaire, besoins Ă©nergĂ©tiques, instabilitĂ© institutionnelle, richesses miniĂšres, compĂ©tition portuaire, prĂ©sence russe, investissements chinois, ambitions turques, europĂ©ennes, amĂ©ricaines, indiennes ou du Golfe. Elle n’est pas seulement un continent exposĂ© aux crises. Elle est aussi un espace oĂč se jouera une partie de la souverainetĂ© industrielle des autres. Cobalt, cuivre, manganĂšse, uranium, gaz, terres agricoles, corridors logistiques: autant d’élĂ©ments qui lient la transition Ă©nergĂ©tique, l’industrie de dĂ©fense, l’IA, l’agriculture et la compĂ©tition gĂ©opolitique. L’AmĂ©rique latine occupe une place comparable, selon une autre configuration. Lithium, cuivre, terres agricoles, eau, biodiversitĂ©, Ă©nergie, ports, routes commerciales, proximitĂ© avec les États-Unis et ouverture croissante aux capitaux chinois en font un espace de rivalitĂ© plus discret, mais essentiel. La rĂ©gion ne se laissera pas rĂ©duire Ă  un alignement automatique. Beaucoup d’États chercheront Ă  monĂ©tiser leur position, Ă  diversifier leurs partenaires, Ă  obtenir des investissements sans abandonner leur marge diplomatique. La compĂ©tition ne prendra pas nĂ©cessairement la forme d’une militarisation ouverte; elle passera par les chaĂźnes de valeur, les infrastructures, les normes environnementales, les financements, les accords miniers et les dĂ©pendances technologiques. L’Asie du Sud-Est, enfin, sera l’un des laboratoires les plus sensibles de la bipolarisation incomplĂšte. SituĂ©e au contact direct de la puissance chinoise, reliĂ©e aux routes maritimes vitales, intĂ©grĂ©e aux chaĂźnes industrielles mondiales et courtisĂ©e par les États-Unis, l’Europe, le Japon, l’Inde et l’Australie, elle cherchera moins Ă  choisir un camp qu’à prĂ©server sa libertĂ© de manƓuvre. Les États de la rĂ©gion savent que la prospĂ©ritĂ© dĂ©pend souvent de la Chine, mais que la sĂ©curitĂ© exige parfois d’autres Ă©quilibres. Leur stratĂ©gie sera celle d’un non-alignement pratique: accepter les interdĂ©pendances sans devenir captifs, accueillir les investissements sans renoncer Ă  la diversification, Ă©viter la guerre froide sans ignorer le rapport de force. Ces espaces illustrent une vĂ©ritĂ© centrale: dans un monde saturĂ©, les puissances moyennes et les rĂ©gions dites pĂ©riphĂ©riques ne sont plus seulement des objets de compĂ©tition. Elles deviennent des arbitres partiels, des fournisseurs critiques, des lieux de contournement, des zones de projection et parfois des multiplicateurs de crise. Leur vulnĂ©rabilitĂ© peut ĂȘtre exploitĂ©e; leur centralitĂ© peut ĂȘtre monnayĂ©e. Elles ne dĂ©terminent pas seules l’ordre mondial, mais elles peuvent en modifier les coĂ»ts, les dĂ©lais et les dĂ©pendances. Climat, agriculture, Ă©nergie et IA ne doivent donc pas ĂȘtre pensĂ©s sĂ©parĂ©ment. Ils forment un nƓud stratĂ©gique. Le climat perturbe l’agriculture et accroĂźt les besoins d’adaptation. L’agriculture dĂ©pend de l’énergie, de l’eau, des engrais, des donnĂ©es et des prĂ©visions. L’énergie dĂ©pend de minerais, de rĂ©seaux, de technologies numĂ©riques et de stabilitĂ© politique. L’IA dĂ©pend de l’électricitĂ©, des semi-conducteurs, de l’eau, des donnĂ©es et des infrastructures. Chaque domaine renforce les autres, mais chacun peut aussi transmettre ses vulnĂ©rabilitĂ©s aux autres. C’est cette interdĂ©pendance qui crĂ©e la saturation: les crises ne