Le ProgrÚs : mon discours pour ouvrir BIG 2024, la 10Úme édition de BIG
C'est le 10Ăšme anniversaire du BIG ! Nous Ă©tions en 2014, la crise financiĂšre Ă©tait oubliĂ©e, la dĂ©sindustrialisation commençait Ă ĂȘtre stoppĂ©e, la French Tech explosait, la politique de l'offre s'installait, c'Ă©tait aussi l'Ă©poque de Obama. Mais la France Ă©tait encore pessimiste. BIG est nĂ© de la volontĂ© de cĂ©lĂ©brer en grand la perspective du progrĂšs et la culture du risque. Bpifrance Innovation GĂ©nĂ©ration : un Ă©vĂ©nement coup de cymbale et fanfare, Ă©nergique comme les trompettes du festival d'Avignon des annĂ©es 50, une dĂ©claration d'amour annuelle faite au futur. Et l'affirmation pour nous d'une identitĂ©, oui, futuriste. Un Ă©vĂ©nement explosif comme un manifeste ! La France est une Californie qui s'ignore, disions-nous alors. Nous disions aussi qu'il fallait terrasser le dragon de l'amertume française, et foncer avec optimisme et volontĂ© vers le futur. Servir l'avenir ! En ayant confiance en nous mĂȘmes. 10 ans plus tard, nous y sommes toujours. Et dans 10 ans nous y serons encore. Dans la vie d'un pays il n'y a pas de sommet, il n'y a que des vallĂ©es, et sans cesse sur le mĂ©tier nous remettons l'ouvrage.
Quel ouvrage ? La défense du progrÚs comme valeur et comme réalité. La préservation intacte de l'esprit de manifeste. Dire qu'on y croit. Et quand il arrive, le reconnaßtre, le respecter, le choyer, remercier ceux qui l'ont fait.
Il y a dix ans, on ne croyait pas à la voiture électrique, on ne croyait pas à la transition énergétique, on ne croyait pas à l'intelligence artificielle, on ne croyait pas aux constellations spatiales, on ne croyait pas à l'ordinateur quantique, on ne croyait pas que la France serait couverte de réseaux haut débit. Toujours, on analyse son impuissance. On voyait des facteurs limitants à peu prÚs partout. Ils ont été levés, la marche en avant n'a pas cessé. Il y a dix ans, on ne croyait pas que de nouveaux droits seraient créés pour les gens, ils l'ont été, nombreux. Des droits sociaux, sociétaux, prime universelle d'activité pour les petits salaires, protection du handicap, metoo, mariage pour tous, infrastructures rutilantes dans les régions, le Grand Paris, disponibilité du progrÚs médical pour tous, sans parler du droit à l'emploi et de la baisse du chÎmage, de la loi fin de vie en cours de discussion, etc. On n'aurait jamais imaginé qu'on réussirait à sortir l'apprentissage de sa gaine de préjugés. Il y a dix ans, on n'aurait jamais imaginé non plus que nous serions capables de gérer comme nous l'avons fait, quatre vagues successives d'une pandémie.
Il faut avoir confiance. Attaquer le futur en confiance, c'est un Ă©tat d'esprit, une maniĂšre d'ĂȘtre, une Ă©cole de la vie. Lorsque vous escaladez une paroi, vous ne savez pas dire par quelle prise vous allez passer. Il faut monter pour la trouver. Monte, tu vas trouver ta prise. Il y a toujours une prise. N'Ă©coute jamais ceux qui te disent de redescendre. Encore moins ceux qui te disent que ce que tu cherches n'a pas de sens. Contre toutes les philosophies du temps prĂ©sent, qui souvent sont des invitations Ă la macĂ©ration, il faut entrer dans le corps vivant du futur. Progresser pas Ă pas. Cela suppose du courage, de la volontĂ©, de l'optimisme, un dĂ©sir de changer les choses, Ă hauteur d'homme et de femme d'abord, puis pour le monde entier. Bien sĂ»r que c'est difficile. Mais quand c'est facile, comme en vĂ©lo, c'est que ça descend.
