Lâaffaire Noelia qui Ă©meut le monde entier met en lumiĂšre une vĂ©ritĂ© bien peu reluisante Ă laquelle la France peut sâattendre, si elle vote la loi relative à « lâaide Ă mourir ». Cette soi-disant « mort dans la dignitĂ© » ouvrira la porte Ă des « euthanasies altruistes » pour incitation au don et prĂ©lĂšvement dâorganes. GrĂ©gor Puppinck, directeur du Centre europĂ©en pour le droit et la justice, tire la sonnette dâalarme.
Iris Bridier. Nouveau rebondissement dans la tragique fin de Noelia. On dĂ©couvre que des pressions auraient Ă©tĂ© exercĂ©es sur son entourage pour quâelle ne renonce pas Ă lâeuthanasie. Pourquoi ?
GrĂ©gor Puppinck. Je connais bien Me Polonia Castellanos, qui est lâavocate et prĂ©sidente de lâassociation Abogados Cristianos, qui reprĂ©sente les parents de Noelia. Elle mâa confirmĂ© que la mĂšre, qui souhaitait repousser lâeuthanasie de sa fille, avait subi une pression exercĂ©e au sein de l'hĂŽpital pour quâelle arrĂȘte les poursuites judiciaires. Car en rĂ©alitĂ©, les organes de sa fille Ă©taient dĂ©jĂ promis, il ne fallait donc pas retarder la procĂ©dure.
I. B. La vente dâorganes est-elle autorisĂ©e, en Espagne ?
G. P. Celui qui est prĂ©levĂ© ne vend pas ses organes et ne touche pas d'argent. Celui qui reçoit ne paye pas. Mais par contre, tous les intermĂ©diaires de la transplantation participent Ă des transactions financiĂšres. LâhĂŽpital qui fournit les organes reçoit de lâargent ; de mĂȘme celui qui rĂ©alise la transplantation. Les sommes peuvent atteindre des centaines de milliers dâeuros par organe. Les organes nâont pas la mĂȘme valeur selon quâils sont prĂ©levĂ©s sur le cadavre dâune personne ou sur une personne en mort cĂ©rĂ©brale. Il est beaucoup plus intĂ©ressant au cours de la procĂ©dure dâeuthanasie, car les organes sont de meilleure qualitĂ©. Nous avons publiĂ© une Ă©tude complĂšte Ă ce sujet « Euthanasie et don dâorganes : un nouveau vivier de donneurs ».
I. B. Dans lâaffaire de Noelia, vous avez Ă©voquĂ© des conflits dâintĂ©rĂȘts. Quels sont-ils ?
G. P. L'association espagnole pro-euthanasie DMD, qui est lâĂ©quivalent de lâADMD chez nous, a des membres qui sont Ă la fois dans les comitĂ©s prenant les dĂ©cisions de l'euthanasie et dans les comitĂ©s de gestion des transplantations. Cela signifie que les militants de l'euthanasie sont prĂ©sents dans tout le circuit de dĂ©cision relatif Ă l'euthanasie et Ă la transplantation. Sans surprise, ils font de lâentrisme.
Nous avons Ă©galement observĂ© cette politique dâentrisme en Belgique, pays d'ailleurs qui a Ă©tĂ© condamnĂ© pour partialitĂ© par la Cour europĂ©enne des droits de l'homme parce qu'il y avait trop de membres d'associations militantes de l'euthanasie dans le conseil chargĂ© de juger a posteriori la conformitĂ© des euthanasies. En France, l'ADMD est aussi en train de faire une politique d'entrisme. Elle est prĂ©sente dans plus de 200 institutions mĂ©dicales et affirme se tenir prĂȘte Ă faire appliquer la loi, avec ses mĂ©decins et avocats militants. Des militants de lâADMD dĂ©clarent dâailleurs vouloir « poursuivre en justice les mĂ©decins et Ă©tablissements qui refusent dâappliquer la loi » (Journal de lâADMD n° 152, juin 2021).
I. B. Si, demain, la loi est votĂ©e en France, peut-on craindre une pression supplĂ©mentaire sur les personnes fragiles par la promotion dâune « euthanasie altruiste » ?
G. P. Cela dĂ©pend d'abord de l'Ă©tat de santĂ© de la personne. Pour les personnes qui sont jeunes et qui ont un trouble psychique, comme le cas de cette Espagnole, bien Ă©videmment, il y a un risque rĂ©el parce qu'elle a un corps en bon Ă©tat. Elle n'a pas de cancer mĂ©tastasique, donc les organes sont trĂšs bons, elle est jeune. Ensuite, pour une personne, effectivement, qui est fragile au plan psychique et dans la vie, comme cette pauvre Noelia, qui a subi un calvaire et qui Ă©tait suicidaire, si on lui dit que ses organes peuvent ĂȘtre utiles, cela peut ajouter une incitation Ă l'euthanasie. On donne un sens Ă la mort lorsque la vie, elle, semble ne plus en avoir.