s’additionnent plus seulement; elles circulent. Un choc climatique peut affecter une rĂ©colte, faire monter les prix alimentaires, accroĂźtre les tensions sociales, perturber les budgets publics, favoriser l’instabilitĂ© politique et ouvrir un espace Ă  des opĂ©rations de dĂ©sinformation. Une crise Ă©nergĂ©tique peut renchĂ©rir les engrais, affaiblir l’industrie, ralentir la transition, nourrir la colĂšre sociale et rĂ©duire les marges de financement de la dĂ©fense. Une rupture sur les semi-conducteurs peut ralentir l’IA, la dĂ©fense, les rĂ©seaux Ă©lectriques, l’automobile, les satellites et la logistique. Une campagne informationnelle peut transformer une contrainte matĂ©rielle rĂ©elle en crise politique majeure. Dans un monde saturĂ©, la crise n’est plus seulement sectorielle. Elle devient transversale. Pour l’Europe, l’enjeu est dĂ©cisif. Le continent a longtemps excellĂ© dans l’art de rĂ©guler, de normer, de commercer et de nĂ©gocier. Ces qualitĂ©s demeurent prĂ©cieuses. Mais elles ne suffisent plus si elles ne reposent pas sur une capacitĂ© matĂ©rielle. Une Europe qui rĂ©glemente l’IA sans capacitĂ© de calcul, qui parle de transition sans maĂźtrise industrielle, qui dĂ©fend l’agriculture sans sĂ©curiser l’eau, les sols, l’énergie et les intrants, qui Ă©voque l’autonomie stratĂ©gique sans munitions, sans rĂ©seaux rĂ©silients et sans industrie critique, risque de produire une souverainetĂ© dĂ©claratoire. Elle aura le langage de la puissance sans son infrastructure. Cette rĂ©alitĂ© impose aussi un changement de regard extĂ©rieur. Il ne suffira plus de parler de partenariats Ă©quilibrĂ©s avec l’Afrique, l’AmĂ©rique latine ou l’Asie du Sud-Est. Il faudra les construire matĂ©riellement: infrastructures, Ă©nergie, formation, transformation locale des ressources, sĂ©curitĂ© alimentaire, chaĂźnes de valeur partagĂ©es, accĂšs au financement, coopĂ©ration technologique et respect des marges politiques nationales. À dĂ©faut, l’Europe dĂ©couvrira que sa souverainetĂ© dĂ©pend de rĂ©gions qu’elle aura trop longtemps regardĂ©es comme des pĂ©riphĂ©ries, alors qu’elles seront devenues des nƓuds dĂ©cisifs de la puissance. La rĂ©silience europĂ©enne ne pourra donc pas ĂȘtre seulement militaire. Elle devra ĂȘtre alimentaire, Ă©nergĂ©tique, numĂ©rique, industrielle, sociale et dĂ©mocratique. Elle devra articuler politique agricole, politique industrielle, politique de dĂ©fense, politique Ă©nergĂ©tique, politique de recherche et politique commerciale. Elle devra accepter que la puissance moderne ne se situe pas seulement dans les armĂ©es, mais dans les systĂšmes qui permettent aux armĂ©es, aux Ă©conomies et aux sociĂ©tĂ©s de tenir. C’est Ă  cette aune que la dĂ©cennie 2026-2036 doit ĂȘtre pensĂ©e. La saturation stratĂ©gique n’est pas seulement une affaire de chars, de missiles, de sanctions ou de rivalitĂ© sino-amĂ©ricaine. Elle est aussi une Ă©preuve de robustesse matĂ©rielle. Les puissances dĂ©cisives seront celles qui sauront transformer le climat en politique d’adaptation, l’agriculture en sĂ©curitĂ© stratĂ©gique, l’énergie en souverainetĂ© industrielle, l’IA en capacitĂ© collective plutĂŽt qu’en dĂ©pendance supplĂ©mentaire. Dans le monde qui vient, la puissance n'appartiendra pas Ă  ceux qui proclament leur souverainetĂ©, mais Ă  ceux qui auront construit les infrastructures matĂ©rielles qui la rendent possible. Les autres continueront de parler de puissance; ils ne disposeront plus que de son vocabulaire.
