L’opération américaine au Venezuela creuse un abîme dont on peut percevoir la profondeur aux immenses questions en suspens.
Nicolas Maduro était un dictateur qui ne mérite aucune pitié mais ce n’est pas pour cela qu’il a été « capturé » par l’armée de
@realDonaldTrump C’est son activité dans le commerce de la drogue qui lui vaut ce matin d’être en prison à New York. De quoi parle-t-on exactement à ce propos ? Personne ne le sait. Les autorités américaines formulent une accusation dont elles ne produisent, pour l’instant, aucun acte. Le président vénézuélien aidait-il des trafiquants ? Mettait-il les moyens de l’Etat à leur service ? Lesquels ? De quelle manière ? En impliquant d’autres membres du régime ? Opérait-il ainsi avec la volonté d’inonder spécifiquement les Etats-Unis des produits meurtriers, donc dans un but politique, ou s’agissait-il d’une participation purement mercantile à une activité criminelle ? S’est-il enrichi personnellement dans ce trafic ? D’autres membres de son gouvernement se sont-ils enrichis ? Si oui, les Etats-Unis vont-ils mener d’autres actions de ce type dans le pays ? Incarcérer d’autres dirigeants ?
Si l’on prolonge la réflexion, de nouvelles interrogations surgissent. Pour des raisons similaires ou proches, d’autres dirigeants d’autres pays d’Amérique centrale ou latine peuvent-ils tomber sous le coup d’accusations de ce type ? Le Mexique, la Colombie par exemple, peuvent-ils être concernés ? Et dans ce cas, l’attitude des Etats-Unis sera-t-elle la même ?
Nous connaissons la défiance, voire le dégoût du président américain pour les structures internationales. Mais en les négligeant totalement, en menant seuls, sans produire aucune pièce, sans partager leurs informations avec qui que ce soit, les Etats-Unis inaugurent l’ère impitoyable des actions unilatérales des Etats dotés de l’arme nucléaire. Ce qui s’est passé au Venezuela est infiniment plus inquiétant que rassurant pour la suite de la vie sur la planète.
Parlons maintenant du Venezuela et de son avenir immédiat. Ce pays est débarrassé de son dictateur. L’est-il de la dictature ? C’est peu probable. Ceux qui imaginent que des forces démocratiques vont prendre le pouvoir comme dans un rêve risquent d’être déçus. D’abord parce que les acteurs de la dictature Maduro sont toujours en poste. Ensuite parce qu’un appareil militaire disposant de la force peut prendre les commandes. Enfin parce que l’opposition vénézuélienne est morcelée et peu préparée à diriger le pays dans des conditions aussi particulières.
Pour couper court aux spéculations, Donald Trump a indiqué que les États-Unis dirigeraient eux mêmes le pays. Cette affirmation, qui bafoue grossièrement toutes les règles du droit international et ne camoufle même pas le désir de s’approprier la rente pétrolière, est grotesque. Sur qui les Américains s’appuieront-ils sur place ? Sur les membres actuels de la dictature qui procéderaient à des ralliements opportuns ? Les « Yankees » débarqueront-ils en masse pour mettre en place une administration dévouée ? Tout ceci paraît à la fois lunaire et lourd de mille dangers.
Enfin, dernière question. Quel sera à moyen terme l’impact de cette action spectaculaire sur le trafic de drogue lui même ? Des réseaux seront-ils durablement ébranlés, la production affectée, la consommation contrariée ? Personne ne sait répondre à ces questions, même pas ceux qui se sont lancés dans l’aventure.
Etonnant, non ?