J’ai bien connu Edgar Morin lorsqu’il vivait à Montpellier, car nous étions voisins et habitions le même quartier. Il avait même accepté d’être le président de mon comité de soutien pour mon élection à la présidence de la Région
@Occitanie en 2021. Il m’avait tout simplement dit : « Comment puis-je vous aider ? »
Je garde aussi le souvenir de la célébration de ses 100 ans à l’Opéra de Montpellier, où il avait dansé sur scène après le concert de Paco Ibáñez.
Je me souviens de discussions passionnantes, où je buvais ses paroles, en toute simplicité, autour d’un verre ou en admirant un massif de fleurs. Il avait aussi gentiment répondu à mes questions sur sa rencontre et les moments partagés avec Marguerite Duras, dont j’admire tant l’œuvre.
C’était un homme passionnant, inspirant, d’une grande gentillesse. Toujours dans l’actualité, jamais dans la nostalgie.
Je retiendrai son œuvre de sociologue, bien sûr, mais surtout son combat pour la République, contre l’obscurantisme et l’extrême droite.
Et surtout cette phrase qu’il m’avait offerte comme un guide de vie, pour les deux hellénistes que nous sommes :
« Carole, Éros gagne toujours sur Thanatos. Gardez l’espoir, ne l’oubliez jamais. »
Il aimait citer Héraclite :
« Si tu ne cherches pas l’inespéré, tu ne le trouveras pas. »
Aujourd’hui, je mesure encore davantage la force de ces mots. Ils disent beaucoup de ce qu’était Edgar Morin : un homme qui, jusqu’au bout, a choisi l’espérance contre le renoncement.