La saturation stratĂ©gique: pourquoi la prochaine dĂ©cennie ne ressemblera ni Ă  1939 ni Ă  la guerre froide Il serait tentant de voir dans le dĂ©sordre du monde les prodromes d’une troisiĂšme guerre mondiale. La guerre russe contre l’Ukraine, la pression chinoise en Indo-Pacifique, l’endurcissement nord-corĂ©en, le durcissement iranien, la fragmentation du Moyen-Orient et la compĂ©tition technologique sino-amĂ©ricaine composent, Ă  premiĂšre vue, le paysage familier des grands basculements historiques. Les analogies surgissent aussitĂŽt: 1914, 1939, guerre froide, retour des empires, choc des blocs. Elles rassurent autant qu’elles inquiĂštent, parce qu’elles donnent Ă  l’inconnu les formes du dĂ©jĂ -vu. Pourtant, c’est peut-ĂȘtre lĂ  que rĂ©side le piĂšge. La dĂ©cennie qui s’ouvre ne ressemblera probablement ni Ă  1914, ni Ă  1939, ni mĂȘme Ă  la guerre froide. Elle ne sera pas nĂ©cessairement marquĂ©e par une conflagration mondiale dĂ©clarĂ©e, par l’affrontement frontal de deux systĂšmes disciplinĂ©s ou par une mobilisation totale des sociĂ©tĂ©s industrielles. Le danger principal est plus diffus, plus insidieux, mais peut-ĂȘtre plus difficile Ă  contenir: non pas la guerre mondiale comme Ă©vĂ©nement unique, mais la saturation simultanĂ©e des théùtres de crise, jusqu’à rendre impossible une rĂ©ponse occidentale cohĂ©rente. C’est cette dynamique qu’il faut nommer: saturation stratĂ©gique. Par cette expression, il faut entendre la capacitĂ© d’un ensemble d’acteurs rĂ©visionnistes ou opportunistes, mais aussi d’un environnement international devenu structurellement plus instable, Ă  multiplier les crises sous le seuil de la guerre totale, afin d’épuiser la dĂ©cision occidentale, de disperser les moyens militaires, de fragiliser les sociĂ©tĂ©s ouvertes et de rendre politiquement coĂ»teuse toute rĂ©ponse durable. La saturation stratĂ©gique ne cherche pas toujours Ă  vaincre par le choc. Elle cherche souvent Ă  dĂ©sorganiser par l’accumulation, Ă  user par la durĂ©e, Ă  affaiblir par la dispersion. Cette saturation ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme un plan unique, centralisĂ© et parfaitement coordonnĂ©. Elle procĂšde de trois logiques distinctes, souvent convergentes. Il existe d’abord une saturation dĂ©libĂ©rĂ©e: menace nuclĂ©aire russe, cyberattaques, sabotages, dĂ©sinformation, contournement des sanctions, instrumentalisation migratoire, pression maritime, coercition Ă©conomique. Il existe ensuite une saturation Ă©mergente, produite par des facteurs que nul acteur ne maĂźtrise entiĂšrement: dĂ©rĂšglement climatique, fragilitĂ© des chaĂźnes logistiques, accĂ©lĂ©ration technologique, tensions sociales, dette publique, vulnĂ©rabilitĂ© Ă©nergĂ©tique, polarisation des sociĂ©tĂ©s ouvertes. Il existe enfin une saturation opportuniste: les puissances rĂ©visionnistes n’ont pas besoin de crĂ©er toutes les crises; il leur suffit souvent d’exploiter celles qui existent dĂ©jĂ , de les synchroniser partiellement ou d’en augmenter le coĂ»t politique pour les dĂ©mocraties. C’est ce mĂ©lange d’intention, d’opportunisme et de dĂ©sordre systĂ©mique qui rend le phĂ©nomĂšne si difficile Ă  contrer. La saturation stratĂ©gique n’est pas seulement une stratĂ©gie adverse. Elle est aussi un environnement. Les acteurs hostiles