La Marseillaise, l’âme de la patrie
Ainsi, en ce 14 juillet, qui devrait être le jour où la France se souvient d’elle-même, où le sang versé se fait exaltation nationale, voilà que s’élèvera, non pas le chant farouche et libérateur de La Marseillaise, cri arraché aux entrailles du peuple, mais l’Ode à la Joie, hymne d’une Europe abstraite, froide et corrompue.
Comme un point d’orgue à un lent travail de dissolution macronienne : sous les dehors d’un petit chef capricieux aux gestes étudiés et au sourire de circonstance, se cache une âme noire qui semble avoir abdiqué toute attache charnelle avec cette terre de France, avec ses provinces aux accents divers, ses cathédrales dressées comme des prières de pierre, cette langue, si précise et si musicale, que l’on ose aujourd’hui reléguer au profit d’un anglais de pacotille.
« Start-up nation ! », dit-il avec un mauvais accent, comme si la France n’était plus qu’un sigle destiné à lever des fonds, un incubateur en pré-faillite où l’on troque l’héritage de Racine et de Hugo contre des algorithmes et des valorisations boursières. « Choose France ! », zozote-t-il pour signifier que même notre sol doit se plier à l’invitation d’un marché mondialisé, où la patrie n’est plus qu’une marque parmi d’autres, interchangeable.
Et que dire de cette souveraineté européenne qu’il invoque, oxymore absurde, mirage d’un empire sans empereur ni peuple, où la France se dissoudrait dans un conglomérat de bureaucraties ? Comme si la souveraineté, forgée dans des siècles de luttes et de sacrifices, pouvait se partager sans se perdre ! Comme si notre drapeau tricolore, ce bleu blanc rouge des barricades et des champs de bataille, pouvait céder la place à ce torchon étoilé, symbole putride d’une uniformité administrative qui efface les nations au profit d’une grande orgie néolibérale et belliqueuse sous chemsex.
La dissuasion nucléaire elle-même, joyau le plus intime de notre défense, feu sacré confié par de Gaulle à la République, il l’étend à des voisins incertains, comme on dilue un élixir précieux dans l’eau croupie d’une négociation biaisée.
Il y a, dans cette attitude, une haine sourde, non point déclarée avec la grossièreté d’un tribun, mais insinuée, distillée au fil des discours et des symboles : la détestation de ce que nous sommes, de notre culture française qu’il nie avec une légèreté de dandy à moumoute, comme si Montaigne, Pascal, Voltaire et Camus n’avaient été que des accidents historiques, effaçables au nom d’un centrisme sans racines.
La Marseillaise n’est pas un air de circonstance, elle est le battement même du cœur français. Il faut la chanter tout le temps, partout : dans les rues de nos villages endormis comme sur les places de nos villes agitées, dans les écoles, dans les stades, au seuil des églises et au bord des champs labourés. Particulièrement ce 14 juillet, jour où la France se doit d’être pleinement elle-même, il faut que les voix s’élèvent, non point par colère stérile, mais par fidélité profonde.
Car chanter La Marseillaise, c’est refuser la dissolution, c’est affirmer que la France n’est pas une start-up, ni une province d’Europe, mais qu’elle est une civilisation vivante et immortelle, un alliage unique de raison et de passion, de classicisme et de révolte. C’est dire, dans les accents de Rouget de Lisle, que nous sommes encore les fils de ceux qui prirent la Bastille et ceux qui tinrent Verdun. Et dans cette fidélité obstinée, nous retrouverons, comme dans les pages les plus émouvantes de Proust, le temps perdu : celui où la France se savait elle-même, et s’aimait sans honte. Chantons-la donc, sans relâche, jusqu’à ce que les murs de l’oubli s’effritent et que renaisse, intacte, l’âme de la patrie.
Si j’étais à la tête des formations d’harmonie musicale des Armées, c’est ce que je dirais à mes hommes : « Le 14 juillet,
vous jouerez La Marseillaise comme d’habitude et c’est moi qui en prends la totale responsabilité. Vous direz que je vous en ai donné l’ordre ».