Dans ces extraits, ash-Shatibi souhaite réserver le terme de bid'a uniquement pour les innovations blâmables ou interdites, alors que al-'Izz Ibnou Abdelsalam ne considère pas le mot bid'a comme intrinsèquement mauvais, donc il décide d'appliquer les cinq jugements légaux, ils divergent sur la classification, mais les deux accepte les bid'a hassana, c'est juste que ash-Shatibi refuse de les appeler ainsi.
Donc tu te tires une balle dans le pied fréro
Étape 4 — La classification quinaire de d'Al Izz Ibn Abd al-Salam
Ibn Abd al-Salam est sans doute le savant le plus cité par ceux qui défendent la bid'a hasana. Imad ne déroge pas à la règle et s'appuie sur sa célèbre classification de la bid'a en cinq catégories :
• Obligatoire
• Recommandée
• Permise
• Répréhensible
• Interdite
Cela pour accréditer l'idée qu'une innovation peut être bonne, voire nécessaire. Ce qu'il ne dit pas et c'est là que réside toute la tromperie c'est qu'al-Shatibi a réfuté cette classification point par point dans son ouvrage al-I'tisam, et que les exemples mêmes qu'Ibn Abd al-Salam utilise pour illustrer ses catégories prouvent exactement le contraire de ce qu'Imad veut leur faire dire.
Il faut également préciser, avant toute chose, qu'Ibn Abd al-Salam n'était pas sur la voie des Salaf en matière de croyance et de méthodologie, il était ash'arite, influencé par le jahmisme, et avait des penchants soufis. Cela ne diminue pas sa valeur en tant que juriste, mais cela oblige à situer ses propos dans leur contexte réel et à ne pas les ériger en autorité absolue sur une question aussi fondamentale.
Ibn Hajar al-'Asqalani rapporte la classification d'Ibn Abd al-Salam dans le Fath al-Bari en ces termes :
« Ibn Abd al-Salam dit à la fin de son livre al-Qawa'id : "La bid'a est de cinq types. L'obligatoire (wajiba) : comme le fait de se consacrer à la grammaire par laquelle on comprend la parole d'Allah et de Son Messager, car la préservation de la Shari'a est obligatoire, et elle ne peut être réalisée que par cela, et elle devient donc un préalable à ce qui est obligatoire. De même l'explication des mots obscurs, la rédaction des principes du fiqh, et l'accès à la distinction entre le sahih et le da'if. L'interdite (muharrama) : ce qu'ont établi ceux qui s'opposent à la Sunna parmi les Qadariyyah, les Murji'a et les Mushabbihah. La recommandée (manduba) : tout acte de bienfaisance dont la forme précise n'était pas connue à l'époque prophétique, comme le rassemblement pour les Tarawih, la construction d'écoles et d'hospices, la parole sur le tasawwuf louable, et l'organisation de séances de débat lorsqu'on y cherche la face d'Allah. La permise (mubaha) : comme la poignée de main après la prière du Subh et de l'Asr, et l'élargissement dans les plaisirs licites de nourriture, de boisson, de vêtement et de logement. Et certaines de ces choses peuvent être répréhensibles ou contraires à ce qui est le meilleur, et Allah sait mieux." »
📚 Fath al-Bari, vol. 13, p. 253
C'est sur ce passage qu'Imad et ses semblables appuient leur thèse. Mais al-Shatibi, dans al-I'tisam, répond à cette classification avec une réfutation qui en démonte le principe même :
« Et la réponse : cette classification est une chose inventée, aucune preuve de la Shari'a n'y renvoie. Bien plus, elle est contradictoire en elle-même, car la réalité de la bid'a est qu'aucune preuve de la Shari'a ne la désigne, ni dans ses textes ni dans ses principes. Car si quelque chose dans la Shari'a indiquait l'obligation, la recommandation ou la permission d'une chose, elle ne serait pas une bid'a, et cette pratique entrerait dans la généralité des actions commandées ou dans lesquelles un choix a été accordé. Donc combiner entre le fait de qualifier ces choses d'innovations et entre les preuves de la Shari'a qui indiquent leur obligation, leur recommandation ou leur permission, c'est combiner entre deux choses contradictoires. »
📚 al-I'tisam, Maktabah Dar al-Tawhid, vol. 1, p. 321.
Le raisonnement d'al-Shatibi est d'une rigueur implacable, si une chose est obligatoire selon les principes de la Shari'a, elle n'est pas une bid'a, elle est simplement une obligation dont la Shari'a a établi le fondement. Si une chose est permise selon ses principes, elle n'est pas une bid'a, elle est une permission. Qualifier ces mêmes choses de « bid'a obligatoire » ou de « bid'a permise » revient à créer une contradiction dans les termes eux-mêmes. Une chose ne peut pas être à la fois validée par la Shari'a et en dehors de la Shari'a au même titre.