peuvent l’aggraver, l’instrumentaliser, l’accĂ©lĂ©rer; ils n’en sont pas toujours les auteurs exclusifs. La crise devient alors moins un accident qu’une condition, moins une rupture qu’un rĂ©gime de fonctionnement. Cette logique distingue notre Ă©poque d’une simple nouvelle guerre froide. Certes, la rivalitĂ© entre les États-Unis et la Chine deviendra trĂšs probablement l’axe structurant du systĂšme international. Mais elle ne reproduira pas le face-Ă -face entre Washington et Moscou. L’Union soviĂ©tique Ă©tait une puissance militaire redoutable, idĂ©ologiquement expansionniste, mais Ă©conomiquement largement sĂ©parĂ©e du systĂšme capitaliste mondial. La Chine, elle, occupe une place centrale dans l’économie du monde: chaĂźnes industrielles, biens manufacturĂ©s, raffinage de matiĂšres critiques, batteries, technologies vertes, Ă©quipements Ă©lectroniques, ports, infrastructures numĂ©riques, productions duales. Sa puissance ne tient donc pas seulement Ă  ses missiles, Ă  sa flotte ou Ă  ses ambitions rĂ©gionales, mais Ă  sa capacitĂ© de convertir l’interdĂ©pendance en levier de coercition. Nous entrons ainsi dans une bipolarisation incomplĂšte. Les États-Unis et la Chine fixeront de plus en plus le tempo stratĂ©gique, sans pour autant contrĂŽler entiĂšrement les alignements. Le monde ne se divisera pas en deux blocs parfaitement disciplinĂ©s. Il se structurera autour de dĂ©pendances croisĂ©es, de coalitions variables, de puissances moyennes transactionnelles et de partenariats sectoriels. Les États commerceront avec leurs rivaux tout en prĂ©parant des restrictions contre eux. Ils coopĂ©reront sur certains biens publics mondiaux tout en militarisant les technologies critiques. Ils dĂ©nonceront la logique des blocs tout en recherchant, selon les circonstances, garanties de sĂ©curitĂ©, accĂšs aux marchĂ©s, financements, Ă©quipements ou protections diplomatiques. L’interdĂ©pendance ne disparaĂźtra pas. Elle cessera seulement d’ĂȘtre spontanĂ©ment pacificatrice. Elle deviendra conflictuelle. La Russie illustre dĂ©jĂ  ce basculement. La guerre contre l’Ukraine l’a durablement affaiblie, sans la neutraliser. Moscou a perdu une part importante de son capital militaire, humain, diplomatique et Ă©conomique. Elle a dĂ©truit sa relation Ă©nergĂ©tique privilĂ©giĂ©e avec l’Europe, sacrifiĂ© une partie de son avenir civil Ă  l’économie de guerre, renforcĂ© sa dĂ©pendance envers PĂ©kin et rĂ©vĂ©lĂ© les limites de son appareil militaire conventionnel. Mais une Russie affaiblie n’est pas une Russie inoffensive. Elle est moins forte qu’elle ne prĂ©tendait l’ĂȘtre, mais plus militarisĂ©e, plus brutale, plus dĂ©pendante de la guerre comme mode de gouvernement, plus encline Ă  compenser ses faiblesses par la menace nuclĂ©aire, le sabotage, le cyber, la dĂ©sinformation et la pression hybride. Le nuclĂ©aire, dans cette perspective, n’est pas un Ă©lĂ©ment extĂ©rieur Ă  la saturation stratĂ©gique. Il en est l’un des instruments les plus efficaces. La Russie l’a montrĂ© autour de l’Ukraine: la menace nuclĂ©aire ne vise pas seulement Ă  empĂȘcher une intervention directe de l’OTAN. Elle vise aussi Ă  saturer l’attention stratĂ©gique occidentale, Ă  ralentir les dĂ©cisions, Ă  diviser les opinions publiques et Ă  imposer un coĂ»t psychologique permanent Ă  tout soutien militaire. La CorĂ©e du Nord emploie une logique comparable Ă  une