Mistral AI, la souveraineté française de façade
La startup française est présentée comme le bouclier technologique de l'Europe. Malheureusement, je vais devoir tempérer tout ça...
On est en février 2024, Satya Nadella annonce un "partenariat multi-année" entre Microsoft et Mistral AI.
La nouvelle provoque un tollé à Bruxelles.
On a la sénatrice Catherine Morin-Desailly qui résume l'absurdité en une seule phrase "la France ne devrait pas fanfaronner et brandir le mot souveraineté à tout va. On continue à faire appel aux acteurs extraeuropéens alors que l'accord de transfert de données vers les États-Unis ne protège toujours pas des lois extraterritoriales." On va y revenir mais elle a tout bon.
D'abord, parlons de Mistral AI. Boîte cofondée par Arthur Mensch (un ex-Google DeepMind), Guillaume Lample (architecte de LLaMA chez Meta) et Timothée Lacroix (ex-Meta AI). Le savoir-faire de Mistral est indissociable des 2 principaux laboratoires d'IA américains. Mais ça, à la limite, sincèrement osef. Les mecs ont un beau parcours qu'ils ont su rendre utile.
Du côté des finances, ça se gâte un peu car côté financement, on confirme une dépendance structurelle.
La Series A a été menée par Andreessen Horowitz (a16z), le même fonds qui détient simultanément des participations dans OpenAI et xAI.
40 % du capital de Mistral appartient à des fonds américains. Facts.
Mais on revient sur le partenariat avec Microsoft qui va beaucoup loin qu'un simple accord commercial.
Microsoft fournit à Mistral son infrastructure Azure AI pour entraîner ses modèles et héberge Mistral Large sur Azure AI Studio.
Vous vous souvenez du "Cloud Act" ?
Et oui, le Cloud Act américain de 2018 autorise Washington à accéder à TOUTES les données stockées chez des prestataires américains quelle que soit la localisation physique du serveur.
La Commission européenne a ouvert une enquête sur ce partenariat... Ça, on sait faire.
On termine avec la couche matérielle qui reste entièrement sous contrôle américain...
GPU H100, logiciels CUDA, bibliothèques TensorRT... Tout l'écosystème Nvidia est la base sur laquelle Mistral se repose et donc est soumise aux décisions d'exportation que Washington peut influencer à tout moment... On l'a vu hier avec Fable pas vrai ?
Souvenez-vous, c'était hier lors de son audition à l'Assemblée nationale en mai 2026, Arthur Mensch a lui-même admis que 70 % du chiffre d'affaires de Mistral est réalisé hors de France, principalement aux États-Unis et en Asie !
Le champion de la souveraineté française réalise l'essentiel de ses revenus chez ceux qu'il est censé concurrencer ?
Alors oui, Mistral reste une réussite. Mais la "souveraineté" des beaux discours officiels désigne au mieux une souveraineté conditionnelle, sous perfusion américaine à 4 levels simultanés : capitaux, infrastructure d'entraînement, matériel silicium et juridiction.
Les politiques qui tenteront de vous expliquer autre chose mentent. Soit sciemment parce qu'ils imaginent qu'ils peuvent encore et toujours vous prendre pour des glands. Soit par ignorance.
De mon côté, j'essaie seulement d'expliquer des faits, existants, consultables dont vous pouvez me demander les sources en DM.
N'oubliez pas,
I Lava U.