#Binational
Je suis binational. Comme 5 % de la population française, j’ai deux nationalités. Je suis né à Alger, et j’ai grandi en France où j’ai été naturalisé à 19 ans. Je suis donc français et algérien.
De ce fait, mon identité échappe aux catégories simplistes. Je me sens chez moi dans les rues de Paris ou les rives de Bretagne, et sur les collines d’Alger ou les monts de Kabylie. Ma langue maternelle est un dialecte arabe créolisé de français. Je ne saurais démêler en moi une part française et une part algérienne. Ici ou là-bas, je suis toujours un peu d’ailleurs.
Cette situation n’a rien d’un fleuve tranquille. Elle est au contraire, un torrent de doutes, d’interrogations, voire de contradictions. Je suis l’enfant d’un siècle et demi de violence, de guerre, d’injustice et d’exil.
Une rue d’Alger, porte le nom de mon grand-père, soldat de l’indépendance algérienne, tué au combat par l’armée française. Une tombe au cimetière du Père Lachaise porte le nom de mon fils, et je sais qu’un jour on y gravera le mien.
Dans cette chimère identitaire, ma double nationalité a toujours été une source d’apaisement. Un repère, certes imparfait, mais à tout le moins, la reconnaissance légale d’une égalité entre mes appartenances.
J’avais jusqu’à présent la certitude d’être chez moi dans mes deux pays.
Le 7 juillet prochain, pour moi et pour plus de 3 millions de nos compatriotes, cette vérité pourrait voler en éclat.
Telle est l’ambition de l’extrême-droite française, qui tient le fait binational pour une hérésie.
Certes, Marine Le Pen semble avoir renoncé à son idée de supprimer le principe de double-nationalité. Mais elle l’a remplacé par un autre projet aussi pervers : exclure des emplois publics tout Français possédant une deuxième nationalité.
En tant que fonctionnaire, professeur de philosophie dans l’éducation nationale, je serais donc sommé de choisir entre mon emploi dans le service public et ma nationalité algérienne.
Cette idée dépasse encore mon imagination. Je peine à admettre que le gouvernement de la France puisse se perdre dans une telle ignominie.
Si cela devait advenir, je le sais, je le sens au plus profond de mon être, il me serait impossible de renoncer à la moindre parcelle de mon histoire. Rien ni personne ne m’en privera. Et nous serons des millions à résister d’un même mouvement solidaire, toutes et tous ensemble, unis dans une même idée de la France.
Mais la tragédie n’a pas encore débuté. Elle n’est même pas écrite. Il nous reste quelques jours pour l’éviter, et offrir à la France un autre destin que l’abîme.
Notre pays est capable d’un élan de liberté, d’égalité, de fraternité.
Le péril est sous nos yeux. Ce qui peut nous sauver est là aussi. Une force collective imparfaite mais salutaire. Alors, pour les enfants de ce pays. pour la République, pour la France, le 30 juin et le 7 juillet, je voterai pour le Nouveau Front populaire.