autre Ă©chelle. Son arsenal lui permet de provoquer, de marchander et de survivre, tout en obligeant Washington, SĂ©oul et Tokyo Ă  immobiliser une part considĂ©rable de leur Ă©nergie politique et militaire. Dans un monde de crises simultanĂ©es, le nuclĂ©aire ne remplace pas les autres formes de pression; il les amplifie. C’est prĂ©cisĂ©ment cette Russie abĂźmĂ©e qui trouve dans la CorĂ©e du Nord et l’Iran des partenaires utiles. Pyongyang n’est plus seulement une anomalie stratĂ©gique asiatique. La CorĂ©e du Nord est devenue un fournisseur de guerre, un soutien militaire de Moscou, un acteur nuclĂ©aire plus assurĂ© et un possible bĂ©nĂ©ficiaire de transferts technologiques russes. L’Iran, de son cĂŽtĂ©, apporte sa profondeur rĂ©gionale, ses drones, ses rĂ©seaux armĂ©s, sa capacitĂ© de pression maritime et son aptitude Ă  crĂ©er des crises indirectes contre IsraĂ«l, le Golfe et les intĂ©rĂȘts occidentaux. Il ne faut pas surestimer l’unitĂ© de cet ensemble. Chine, Russie, Iran et CorĂ©e du Nord ne forment pas un nouveau Pacte de Varsovie. Ils n’ont ni idĂ©ologie commune structurĂ©e, ni commandement intĂ©grĂ©, ni intĂ©rĂȘts ultimes identiques. Mais ils constituent une coalition de perturbation: un rĂ©seau d’acteurs qui convergent dans leur volontĂ© de rĂ©duire la libertĂ© d’action occidentale, de contourner les sanctions, de saturer l’attention stratĂ©gique et d’augmenter le coĂ»t de la puissance amĂ©ricaine et europĂ©enne. La Chine occupe, dans cette coalition, une place particuliĂšre et ambiguĂ«. PĂ©kin participe Ă  la mise sous pression de l’ordre occidental: soutien politique indirect Ă  Moscou, tolĂ©rance Ă  l’égard de Pyongyang, coercition Ă©conomique, domination de certaines chaĂźnes industrielles, pression militaire autour de TaĂŻwan, contestation des alliances amĂ©ricaines en Indo-Pacifique. Mais la Chine n’a pas intĂ©rĂȘt Ă  un dĂ©sordre mondial incontrĂŽlĂ©. Son modĂšle reste dĂ©pendant de marchĂ©s extĂ©rieurs, d’approvisionnements Ă©nergĂ©tiques, de routes maritimes sĂ»res, de stabilitĂ© financiĂšre et d’un minimum de prĂ©visibilitĂ© commerciale. PĂ©kin ne recherche donc pas nĂ©cessairement le chaos. Elle cherche un ordre moins dominĂ© par Washington, plus favorable Ă  ses intĂ©rĂȘts, mais suffisamment stable pour soutenir sa propre puissance. C’est cette tension entre rĂ©vision et besoin d’ordre qui rend sa trajectoire stratĂ©gique si complexe. Le risque majeur de la dĂ©cennie vient alors de l’enchaĂźnement. Aucun acteur majeur n’a besoin de vouloir une guerre mondiale pour qu’un systĂšme de crises multiples produise des effets systĂ©miques. Une crise autour de TaĂŻwan pourrait absorber une grande partie de l’attention et des moyens amĂ©ricains. La Russie pourrait simultanĂ©ment tester la cohĂ©sion de l’OTAN Ă  l’Est, non par une invasion frontale immĂ©diate, mais par des provocations limitĂ©es, des sabotages, des opĂ©rations cyber ou des pressions militaires calculĂ©es. La CorĂ©e du Nord pourrait accroĂźtre la tension sur SĂ©oul et Tokyo, obligeant Washington Ă  disperser ses capacitĂ©s. L’Iran ou ses relais rĂ©gionaux pourraient exploiter cette distraction pour durcir la pression sur IsraĂ«l, le Golfe ou les voies maritimes. Des attaques contre des cĂąbles sous-marins, des ports, des satellites, des rĂ©seaux Ă©nergĂ©tiques ou des infrastructures numĂ©riques pourraient accompagner ces crises. Le