Al-Shatibi pousse l'analyse plus loin en révélant ce qu'Ibn Abd al-Salam a réellement fait :
« Il est manifeste, d'après Ibn Abd al-Salam, qu'il qualifie les matières d'intérêt public (al-masalih al-mursala) "d'innovations" en s'appuyant et Allah sait mieux sur le fait qu'elles n'ont pas de mention spécifique dans des textes précis, même si elles s'accordent avec les principes généraux de la Shari'a. C'est depuis ce point de départ qu'il a fait des principes généraux ce qui indique que ces matières sont bonnes. Donc son recours au mot "innovations" se fait depuis l'angle de l'absence de preuve spécifique pour une question précise, et leur qualification de bonnes depuis l'angle qu'elles entrent dans des principes généraux. Et lorsqu'il s'est appuyé sur ces principes, ces actions sont devenues équivalentes à ses yeux à celles qui relèvent de textes spécifiques, et il est donc devenu de ceux qui parlent simplement des matières d'intérêt public (al-masalih al-mursala), mais il les a qualifiées d'"innovations" dans la formulation, tout comme Umar (radiyallahu 'anhu) a qualifié d'"innovation" le fait de rassembler les gens pour la prière du Ramadan dans la mosquée. »
📚 al-I'tisam, Maktabah Dar al-Tawhid, vol. 1, p. 322.
Al-Shatibi expose clairement qu'Ibn Abd al-Salam n'a pas établi une théorie de la « bonne innovation dans le culte ». Il a utilisé le mot bid'a dans son sens linguistique large pour désigner des matières relevant des intérêts publics ou de principes généraux de la Shari'a, exactement comme Umar l'a fait pour le Tarawih.
Ce que les ignorants comme Imad font, c'est de prendre cette étiquette verbale et d'en faire une porte ouverte vers n'importe quelle pratique cultuelle qu'ils désirent introduire en la qualifiant de « bid'a hasana » dès lors qu'ils lui trouvent un vague parallèle dans la religion, comme il l'a fait en prétendant l'autorisation de fêter son anniversaire.
Examinons ensuite les exemples concrets qu'Ibn Abd al-Salam place dans chaque catégorie, car c'est là que l'argument d'Imad révèle toute sa fragilité.
Dans la catégorie obligatoire, Ibn Abd al-Salam cite la grammaire arabe pour comprendre le Coran, la compilation des principes du fiqh, et la distinction entre les narrations authentiques et faibles. Ces éléments n'ont rien à voir avec des innovations cultuelles, ce sont des sciences auxiliaires qui servent à préserver la religion, régies par le principe jurisprudentiel bien établi : « ce sans quoi une obligation ne peut être accomplie est lui-même une obligation ».
Al-Shatibi précise à leur sujet :
« Quant à ce qu'il a placé dans l'obligatoire, les exemples qu'il a donnés relèvent de l'angle du principe : "ce sans quoi une obligation ne peut être accomplie est lui-même une obligation." Il n'est donc pas une condition dans ces matières que les Salaf les aient pratiquées, ni qu'il y ait une base spécifique pour elles dans la Shari'a, car ces matières et exemples relèvent du sujet des matières d'intérêt public (al-masalih al-mursala) par lesquelles les cinq nécessités — la vie, la religion, l'intellect, le patrimoine et la lignée — sont protégées. »
📚 al-I'tisam, Maktabah Dar al-Tawhid, vol. 1, p. 323.
Dans la catégorie recommandée, Ibn Abd al-Salam cite le Tarawih dont al-Shatibi démontre qu'elles sont une Sunna établie du Prophète, pratiquée par lui pendant trois nuits avant qu'il ne s'en abstienne par crainte qu'elle ne devienne obligatoire.
Lorsque la révélation s'arrêta, 'Umar la restaura telle qu'elle était, il ne créa rien de nouveau. Al-Shatibi conclut :
« Ces textes prouvent que cette action était en réalité une Sunna. Et parce que l'époque était celle où la révélation était encore reçue, il s'en abstint pour cette raison — ce n'était pas une abstention définitive. Donc lorsque la révélation s'arrêta, la chose fut finalement ramenée exactement à ce qu'elle était : les Tarawih en congrégation dans la mosquée derrière un imam unique. 'Umar appela cela une "bid'a" uniquement en raison de l'apparence extérieure de la chose, en ce que le Messager l'avait laissée et qu'elle ne s'était pas produite à l'époque d'Abu Bakr. Lorsque ce mot est utilisé en ce sens, il n'y a aucun problème avec ce terme. Cependant, cela ne rend pas permissible d'utiliser cette déclaration pour autoriser la blâmable innovation que la Shari'a condamne. »
📚 al-I'tisam, Maktabah Dar al-Tawhid, vol. 1, p. 323-324.
Et dans la catégorie permise, Ibn Abd al-Salam cite la poignée de main après la prière du Subh et de l'Asr. Al-Shatibi retourne immédiatement cet exemple contre la thèse de son auteur :
« Quant à son affirmation que c'est une innovation, cela est accordé. Mais quant à son affirmation qu'elle est permise, cela ne l'est pas, car il n'y a pas de preuve spécifique dans la Shari'a qui indique la spécification de ces moments. »
📚 al-I'tisam, Maktabah Dar al-Tawhid, vol. 1, p. 323.
En d'autres termes, al-Shatibi refuse même l'exemple de la poignée de main spécifique après certaines prières comme une innovation permise, car la spécification d'un moment pour un acte cultuel sans fondement précis constitue précisément une bid'a blâmable. Ce qui démontre que la grille d'Ibn Abd al-Salam, loin d'ouvrir la porte aux innovations cultuelles, se retourne contre ceux qui l'utilisent à cette fin.
Imad a donc cité un savant dont la propre classification est réfutée par al-Shatibi, en utilisant des exemples que al-Shatibi démontre soit être des Sunna établies, soit des matières d'intérêt public, soit des innovations blâmables déguisées en permissions. Il ne reste plus rien de son argument.