Le Liban ne peut pas devenir un front oublié. Avec les ordres d’évacuation donnés à des villages entiers du Sud-Liban, avec les violations répétées du cessez-le-feu, avec l’extension des zones de combat et la menace d’une occupation durable, une nouvelle étape est franchie. Nous devons le dire clairement : la sécurité d’Israël ne peut pas se construire sur la disparition progressive du Liban du Sud. Elle ne peut pas se construire sur des villages vidés, des familles déplacées, des paysages interdits, des maisons détruites, des routes coupées, des terres rendues inhabitables.
Une guerre ne détruit pas seulement des vies. Elle détruit aussi des mémoires. Elle détruit les pierres et les hommes. Elle arrache les habitants à leurs villages, mais aussi les villages à leur histoire. Elle efface des cimetières, des églises, des mosquées, des écoles, des oliviers, des collines, des maisons où plusieurs générations avaient appris à tenir ensemble.
Le Liban est un pays de fragile équilibre. Un pays de blessures et de coexistence. Un pays où chaque village porte une part de mémoire, où chaque pierre dit quelque chose d’une présence, d’une foi, d’une famille, d’une langue, d’une patience.
C’est pourquoi l’escalade actuelle est si dangereuse. Elle ne menace pas seulement la paix. Elle menace la possibilité même du retour. Car lorsque les villages sont vidés, lorsque les infrastructures sont détruites, lorsque la peur s’installe, lorsque les frontières deviennent des cicatrices ouvertes, ce n’est plus seulement une opération militaire : c’est une dépossession.
Nous devons refuser cette logique.
Il faut le désarmement du Hezbollah. Il faut la pleine souveraineté de l’État libanais sur son territoire. Il faut le renforcement de l’armée libanaise. Mais il faut aussi qu’Israël cesse les frappes répétées, les incursions, les occupations de fait et les déplacements imposés aux populations civiles.
Le droit international humanitaire n’est pas une option. Le cessez-le-feu n’est pas une pause tactique avant la prochaine offensive. Il est une obligation. Une responsabilité. Une ligne à tenir.
La France a une responsabilité particulière à l’égard du Liban. Elle doit agir avec ses partenaires européens, avec l’ONU, avec les pays de la région, pour empêcher que le Sud-Liban ne devienne une zone morte, un espace vidé de ses habitants et de sa mémoire. De Gaza au Sud-Liban, la même question nous est posée : acceptons-nous que la guerre redessine les cartes en effaçant les peuples ? Il est temps de dire non à la destruction des vies et à l’effacement des villages.
Le Liban doit vivre. Et la paix ne peut commencer que là où les peuples ont encore le droit d’habiter leur terre.
Dominique de Villepin
©️ Une boule de feu après une frappe aérienne israélienne sur Tyr, dans le sud du Liban, le 28 mai 2026 (AFP / Kawant Haju).