danger ne serait pas alors l’ouverture d’un front mondial unique, mais l’impossibilitĂ© progressive de traiter sĂ©parĂ©ment des crises qui se renforcent mutuellement. Cette dynamique modifie aussi la fonction des puissances moyennes. L’Inde, en particulier, ne doit pas ĂȘtre comprise seulement Ă  travers le vocabulaire dĂ©sormais convenu de “l’autonomie stratĂ©gique”. Elle ne cherche pas simplement Ă  ne pas s’aligner. Elle cherche Ă  monĂ©tiser sa centralitĂ© dans un monde fragmentĂ©. Elle coopĂšre avec les États-Unis sans devenir un alliĂ© subordonnĂ©, se rapproche de l’Europe sans se fondre dans l’Occident politique, conserve des liens avec la Russie sans endosser entiĂšrement son aventure ukrainienne, et contient la Chine sans dĂ©sirer nĂ©cessairement une confrontation totale. L’Inde n’est pas un troisiĂšme pĂŽle symĂ©trique face aux États-Unis et Ă  la Chine. Elle est plutĂŽt une puissance d’arbitrage. Sa valeur gĂ©opolitique provient prĂ©cisĂ©ment de sa capacitĂ© Ă  faire monter le prix diplomatique, industriel, militaire et technologique de son concours. Cette posture a toutefois des limites. Toutes ne se valent pas. La contrainte principale de l’Inde demeure sa rivalitĂ© structurelle avec la Chine: frontiĂšre himalayenne, compĂ©tition dans l’ocĂ©an Indien, proximitĂ© sino-pakistanaise, dĂ©ficit commercial, influence en Asie du Sud, rivalitĂ© technologique. C’est cette contrainte qui donne Ă  son rapprochement avec les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Europe sa profondeur stratĂ©gique. Viennent ensuite les contraintes capacitaires: dĂ©pendance rĂ©siduelle Ă  certains Ă©quipements militaires russes, besoins technologiques, infrastructures encore inĂ©gales, vulnĂ©rabilitĂ©s Ă©nergĂ©tiques et climatiques, tensions sociales internes. L’Inde peut monĂ©tiser sa centralitĂ©, mais elle ne peut s’abstraire du rapport de force qui la rend centrale. Sa marge d’arbitrage augmente; elle reste bornĂ©e par la Chine. Dans ce cadre, l’hypothĂšse d’un triangle Europe-Inde-Chine n’est pas impossible, mais elle doit ĂȘtre fortement relativisĂ©e. Un tel triangle peut exister dans certains domaines: commerce, climat, rĂ©forme partielle du multilatĂ©ralisme, stabilitĂ© financiĂšre, refus d’une bipolarisation trop rigide. Mais il ne peut constituer une architecture stratĂ©gique centrale. Les contradictions sont trop fortes. L’Inde reste en rivalitĂ© structurelle avec la Chine. L’Europe se dĂ©fie de plus en plus de la coercition Ă©conomique chinoise et de ses dĂ©pendances critiques. La Chine, pour sa part, considĂšre les partenariats occidentaux en Indo-Pacifique comme des instruments d’endiguement. Le scĂ©nario le plus rĂ©aliste n’est donc pas un triangle stabilisateur Europe-Inde-Chine, mais un rapprochement Europe-Inde, combinĂ© Ă  une gestion conflictuelle, prudente et maintenue de la relation avec PĂ©kin. La saturation stratĂ©gique possĂšde Ă©galement une dimension intĂ©rieure. Elle ne vise pas seulement les Ă©tats-majors, les stocks de munitions ou les infrastructures critiques. Elle vise la capacitĂ© des sociĂ©tĂ©s dĂ©mocratiques Ă  maintenir une volontĂ© politique sous pression prolongĂ©e. La polarisation, la dĂ©fiance envers les institutions, la fragmentation mĂ©diatique, la fatigue des opinions, la dĂ©sinformation et la montĂ©e des rĂ©flexes populistes sont autant de multiplicateurs de vulnĂ©rabilitĂ©. Une