«Et si le patriarcat n’était pas un complot contre les femmes, mais un compromis pour la survie ?»
Les femmes ont-elles été un jour les égales voire les supérieures des hommes ? C’est ce qu’aiment à croire de nombreuses féministes, qui imaginent un âge d’or lointain où les femmes auraient été les maîtresses des sociétés, chassant le mammouth et maniant la sagaie aussi bien que leurs homologues masculins.
Cet imaginaire a profondément imprégné les mentalités. On ne compte plus les articles de vulgarisation évoquant les chasseresses de la préhistoire, les Lady sapiens toutes-puissantes ou les guerrières vikings qui, à en croire certaines séries Netflix, auraient figuré au premier rang du champ de bataille. On comprend la fonction idéologique d’un tel récit : se convaincre de l’existence d’un matriarcat primitif permet d’affirmer que le patriarcat n’est qu’un choix politique, une idéologie, une bifurcation malheureuse, donc arbitraire et réversible, sur laquelle l’humanité se serait malencontreusement engagée.
C’est pour contrer ce lieu commun du progressisme que Véra Nikolski et Nicolas Pichoff ont écrit Pourquoi les Amazones n’existent pas (Fayard).
Aucune société humaine connue n’a fait de la chasse ou de la guerre une activité féminine régulière. Partout dans le monde, pendant des centaines de milliers d’années, les deux sexes ont été affectés à des fonctions différentes : liées à la sphère domestique pour les femmes, à l’extérieur pour les hommes. Pourquoi ?
Au commencement était la différence biologique. L’homme engendre dans le corps d’autrui, la femme engendre dans son propre corps. De cette différence primordiale naît toute une série de conséquences. D’abord, la femme est immobilisée par la grossesse et devient, pendant plusieurs années, la principale source d’alimentation de l’enfant (le lait en poudre n’existant pas au paléolithique), ce qui limite son éloignement du foyer. Ensuite, le nombre d’enfants qu’une femme peut engendrer au cours de sa période de fertilité est strictement limité, quand un homme peut, en théorie, féconder un très grand nombre de femmes. Dans un groupe humain, la perte d’une femme en âge de procréer a donc des conséquences démographiques bien plus lourdes que celle d’un homme.
Dans un contexte de survie - contexte que nous avons largement oublié, nous autres Sapiens installés dans le confort et la sécurité -, la vie d’un homme avait ainsi une valeur moindre que celle d’une femme. Les deux auteurs modélisent l’hypothèse d’une société qui aurait confié les tâches les plus risquées - chasse, guerre, travaux physiques dangereux - aux femmes : celle-ci aurait mécaniquement vu sa population décroître. « Nous sommes probablement tous les descendants de groupes humains ayant choisi une organisation sociale dans laquelle les activités dangereuses sont l’apanage des hommes », écrivent-ils.
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