E. Geffray : faire commencer les élèves à 9 h
Ré expliquons ici la raison très probable de cette volonté gouvernementale.
Il était d’abord question de raccourcir les journées … mais aussi ensuite de raccourcir les vacances scolaires. Ici l’argumentation du ministre vient en fait donner un argument pour soutenir le premier point : si les élèves commençaient à 9h au lieu de 8 h par exemple, il serait difficile de maintenir des journées de 8 h de cours. Le but serait probablement d’avoir des journées ne serait-ce d’une heure de moins par jour. Et en contrepartie plus de semaines de cours dans l’année, donc en rabotant les vacances.
Mais pourquoi, alors que les lobbies du tourisme sont évidemment vent debout contre cette mesure ?
Eh bien pour faire de grosses économies, pour l’Etat évidemment.
En effet les enseignants de collègues et lycées ont un service hebdomadaire, 18 h minimum de face à face élèves, mais en réalité maintenant près de 20 en moyenne. Si le gouvernement réussit à imposer ce changement, il faudrait alors beaucoup moins d’enseignants puisque le nombre d’heures de cours à dispenser par semaines chuterait beaucoup. Ce serait ainsi des milliers voire dizaines de milliers de postes d’enseignants qui seraient supprimés, d’une année sur l’autre.
D’ailleurs, si on se base sur 32 h de cours élèves par semaine en moyenne en collège et lycée, on aurait alors une baisse par exemple de 4 h par semaine, donc de 4/32 des heures soit 12,5 % d’heures en moins à enseigner. Avec donc un maximum théorique des mêmes 12,5 % de postes en moins. Avec dans les 485 000 enseignants pour le secondaire, cela ferait environ 60 000 postes théoriques supprimables. Et il faudrait surtout raisonner en termes d’heures postes HSA.
On peut alors partir en suppositions sur la façon de faire cette transition …
Imaginons qu’il y ait très peu de HSA et de contractuels, il serait alors très difficile de faire la transition prévue. Mais avec beaucoup et surtout de plus en plus de HSA et de contractuels « éjectables » dans le secondaire, cela sera d’autant plus facile.
Supprimer la totalité serait envisageable, avec donc des suppressions de postes de contractuels, beaucoup de suppressions d’HSA en général mais création par endroit pour permettre la transition. On pourrait d’ailleurs s’attendre à ce que l’on passe à 3 HSA non refusables …
Et il y aurait évidemment des propositions de ruptures conventionnelles (RCC) à une partie des enseignants. Voir des reconversions en tant que PE ? N’oublions pas que c’était ce que P. N’Diaye avait laissé entendre pour certains profs de pro lorsqu’il était prévu de supprimer certaines matières professionnelles dans les LP …
La question qui se poserait aussi, c’est si les gouvernants dédommageraient les enseignants pour leurs semaines de travail supplémentaires … si tel était le cas, cela se ferait certainement au rabais, comme toujours quand il faut rémunérer les enseignants.
Bref, derrière un argumentaire évidemment mélioratif tourné vers le bien-être des élèves, la raison de cette volonté est purement économique.
Le PS (image 1) : « en lien avec les collectivités locales et les acteurs de l’éducation populaire, réduire le temps scolaire quotidien sur la base de 5 journées par semaine et modifier dans ce cadre l’organisation globale du temps scolaire sur l’année, en réduisant la durée des congés d’été. Le temps libéré des enfants durant l’après-midi doit leur permettre de s’investir dans des temps périscolaires accessibles à toutes et à tous. »
Donc même optique de suppressions d’heures d’enseignement hebdomadaires, mais avec en première idée plus de coupes ! On peut d’ailleurs se poser la question si cela ne s’accompagnerait pas d’une suppression drastique d’heures enseignées dans les différentes matières, voire la suppression - ou la transformation en caractère facultatif – de certaines matières …
Car autant dans le cas d’une suppression de 4 heures par semaines par exemple on aura peu de pertes avec raccourcissement des vacances - et suivant le nombre de semaines retirées évidemment – autant là ce serait impossible.
A se demander s’il ne serait pas prévu de proposer des reconversions en tant qu’animateurs des activités extrascolaires …
Par contre (image 2) le PS prévoit de diminuer les effectifs par classes « sur 10 ans ». Et ce qui rentre en contradiction avec le point précédent, c’est le fait qu’ils sembleraient partir sur un maintien des effectifs enseignants.
En fait si on prend ce point dans l’absolu, on comprend le principe : avec la baisse démographique, on baisse progressivement les effectifs par classe en gardant peu ou prou les mêmes nombre de classes. Et donc les mêmes effectifs d’enseignants. Vouloir aller plus vite nécessiterait d’agrandir les locaux pour plus de classes et plus de postes d’enseignants et donc une forte augmentation des budgets, ce qui n’est donc évidemment pas du tout envisagé.
Par contre il est donc difficile de ne pas voir d’incompatibilité avec le premier point : baisser les volumes d’heures d’enseignement induirait nécessairement des suppressions de postes. On a donc l’impression que les deux points n’ont pas été pensés pour être tous les deux réalisés …
Autre possibilité : maintien des effectifs non pas « actuels » des enseignants, mais des effectifs d’enseignants une fois le premier point appliqué. Donc là, oui.
Et il y a certainement plein d’autres possibilités qui sortiraient de l’imagination des gouvernants actuels ou du PS, dans le but de continuer évidemment de faire des économies sur le dos des enseignants …