dĂ©mocratie saturĂ©e n’est pas seulement une dĂ©mocratie qui manque de missiles, de semi-conducteurs ou de capacitĂ©s cyber. C’est une dĂ©mocratie qui ne parvient plus Ă  maintenir un consensus minimal sur la rĂ©alitĂ© des menaces, le coĂ»t de la dĂ©fense et la nĂ©cessitĂ© d’un effort durable. Dans cette perspective, la rĂ©silience devient une notion politique autant que matĂ©rielle. Produire des munitions, protĂ©ger des cĂąbles sous-marins, sĂ©curiser des ports, diversifier les chaĂźnes d’approvisionnement ou renforcer la cybersĂ©curitĂ© sont des conditions nĂ©cessaires. Elles ne suffisent pas si les sociĂ©tĂ©s ne conservent pas la lĂ©gitimitĂ© politique de l’effort. La saturation stratĂ©gique cherche prĂ©cisĂ©ment Ă  relier pression externe et fissures internes. Elle transforme les vulnĂ©rabilitĂ©s sociales en vulnĂ©rabilitĂ©s gĂ©opolitiques. L’Europe est l’acteur dont la position demeure la plus incertaine. Elle reste un marchĂ© immense, une puissance commerciale, un espace normatif, un acteur financier, scientifique et diplomatique majeur. Mais elle souffre d’un dĂ©ficit de conversion stratĂ©gique. Elle possĂšde de la masse Ă©conomique, mais la transforme mal en puissance politique. Elle dispose de normes, mais pas toujours des moyens de les imposer. Elle parle de souverainetĂ©, mais dĂ©pend encore des États-Unis pour sa sĂ©curitĂ©, de la Chine pour plusieurs chaĂźnes industrielles critiques, de fournisseurs extĂ©rieurs pour certaines matiĂšres premiĂšres et de marchĂ©s fragmentĂ©s pour financer son innovation. Le risque n’est pas que l’Europe devienne pauvre ou insignifiante du jour au lendemain. Le risque est plus subtil: qu’elle demeure prospĂšre, rĂ©gulatrice et morale, tout en devenant progressivement pĂ©riphĂ©rique dans les dĂ©cisions qui structureront le monde. La rĂ©ponse europĂ©enne ne peut donc se rĂ©duire Ă  l’exhortation. Produire davantage et dĂ©cider plus vite ne suffira pas si cela reste une formule. Le dĂ©fi europĂ©en est d’intĂ©grer ce qui demeure trop souvent sĂ©parĂ©: dĂ©fense, industrie, Ă©nergie, technologie, capitaux, commerce et sĂ©curitĂ© Ă©conomique. L’Europe ne manque pas seulement de budgets; elle manque d’architecture stratĂ©gique. Elle doit Ă©viter l’addition de vingt-sept efforts nationaux dispersĂ©s et construire une capacitĂ© d’action cohĂ©rente. Cela suppose des achats militaires communs, une standardisation plus poussĂ©e, une base industrielle duale liant dĂ©fense, IA, spatial, cyber, drones, Ă©nergie et semi-conducteurs, un marchĂ© europĂ©en des capitaux capable de financer l’innovation stratĂ©gique, un de-risking vĂ©rifiable face Ă  la Chine, secteur par secteur, et une capacitĂ© de dĂ©cision plus rapide sur les sanctions, les contrĂŽles Ă  l’exportation, les infrastructures critiques et le soutien militaire. Mais ce programme suppose des conditions politiques qui ne sont pas acquises. Une architecture stratĂ©gique europĂ©enne exige des compromis difficiles: entre la France et l’Allemagne sur l’industrie de dĂ©fense, entre l’Europe occidentale et l’Europe centrale sur le rapport aux États-Unis, entre les États frugaux et les partisans d’un financement commun, entre la logique de concurrence du marchĂ© intĂ©rieur et la logique de prĂ©fĂ©rence industrielle, entre souverainetĂ© nationale et achats communs. Sans rĂ©solution partielle de ces tensions, l’autonomie