"Terrence Malick ne coupe jamais une scène. On s’arrête quand on a besoin d’une nouvelle cassette."
Le tournage avec Terrence Malick, raconté par son actrice, Olga Kurylenko (A la merveille) :
"Il voulait que je sois en contact avec la nature, que je touche les feuilles, que je boive l’eau des branches, que je danse, touche le sol, parle aux fleurs. Tout ça durant deux mois et demi. Et sans jamais employer, durant les prises, le mot coupez. Il ne coupe jamais une scène. On s’arrête quand on a besoin d’une nouvelle cassette. Il doit y avoir assez de rushs pour faire cinq ou six films différents, selon moi. D’autant qu’il décide de l’histoire qu’il va raconter en salle de montage.
C’est du coup un peu un casse-tête, pour moi, quand je découvre le film, entre ce qui est à l’écran et ce qui n’y est plus. Je l’ai vu deux fois et je veux encore le revoir.
C’est un film qu’il faut revoir tant les messages y sont intenses. En le revoyant, j’ai trouvé des choses que je n’avais pas vues à la première vision.
Il est si humble et timide qu’il ne parlera jamais de lui. C’est un homme d’une timidité extrême. Mais pas avec les acteurs ! Pour son art, il en est capable. Mais parler de lui, ce n’est pas de l’art, pour lui. Ce n’est pas un homme qui se vend.
Terrence n’était jamais présent durant l’enregistrement des voix off. Je l’ai d’ailleurs fait depuis les quatre coins du monde. Terrence m’envoyait des tonnes de textes. Je l’ai fait durant un an. Et j’ai probablement lu et enregistré minimum 400 pages. Vous savez, à un certain moment, vous le faites par amour. Et comme vous aimez tant Terry, voilà… C’est un grand artiste. C’est un être magnifique. En quête de vérité. Très protecteur aussi. Tout l’inverse de l’image qu’il peut donner à l’extérieur, de par son choix de refuser les contacts et apparitions publiques."
Vidéo : Terrence Malick, la trilogie dite "expérimentale" : "To the Wonder", "Knight of Cups", "Song to Song".
Avec Olga Kurylenko, Ben Affleck, Rachel McAdams, Javier Bardem, Natalie Portman, Christian Bale, Imogen Poots, Brian Dennehy, Isabel Lucas, Rooney Mara, Michael Fassbender, Ryan Gosling, Cate Blanchett, Lykke Li, Patti Smith, Val Kilmer, Holly Hunter, Bérénice Marlohe...
Robert Bresson, Jean-Luc Godard, Paul Valéry :
Quand couper, quand finir ? Quand dire d'une oeuvre qu'elle est achevée ?
JEAN-LUC GODARD à Robert Bresson :
"Et comment voyez-vous les questions de forme — si l'on peut dire ? Je sais bien qu'on n'y pense pas tellement, en tout cas pendant, mais on y pense avant, et on y pense après. Par exemple, quand on découpe, on n'y pense pas. En même temps, je me demande toujours, après : pourquoi ai-je coupé là plutôt que là ? Et chez les autres aussi, c’est la seule chose que je n’arrive pas à comprendre : pourquoi couper ou ne pas couper ?"
ROBERT BRESSON : "Je crois, comme vous, que c’est une chose qui doit devenir purement intuitive. Si elle n’est pas intuitive, elle est mauvaise. En tout cas, pour moi, c’est la chose la plus importante."
JEAN-LUC GODARD : "Ça doit pouvoir, quand même, s'analyser..."
ROBERT BRESSON : "Moi, je ne vois mon film que par la forme. C’est curieux : quand je le revois, je ne vois plus que des plans. Je ne sais pas du tout si le film est émouvant ou non."
JEAN-LUC GODARD : "Je crois qu'il faut très longtemps pour arriver à voir un de ses films. Un jour, vous vous trouvez dans un petit village, au Japon ou ailleurs, et puis vous revoyez votre film. A ce moment-là, on peut le recevoir comme un objet inconnu, au même titre qu’un spectateur normal. Mais je crois qu’il faut vraiment très longtemps. Il faut aussi ne pas être préparé à recevoir le film."
ROBERT BRESSON : "Pour moi, et j’y reviens, j’attache une énorme importance à la forme. Enorme. Et je crois que la forme amène les rythmes. Or, les rythmes sont tout puissants. C’est la première chose. Même quand on fait le commentaire d'un film, ce commentaire est d'abord vu, senti, comme un rythme. Ensuite, il est une couleur (il peut être froid ou chaud), ensuite, il a un sens. Mais le sens arrive en dernier."
(Entretien avec Robert Bresson, par Jean-Luc Godard et Michel Delahaye, Cahiers du cinéma 178, mai 1966)
Paul Valéry : "Quand dire d'une oeuvre qu'elle est achevée ? A quel moment ? Il faudrait un événement-signal." (Cahiers Poïétique, Pléiade)
Dominique Païni : "Quand et pourquoi finir ? Quand et pourquoi couper ou laisser durer une scène ou un plan séquence ? Dramatiser des manques par des ellipses narratives, différer la fin d'un désir en ne bouclant pas une fiction, ouvrir une oeuvre pour que, par ce ratage mortel que constitue un inachèvement, la vie s'y engouffre et finisse d'elle-même le travail. Utopie morale et choix de style. Mais ne s'agit-il pas encore de constater le gouffre qui sépare la représentation et un réel désirable ? Le caractère vestigial de certains films ou leur forme "en débris" (trouvés à la ferraille, dirait Godard) seraient les restes de l'expérience de ce gouffre." (Dominique Païni, L'expérience du gouffre, L'inachèvement au cinéma Cahiers du cinéma 376, Octobre 1985)