1/ Sonko affirme aujourd’hui qu’il était un « simple Premier ministre » aux pouvoirs limités.
Pourtant, entre 2024 et 2026 est: Président du Pastef, Chef du gouvernement, Leader de la majorité, et Figure politique dominante du régime.
Pendant deux ans, ses partisans le présentaient comme l’homme fort du pouvoir.
On ne peut pas revendiquer le bilan ET minimiser sa responsabilité lorsque les décisions deviennent contestées.
2/ Sur la dette, son discours a évolué.
Hier : Audit, Dette odieuse, Responsabilité des créanciers
Aujourd’hui : Un État souverain rembourse ses dettes, Il faut refinancer
Puis il revient à nouveau sur l’idée d’annuler une partie de la dette.
Question simple : Si une partie de la dette était réellement odieuse, pourquoi le débat n’a-t-il pas été ouvert lorsqu’il dirigeait le gouvernement ?
3/ Plus révélateur encore :
Le journaliste lui demande pourquoi cette annulation n’a pas été faite.
Réponse de Sonko : « Ça a été proposé. »… Puis : « Non, ce n’a pas été retenu. »
Autrement dit, il reconnaît lui-même qu’il y a eu un arbitrage politique perdu.
C’est un aveu important.
4/ Sur l’UCAD et la mort d’un étudiant.
Sonko reconnaît un usage « disproportionné » de la force. Mais refuse toute responsabilité politique.
Pourtant, dans tout État démocratique, les forces de sécurité agissent sous l’autorité du pouvoir exécutif.
Question : Qui est politiquement responsable si ce n’est le gouvernement qu’il dirigeait ?
5/ Sur la justice.
Pendant des années, Sonko a dénoncé une justice instrumentalisée par le pouvoir. Aujourd’hui, concernant certaines arrestations : « La justice est indépendante. » Alors laquelle est la bonne version ? La justice était-elle instrumentalisée ? Ou est-elle indépendante ?
Les deux affirmations ne peuvent pas être vraies en même temps sans explication.
6/ Sur Diomaye.
Sonko affirme : que le projet Pastef a été dévoyé ; que des engagements majeurs ont été abandonnés ; qu’il n’y a pas de volonté de les appliquer.
Mais dans le même temps il dit : il n’y aura pas de rupture ; pas de censure ; pas d’exclusion.
Question logique : Si le projet est réellement trahi, pourquoi maintenir le soutien politique ?
7/ Sonko rappelle également :
« Si des cas nécessitent une censure, nous n’hésiterons pas. »
Cette phrase est loin d’être anodine.
En tant que président de l’Assemblée nationale et chef de la majorité, il rappelle qu’il dispose de l’arme institutionnelle capable de faire tomber le gouvernement.
C’est un message politique très clair.
8/ Sur 2029.
Il refuse de parler de candidature.
Pourtant : il a déjà dit qu’il sera candidat dans un passé récent, il dirige toujours le Pastef, il contrôle la majorité parlementaire, préside l’Assemblée nationale, il reste la figure politique la plus influente du parti.
Chacun se fera son opinion.
9/ Sur le Sahel, lorsqu’on lui demande de condamner les juntes militaires : Il refuse. Il invoque la souveraineté des États. C’est une position diplomatiquement prudente.
Mais elle évite soigneusement de répondre à la question centrale : un pouvoir issu d’un coup d’État doit-il retourner au suffrage populaire ?
10/ Enfin, la principale faiblesse de toute l’interview tient dans une contradiction fondamentale.
Sonko cherche simultanément à être : l’architecte du bilan lorsqu’il est positif et un observateur extérieur lorsqu’il est contesté.
Or un responsable politique ne peut pas être à la fois : acteur principal et simple spectateur.
11/ Ce débat n’est pas une question de personnes.
C’est une question de cohérence politique. Pendant deux ans, Ousmane Sonko a été au cœur du pouvoir.
Les Sénégalais sont donc en droit d’attendre autre chose qu’un récit où les succès lui appartiennent mais où les décisions controversées relèvent toujours des autres.