Les Romains en Gaule, c’est environ 200 000 personnes face à 10 millions de Gaulois : 2 %. Les Francs saliens, environ 200 000 face à 8 millions de Gallo-Romains : 2,5 %. Les Wisigoths en Aquitaine : environ 100 000. Les Burgondes : quelques dizaines de milliers.
Autrement dit, ce que l’on présente comme les grands mouvements de population de l’Antiquité et du haut Moyen Âge représente, une fois additionné, un ordre de grandeur inférieur aux flux migratoires que la France connaît aujourd’hui en une seule année.
Par ailleurs, ces migrations anciennes n’avaient pas la même nature.
Les Romains ne sont pas arrivés en Gaule comme une immigration de peuplement massive. Ils ont conquis, administré, construit des villes, imposé le droit, l’armée, les routes, la langue du pouvoir et un cadre politique supérieur. La romanisation s’est faite parce que la structure romaine dominait totalement.
Les Francs, eux, étaient une minorité guerrière et dirigeante au milieu d’une immense majorité gallo-romaine. Ils n’ont pas remplacé la population locale : ils se sont fondus en elle. Ils ont adopté le latin populaire, le christianisme catholique, les cadres administratifs romains et une grande partie de la culture du pays conquis.
Même chose pour les Wisigoths ou les Burgondes : ce sont des minorités militaires installées dans un monde gallo-romain beaucoup plus nombreux, plus ancien, plus structuré, plus civilisé administrativement et religieusement.
La situation actuelle est donc radicalement différente : les volumes sont beaucoup plus élevés, les flux sont continus, familiaux, mondialisés, souvent venus de civilisations plus éloignées, et ils arrivent dans une France qui transmet beaucoup moins clairement sa langue, son histoire, sa culture, sa religion, ses mœurs et son roman national.
L’assimilation ancienne fonctionnait parce que les nouveaux venus étaient numériquement faibles et parce que la société d’accueil était forte, majoritaire, structurée et sûre d’elle-même.
Aujourd’hui, on demande à une France déchristianisée, désindustrialisée, fragmentée, affaiblie scolairement et culturellement, d’assimiler des volumes historiquement inédits. Ce n’est plus du tout la même équation.
Invoquer Rome ou les Francs pour justifier l’immigration contemporaine est donc un contresens historique. La leçon de Rome n’est pas l’ouverture sans limite : c’est l’existence d’un État fort, d’une frontière, d’un cadre commun, d’une citoyenneté exigeante et d’une culture dominante qui ne doute pas d’elle-même.