Nous sommes en concurrence avec des peuples volontaires, courageux, optimistes, qui grimpent comme nous, ils sont déterminés. Ils croient au progrÚs de toute leur ùme. Depuis 10 ans, j'ai dû voir en personne 10 000 entreprises, toutes dans leur paroi, tendues vers le haut. La banque en a financé des centaines de milliers. Nous les avons équipées, encordées, encouragées, aidées. Elles ont labouré le futur de la France, poussées par la culture du progrÚs. Elles sont nombreuses mais le sont-elles assez ? Nous avons aidé à créer 2000 ETI, 20 000 startups. Il en faut plus, toujours plus, pour que la France tienne son rang dans la durée, face à nos concurrents ultra-motivés, au moral d'acier, durs à la tùche. C'est l'entreprise et les entrepreneurs qui peuvent donner à la France un moral de vainqueur.
En face de cette projection inouĂŻe d'Ă©nergie collective, chez les entrepreneurs, depuis 10 ans que voit-on ? Le dragon du dĂ©faitisme est toujours lĂ . Nos enquĂȘtes montrent que notre pays hĂ©site entre trois utopies : la dĂ©croissance Ă©cologique, le repli sĂ©curitaire et le techno-progressisme. Elles montrent que nos concitoyens plĂ©biscitent le progrĂšs technologique mais sont convaincus que les progrĂšs sociĂ©taux sont en panne et ont le cĆur nouĂ© par la conviction que leur descendance n'aura pas une vie meilleure. Ceci vient d'un usage dĂ©rĂ©glĂ© du doute et de la peur. Le doute cartĂ©sien est une mĂ©thode, soit. Et une fine couche de peur partagĂ©e permet de tenir ensemble une sociĂ©tĂ©. Certes. Mais on est allĂ© beaucoup trop loin. On doute du progrĂšs et on a peur de l'avenir. Pourtant, aucun de ceux qui sont dans les utopies rĂ©gressives n'accepterait de vivre aujourd'hui dans le monde de leurs parents, comme dans les pages de vieux numĂ©ros de Paris Match. Aucun jeune d'aujourd'hui n'accepterait de vivre dans le monde qui a prĂ©cĂ©dĂ© sa naissance, celui des annĂ©es 2000. On ne vit pas dans des dystopies. Les mĂȘmes qui demandent un frein d'urgence au mouvement de l'histoire sont ceux qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© gĂ©nĂ©reusement du progrĂšs dans leurs vies et dans leurs familles. Et tous sous-estiment le fait que le frein d'urgence, c'est inĂ©vitablement un attentat contre la libertĂ©. DĂ©sespĂ©rer du progrĂšs, c'est dĂ©sespĂ©rer de l'homme, d'abord, le dĂ©shumaniser, ensuite.
Nous disons donc que nous croyons au progrĂšs. Demain sera meilleur qu'aujourd'hui. Des maladies incurables seront guĂ©ries. Des Ă©nergies non carbonĂ©es protĂ©geront la planĂšte, l'Ă©norme nuage de CO2 que nous Ă©mettons finira par se dissiper, des centaines de millions d'habitants de la Terre accĂšderont Ă la classe moyenne et Ă un dĂ©but de prospĂ©ritĂ©, l'espĂ©rance de vie va continuer de monter, l'ascenseur social n'est pas bloquĂ©, nos problĂšmes ne sont pas insurmontables. Comment peut-on nier le progrĂšs quand on voit d'oĂč viennent nos parents, nos grands-parents, par oĂč ils sont passĂ©s, les efforts qu'ils ont fait !
Pourquoi cela s'arrĂȘterait-il ?
Bien sĂ»r qu'on a toujours un sentiment d'impuissance dans le chaos des choses. Bien sĂ»r qu'il y a un mystĂšre Ă©touffant de l'existence, qui nous bloque l'horizon. Bien sĂ»r que notre immense progrĂšs matĂ©riel paraĂźt dĂ©nuĂ© de sens. Et pourtant, dans cette espĂšce de forĂȘt de doute, il y a toujours une clairiĂšre qui donne un sursaut d'espoir, fait identifier un passage, une faille Ă©nigmatique dans laquelle s'engouffrer, qui pousse Ă la crĂ©ation et nous fait dĂ©couvrir, inventer, crĂ©er, entrer dans une nouvelle Ă©tape de connaissance et donc d'Ă©mancipation. L'homme a besoin de croire au progrĂšs comme il a besoin de boire. L'inverse du progrĂšs, c'est le dĂ©sespoir. Et contrairement Ă ce que pensent les dĂ©clinistes, le progrĂšs ne nous arrache pas Ă un Ă©tat stable qui serait idĂ©al. L'Ă©tat naturel, c'est de reculer, de rĂ©gresser. Le progrĂšs nous empĂȘche d'abord de reculer, puis il nous permet lentement d'avancer.