I. B. Peut-on vraiment parler de mort « dans la dignité » quand la personne se trouve réduite à une vision utilitariste ?
G. P. Tout dĂ©pend de la conception de la dignitĂ© que vous avez. Les promoteurs de lâeuthanasie, souvent matĂ©rialistes et utilitaristes, opposent la volontĂ© et le corps et sont convaincus que la volontĂ© doit primer l'existence physique. Câest le sens du slogan « Mon corps, mon choix ». Ils estiment que le corps n'est pas la personne, mais qu'il nâen est que le support matĂ©riel. Cette distinction entre la personne, rĂ©duite Ă sa volontĂ©, et son corps justifie l'euthanasie, mais aussi le prĂ©lĂšvement dâorganes ou la GPA. Le corps nâest quâune machine, comme disaient les philosophes des LumiĂšres : sâil nâest plus bon, il faut pouvoir s'en libĂ©rer et y puiser des piĂšces dĂ©tachĂ©es.
Lâeuthanasie pousse jusquâĂ lâextrĂȘme la logique du « droit Ă disposer de son corps », inventĂ© initialement pour permettre lâavortement. Ce serait lâacte suprĂȘme de liberté : de la libertĂ© nihiliste. Pour Henri Caillavet, « le suicide conscient est lâacte unique authentique de la libertĂ© de lâhomme », car il consiste en la domination absolue de la volontĂ© sur le corps, de lâesprit sur la matiĂšre. Par la mort volontaire, lâhomme deviendrait maĂźtre de lui-mĂȘme, dâune existence quâil nâa pas choisie.
I. B. Cette affaire trĂšs mĂ©diatisĂ©e est-elle lâarbre qui cache la forĂȘt ?
G. P. Je dirais plutĂŽt que c'est un arbre prĂ©curseurâŠ
I. B. Cette indignation internationale peut-elle faire changer le regard sur ce quâest lâeuthanasie ?
G. P. Je pense que c'est trĂšs important, parce que les promoteurs de l'euthanasie sont toujours en train d'essayer de faire croire que c'est une loi extrĂȘmement encadrĂ©e, rĂ©servĂ©e aux personnes qui sont dĂ©jĂ au seuil de la mort. Mais pas du tout. La loi a Ă©tĂ© adoptĂ©e au dĂ©part avec l'idĂ©e que cela permettait d'euthanasier des personnes en fin de vie, en phase terminale. Et les gens ne s'imaginaient pas qu'ils allaient permettre l'euthanasie d'une personne en relativement bonne santĂ© physique de 25 ans. Les Espagnols ont vĂ©cu un exemple d'application extensive de leur loi. On leur a dit que c'Ă©tait une loi d'euthanasie pour les grabataires. Et en fait, non, c'est une loi de sortie de vie pour les personnes qui sont le fruit de l'Ă©chec de la sociĂ©tĂ©. Cela montre que la porte que l'on croyait entrouverte et rĂ©servĂ©e aux personnes mourantes est grand ouverte aux personnes atteintes de troubles psychiques graves et suicidaires. Parce que Noelia, c'est important de le dire, Ă©tait suicidaire depuis ses viols. Le caractĂšre suicidaire Ă©tait un symptĂŽme de sa maladie et nâaurait pas dĂ» ĂȘtre un motif dâeuthanasie.
I. B. De plus, le patient est isolé de la volonté de la famille...
G. P. En France, avec la proposition de loi actuelle, les parents seraient privĂ©s de toute possibilitĂ© d'exercer un recours contre la dĂ©cision du mĂ©decin dâautoriser lâeuthanasie. Ils auraient mĂȘme pu ne pas ĂȘtre informĂ©s.
I. B. Le patient qui doit ĂȘtre prĂ©levĂ© meurt-il rĂ©ellement dâeuthanasie ou de la privation de ses organes ?
G. P. C'est « l'art » de l'anesthĂ©siste. Il fait franchir un seuil, il rĂ©anime, vous voyez, pour que, quand mĂȘme, on puisse dire qu'il y a une mort lĂ©gale. Donc, la personne est suffisamment morte pour pouvoir faire le prĂ©lĂšvement et suffisamment vivante pour lui prĂ©lever des organes vivants.
I. B. Les dĂ©fenseurs de lâeuthanasie invoquent la laĂŻcitĂ©. Lâopposition Ă lâeuthanasie dĂ©pend-elle des religions ?
G. P. Disons que le respect du corps et des morts, c'est quand mĂȘme le propre de l'humanitĂ©âŠ
[RĂACTION]« Au cours de la procĂ©dure d'euthanasie, les organes sont de meilleure qualitĂ© »- Par
@IrisBridier
Le docteur en droit revient sur l'affaire Noelia et alerte sur le risque d'un glissement vers une euthanasie altruiste.
bvoltaire.fr/reaction-au-couâŠ