"Avant que Platon commençât à philosopher, l’art grec avait déjà vécu sa grande époque dans tous les domaines: tout ce qui lui est postérieur dans le monde hellénique, à Rome et dans l’Europe qui s’est inspirée de l’Antiquité, n’est qu’un retentissement de cette génération originelle issue de l’esprit du mythe et donc de la religion. Tout grand art est religieux, c’est-à-dire acte d’hommage à la gloire de l’être. Là où se dilue la dimension religieuse, cet hommage dégénère en excitation et en complaisance ; là où la gloire [das Herrliche] pâlit, ce que nous appelons « le beau » n’est plus qu’un déchet. Goethe le disait à Riemer, avec une humilité surprenante pour l’époque: « Les hommes ne sont productifs en poésie et en art qu’aussi longtemps qu’ils sont religieux ; ensuite ils ne font qu’imiter et répéter, tout comme nous, par rapport à une Antiquité dont tous les monuments étaient des œuvres de foi et que notre imagination ne pourra que copier » (juillet 1810). " Hans Urs von Balthasar, La gloire et la croix.