Le “débunkage” est surtout une belle opération de brouillard.
Il commence par dissoudre le sujet : comme la notion moderne d’immigration n’existait pas avant le XIXe siècle, il faudrait donc renoncer à toute comparaison historique. Pratique. Mais justement : si la catégorie n’existait pas, on ne peut pas s’en servir pour affirmer que la France aurait “toujours” été une terre d’immigration.
Ensuite, il mélange tout : migrations internes, Auvergnats à Paris, Belges, Italiens, coloniaux, travailleurs temporaires, soldats de 14-18, Algériens non comptés comme étrangers parce que juridiquement français. Autrement dit : il additionne des réalités incomparables pour fabriquer une continuité artificielle.
Sur la “proximité culturelle”, même procédé. Oui, les Italiens ou les Polonais furent victimes de xénophobie. Mais le rejet social ne prouve pas l’absence de proximité culturelle. Des populations peuvent être proches religieusement, géographiquement ou civilisationnellement, et malgré tout être rejetées pour des raisons sociales, économiques ou nationales. Confondre xénophobie et distance culturelle, c’est prendre la réaction d’une société pour la nature objective du phénomène migratoire.
Puis vient le coup classique : “il y avait déjà des extra-Européens avant 1945”. Oui. Et alors ? Il y avait aussi des voitures en 1900 : cela ne prouve pas que la société de l’automobile existait déjà. Trouver des précédents ne réfute pas un changement d’échelle.
Le vrai sujet est là : l’ampleur, la composition, la continuité des flux, leur inscription familiale et leur effet démographique. Et sur ce point, le fil passe à côté de l’essentiel : la France atteint aujourd’hui un niveau historiquement inédit d’immigration au sens statistique moderne.
Ce n’est pas un débunkage, c’est un tour de passe-passe : changer les définitions, mélanger les catégories, citer des exceptions anciennes, puis faire comme si cela annulait la rupture contemporaine.
La France a toujours connu des mobilités. Elle n’a pas toujours connu l’immigration de masse actuelle. C’est toute la différence et c’est précisément celle que ce fil essaie d’effacer.
Bref, ce thread illustre surtout le rôle du chercheur CNRS en sciences sociales : Noyer les tendances lourdes dans de l'enculage de mouche sémantique.
Vous êtes un escroc de la pensée, cher monsieur.