« Figures nationalistes controversées ».
Voilà désormais le novlangue employé pour éviter de prononcer les mots qui dérangent : nazis, collaborateurs, antisémites, criminels de guerre.
Si l'on appliquait ce vocabulaire à la France des années 1940, il faudrait alors parler de « figures nationalistes controversées » pour désigner Pétain, Pierre Laval, Jacques Doriot, Marcel Déat, Joseph Darnand, René Bousquet ou Fernand de Brinon.
Imagine-t-on sérieusement leur réhabilitation officielle ? Imagine-t-on des cérémonies publiques, des hommages nationaux, des rues à leur nom ou des discours expliquant qu'il faut désormais dépasser les polémiques du passé ?
C'est pourtant exactement ce qui se produit aujourd'hui en Ukraine avec certaines figures de la collaboration. Andriy Melnyk, notamment, a été réhabilité et inhumé avec les honneurs.
Or il ne s'agit pas d'un vague « nationaliste controversé », mais d'un collaborateur nazi et d'un responsable impliqué dans le systÚme qui a rendu possible la Shoah par balles sur le territoire ukrainien.
Les mĂȘmes qui s'indignent de l'affaiblissement de la mĂ©moire de la Seconde Guerre mondiale, de la banalisation du nazisme ou de l'ignorance croissante des jeunes sur le gĂ©nocide des Juifs et des Tziganes participent pourtant, consciemment ou non, Ă cette réécriture du passĂ©.
Car le véritable confusionnisme n'est pas de rappeler ce que furent ces hommes. Le véritable confusionnisme consiste à remplacer les mots par des euphémismes, à dissoudre les responsabilités historiques dans le brouillard sémantique et à transformer des collaborateurs du IIIe Reich en simples « figures nationalistes controversées ».
Quand on cesse de nommer les choses, on finit toujours par les excuser. Et lorsqu'on commence à excuser les collaborateurs d'hier, on prépare l'oubli des crimes qu'ils ont rendus possibles.
On est là , trÚs éloigné des « valeurs européennes ».
Il ne faudra pas non plus s'étonner de l'usage que le Kremlin en fera (en fait).