stratĂ©gique restera un vocabulaire plus qu’une capacitĂ©. Le vrai test europĂ©en ne sera donc pas dĂ©claratoire. Il sera institutionnel, industriel et budgĂ©taire. L’Europe peut-elle accepter une consolidation de son industrie de dĂ©fense, mĂȘme au prix de certains renoncements nationaux ? Peut-elle financer l’innovation stratĂ©gique Ă  l’échelle nĂ©cessaire ? Peut-elle articuler marchĂ© intĂ©rieur et politique de puissance ? Peut-elle soutenir l’Ukraine dans la durĂ©e sans dĂ©pendre des cycles Ă©lectoraux amĂ©ricains ? Peut-elle rĂ©duire certaines dĂ©pendances chinoises sans se rĂ©fugier dans un protectionnisme incantatoire ? La rĂ©ponse Ă  ces questions dĂ©terminera si l’Europe devient un acteur de la saturation stratĂ©gique ou l’un de ses principaux terrains d’application. Le soutien Ă  l’Ukraine est, dans cette perspective, un test central. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu moral ou juridique, mĂȘme si ces dimensions demeurent essentielles. Il s’agit aussi de savoir si l’Europe peut empĂȘcher qu’une puissance rĂ©visionniste impose par la force une modification durable de l’ordre continental. Si la Russie obtient un bĂ©nĂ©fice stratĂ©gique de son agression, le signal sera mondial: la force paie, l’attrition fonctionne, les sociĂ©tĂ©s occidentales se lassent, les alliances dĂ©mocratiques peuvent ĂȘtre usĂ©es. À l’inverse, si l’effort russe est contenu, rendu coĂ»teux et politiquement non rentable, l’Europe aura renforcĂ© sa propre sĂ©curitĂ© et dĂ©montrĂ© qu’elle peut transformer ses principes en puissance effective. La dĂ©cennie 2026-2036 sera donc probablement moins marquĂ©e par un basculement soudain que par une accumulation de tensions. La puissance ne se mesurera plus seulement en PIB, en divisions ou en siĂšges dans les organisations internationales. Elle se mesurera en capacitĂ© Ă  rĂ©sister Ă  la saturation: tenir ses chaĂźnes d’approvisionnement, protĂ©ger ses infrastructures, produire des munitions, sĂ©curiser ses donnĂ©es, financer ses technologies, maintenir la cohĂ©sion sociale, rĂ©pondre aux attaques hybrides, diversifier ses dĂ©pendances, mobiliser ses alliances et dĂ©cider sous pression. Nous ne nous dirigeons probablement pas vers une troisiĂšme guerre mondiale au sens historique du terme. Nous entrons plutĂŽt dans une pĂ©riode oĂč la guerre, la coercition et la pression systĂ©mique redeviendront des instruments ordinaires de la politique internationale. Le risque central n’est pas l’apparition d’un front mondial unique. Il est la multiplication de crises simultanĂ©es, certaines dĂ©libĂ©rĂ©es, d’autres Ă©mergentes, d’autres encore exploitĂ©es opportunĂ©ment, mais collectivement capables d’épuiser les capacitĂ©s de dĂ©cision, de production et de cohĂ©sion des dĂ©mocraties. La saturation stratĂ©gique est dĂ©jĂ  la grammaire de cette conflictualitĂ© nouvelle. Elle ne cherche pas toujours Ă  conquĂ©rir; elle cherche Ă  disperser. Elle ne vise pas toujours l’effondrement; elle vise la dĂ©sorganisation. Elle ne rĂ©clame pas nĂ©cessairement une victoire dĂ©cisive; il lui suffit que l’adversaire perde sa cohĂ©rence. Dans un tel monde, la puissance appartiendra Ă  ceux qui sauront encore hiĂ©rarchiser quand tout concourt Ă  les distraire, dĂ©cider quand tout pousse Ă  diffĂ©rer, et tenir quand tout cherche Ă  les disperser.
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