Engendrer du progrĂšs suppose un rapport souriant au monde. Un Ă©lan vital. Une gĂ©nĂ©rositĂ© lumineuse, qui passe par l'esprit de reconnaissance : tous les matins on doit se dire qu'on bĂ©nĂ©ficie du progrĂšs qu'ont produit nos aĂźnĂ©s. Tous les matins, on doit remercier les inventeurs, dĂ©fricheurs, partisans. Tous les matins on doit se souvenir de la chaĂźne infinie des anciens qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s et sur les Ă©paules desquels nous sommes. Le progrĂšs est un Ă©ternel passage de relais, oĂč chacun reprend le flambeau d'un gĂ©ant. Ils nous ont fait un don, et Ă ceux qui nous disent que le don n'est jamais gratuit ils infligent un dĂ©menti. Et c'est dans les pĂ©riodes les plus noires, qu'il y a le plus de flambeaux. Car elles sont souvent les plus crĂ©atives. Ce sont des Ă©poques visionnaires, oĂč la raison est libĂ©rĂ©e par le dĂ©sordre des choses. Nous y sommes aujourd'hui.
Ces valeurs dessinent le portrait robot des entrepreneurs, des crĂ©ateurs, des scientifiques. Ils sont les hĂ©rauts du progrĂšs. Ils sont dans un rapport gĂ©nĂ©reux et souriant au futur. Ils ont trĂšs souvent livrĂ© un combat de libertĂ© avec tout ce qui les entravait. Ils ont franchi le pas, souvent des mauvais pas. Ils sont dĂ©sinhibĂ©s et sans interdiction. Qui peut m'empĂȘcher d'aller de l'avant, disent-ils. Souvent, ils n'ont pas de pĂšre, et c'est leur chance. Ils n'ont pas l'Ćil de Saturne sur eux. Ils nous tirent. Doublement ! En inventant des libertĂ©s, et en nous disant comment ne pas en avoir peur. Depuis dix ans, nous avons cĂ©lĂ©brĂ© l'entrepreneuriat comme la vierge aux fresques d'un mur. Il est pour nous l'antidote Ă tous nos maux. Nous sommes convaincus que la France n'est pas Ă son potentiel collectif et que si beaucoup de concitoyens sont amers c'est qu' ils savent qu'ils ne contribuent pas Ă la marche du progrĂšs. Nous leur disons : entreprenez ! Ne serait-ce que d'un pouce ! Nous allons vous aider !
Pour terminer, nous avons un rĂȘve : que les entrepreneurs français soient reconnus, admirĂ©s, remerciĂ©s, et placĂ©s au centre de la scĂšne française. Non pas pour eux, mais pour la France. La France rĂȘve d'une nouvelle Ă©tape de vivre ensemble et d'Ă©mancipation, mais elle n'y croit pas. CrĂ©er une entreprise, faire avancer la science, rĂ©soudre pour les autres des problĂšmes complexes, faire grandir des collaborateurs, partager les endorphines du progrĂšs, c'est crĂ©er du vivre ensemble. Du coup, nous avons un deuxiĂšme rĂȘve : que les entrepreneurs français soient Ă©loquents, gĂ©nĂ©reux de parole, charismatiques, inspirants pour nos concitoyens, visibles. Les hĂ©rauts du progrĂšs doivent s'exprimer, ils ont une fonction dans la citĂ©, il faut absolument qu'ils sortent de l'ombre. VoilĂ pourquoi nous avons créé le BIG il y a 10 ans, et depuis les six tribus de la French Tech, de la French Fab, de la French Touch, de la French Care, de la CrĂ©a et du Coq Vert, qui sont autant de bandes de partisans courant la campagne pour convaincre, montrer l'exemple, contrer le doute. Ils ne sont pas assez nombreux. Ils ne sont pas encore assez vocaux. Les scientifiques, c'est pareil. Il fut un temps oĂč ils Ă©taient sur scĂšne, sans cesse. Il faut qu'il y reviennent. Contre les dĂ©faitismes, nous avons besoin d'un concert assourdissant de casseroles de la part de ceux qui croient au progrĂšs ! Ăa n'est pas un mince combat, nous sommes face Ă des poids lourds ! Les pĂ©titions et les tribunes ne vont pas suffire. Il faut une mobilisation gĂ©nĂ©rale.
Excellent
#BIG10 Ă toutes et tous !