Instant parcours d’une jeune déterminée
Il y a 10 ans, je quittais la ville de Kinshasa en passant par Brazzaville pour atterrir, pour la première fois, à Dubaï avec mes 2 400 $, qui représentaient la grande partie de mon épargne logée à la BIAC (je n’ai pas pu retirer l’autre partie après la faillite de la banque).
Je devais tout faire avec ces 2 400 $ : assurer mon logement au Mount Royal Hotel à Deira, mes déplacements, mon alimentation ainsi que les frais aéroportuaires. Mais surtout, je devais tout faire pour ne pas perdre cette somme, qui représentait les 3/5 de mon épargne, fruit de tous mes efforts et des sacrifices consentis depuis mes 18 ans.
C’était une véritable équation, partagée entre mes différents besoins et ma décision de ne plus régresser après ce voyage.
Heureusement, j’étais accompagnée d’une condisciple devenue par la suite une grande amie (Pina Elozia), qui faisait preuve d’une orthodoxie financière impressionnante pour une jeune de moins de 23 ans.
Grâce à ses conseils et à ma détermination de réussir, j’ai sacrifié mes besoins personnels en privilégiant mes marchandises.
À mon retour à Kinshasa, le 5 mai, je me posais beaucoup de questions, notamment sur la manière d’écouler ma marchandise, n’ayant ni boutique ni endroit sûr pour l’exposer.
C’était alors le début d’une merveilleuse expérience qui m’a presque tout donné…
Je reconnais que Dieu avait mis sur mon chemin plusieurs clientes qui m’ont facilité la tâche : madame Patricia Nyoka, la défunte Gisèle Nyoka, ma petite Prisca et ses amies de l’ISAM, Papa Vicky, Laurette et bien d’autres. Sachez que c’est aussi grâce à vous que j’ai franchi plusieurs étapes de ma vie.
En quelques semaines, j’avais réussi à écouler ma marchandise (cash et à crédit), gagné une clientèle fidèle et passé plusieurs commandes à distance, jusqu’à me retrouver avec 8 600 $ sous mon lit, après la déception de la BIAC, au mois d’août 2016.
Une fin d’études fructueuse
Alors que nous préparions tous nos mémoires à l’IFASIC, j’ai été sérieusement soutenue par mes proches, jusqu’à collecter plus de 5 000 $ comme contribution aux dépenses liées à ma défense et à ma collation, qui n’ont pourtant pas dépassé 500 $.
Dépôt du mémoire frais du directeur : 120 $
Ensemble (veste Turquie) : 110 $
Chaussures : 40 $
Coiffure : 20 $
La fête : moins de 100 $.
Oui, moins de 100 $.
Vous vous demandez pourquoi ?
Parce que je n’ai jamais fêté mes succès scolaires ou académiques. Du diplôme d’État jusqu’à mon deuxième diplôme de licence, je n’ai jamais célébré non pas par manque d’argent, mais par stratégie.
Voulez-vous savoir ce que j’avais offert lors de la clôture de mes études à l’IFASIC ?
* 2 casiers de boissons sucrées ( 20$)
* 100 pains pistolets (10 000 CDF)
* 2 tiges de boudin à l’ail
* 2 paquets de sachets (1 000 CDF)
* 2 grandes boîtes de Bleu Band (moins de 11 000 CDF)
* 2 boîtes de mayonnaise (moins de 10 000 CDF)
* 2 paquets de papier (2 400 CDF)
… et surtout la motivation de maman Mamy, notre locataire, qui s’était occupée du buffet le plus consistant de l’histoire. 😂😂😂
Alors que j’avais près de 14 000 $ sous mon lit, faire la fête ne m’avait même pas traversé l’esprit. Je ne voulais pas gaspiller mon argent inutilement.
Plus tard, en décembre 2016, j’ai finalement décidé d’ouvrir un autre compte bancaire, cette fois à Ecobank, notamment pour mes demandes de visa. Je ne voulais pas passer par des intermédiaires. Sur les 14 visas que comptent mes différents passeports, j’ai monté seule 11 dossiers ; les 3 autres étaient dans un cadre pro (naza mukongo, je respecte l’argent, même si nazalaka amoureuse ya kitendi).
Je précise que j’ai honoré de ma présence toutes les fêtes de mes condisciples. Mon cadeau standard pour les filles était une paire de mocassins, que j’achetais en lot (douzaine) chez Andirina à 56 $, et que la paire se revendait à Kinshasa entre 20 et 25 $.
Bref, mon commerce est devenu florissant. J’ai voyagé plusieurs fois à Dubaï, en Chine, …