Dans un article publié ce lundi, consacré aux supporters sénégalais condamnés au Maroc après les incidents de la finale de la CAN, "L’Équipe" a choisi un terme qui interroge profondément : celui d’« otages », pour qualifier des détenus sénégalais au Maroc, coupables d'actes de violence à l'encontre des stadiers lors de la finale de la CAN 2025.
Le mot n’est pas neutre. Dans le langage juridique comme dans le langage diplomatique, un otage est une personne détenue arbitrairement pour servir de moyen de pression politique. Employer ce terme suppose donc une détention illégale, sans base judiciaire, dans un contexte de chantage entre États.
Or, dans cette affaire, les faits sont d’une autre nature. Les personnes concernées ont été interpellées après des incidents survenus dans le stade, des violences envers les stadiers, largement documentés par des images diffusées en direct et relayées dans le monde entier. Les individus concernés ont été présentés devant la justice marocaine, poursuivis pour des faits précis – violences, jets de projectiles, troubles à l’ordre public – et jugés dans le cadre d'un procès équitable, dans le cadre de la législation du pays où ces faits ont été commis.
Qualifier donc ces individus d’« otages » revient à effacer la dimension judiciaire de l’affaire pour lui substituer un récit politique.
Faut-il y voir un simple dérapage lexical ? Ou un énième dérapage éditorial de "L’Équipe" dès qu’il s’agit du Maroc ? Ce glissement lexical n’est pas anodin. Il témoigne d’un parti pris et d’une focalisation presque maladive sur le Maroc qui semble s’être installée, hélas, dans une partie du journalisme sportif français.
En transformant des personnes condamnées par un tribunal en victimes d’une prétendue détention arbitraire, on brouille volontairement la frontière entre information et narration de mauvaise foi.
Il y a quelques semaines, nous évoquions déjà ce biais dans une chronique au titre volontairement provocateur : « "L’Équipe" du Sénégal ». À l’époque, certains avaient jugé le jeu de mots excessif. À la lumière de ce nouvel épisode, il apparaît surtout terriblement juste.
À l’heure où nous publions ces lignes, "L’Équipe" a supprimé le post relayant l’article et l’a discrètement retiré de sa page d’accueil. Pourtant, le papier est resté en ligne. Un étrange entre-deux éditorial. Preuve, s’il en fallait une, du malaise vécu par la rédaction du quotidien.
@lequipe 👋