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Lâappel de Lyazid Abid (URK) aux « frĂšres algĂ©riens » : « Il faudrait quâun jour on se mette tous autour dâune table »
KABYLIE (TAMURT) â Le dialogue et la non-violence sont les maĂźtre-mots rĂ©currents dans les interventions de Lyazid Abid, prĂ©sident de lâUnion pour la RĂ©publique Kabyle (URK), lord du dĂ©bat politique lâayant opposĂ© au journaliste dâAlgĂ©rie Part, Abdou Semmar, diffusĂ© jeudi 04 juin sur la chaĂźne YouTube de ce mĂ©dia indĂ©pendant. Tout en rĂ©affirmant la revendication dâindĂ©pendance de la Kabylie via un referendum dâautodĂ©termination, le prĂ©sident de lâURK a exprimĂ© le souhait, voire la nĂ©cessitĂ© de dialoguer avec « ses frĂšres algĂ©riens » autour dâune table.
InterrogĂ© par le journaliste dâAlgĂ©rie Part sur les fondements historiques et sociologiques sur lesquels se basent la revendication dâindĂ©pendance de la Kabylie, L. Abid a dâabord Ă©voquĂ© la nature de lâEtat algĂ©rien, fondĂ© sur le jacobinisme, hĂ©ritĂ© du colonialisme français, oĂč les kabyles se sentent exclus. « L'Ătat algĂ©rien est un Ătat jacobin. (âŠ) Rien ne doit appartenir aux Touaregs, rien ne doit appartenir aux Kabyles, rien ne doit appartenir aux Chaouis. Tout appartient Ă l'Ătat », a-t-il expliquĂ©. Pour L. Abid, le peuple kabyle a toujours ressenti un sentiment d'exclusion et de non-reprĂ©sentation au sein de la structure de l'Ătat algĂ©rien, quâil qualifie dâ« Etat jacobin ». Celui-ci cherche, selon ce leader indĂ©pendantiste kabyle, Ă centraliser tout pouvoir et toute identitĂ© au dĂ©triment dâautres spĂ©cificitĂ©s identitaires et culturelles. « Nier la volontĂ© des peuples, les obliger Ă vivre ensemble est dangereux, parce que tout ça va imploser », a-t-il alertĂ©.
En outre, L. Abid souligne la falsification de lâhistoire et la mise en place par le rĂ©gime algĂ©rien dâun « rĂ©cit national » mensonger. « Dans nos Ă©coles, on n'enseigne pas le kabyle... On nous enseigne "nos ancĂȘtres les Arabes", alors que ce n'est pas vrai. C'est une falsification de l'histoire », a-t-il dĂ©noncĂ©. Ainsi, selon le prĂ©sident de lâURK, lâimposition dâun rĂ©cit national basĂ© fonciĂšrement sur lâidĂ©ologie arabo-musulmane Ă travers un systĂšme Ă©ducatif occultant lâancrage historique de lâidentitĂ© et de la culture berbĂšres rend impossible l'Ă©panouissement des kabyles dans le cadre de lâEtat algĂ©rien.
Abondant dans le mĂȘme sens, le fondateur de lâURK soutient que la Kabylie se distingue du reste de lâAlgĂ©rie par une composante sociologique et historique qui lui est propre, notamment en ce qui concerne les aspirations du peuple kabyle pour la laĂŻcitĂ©, les libertĂ©s individuelles, lâĂ©galitĂ© entre les hommes et les femmes, la libertĂ© du culte, etc. Pour lui, le projet de sociĂ©tĂ© ou la vision dâavenir que porte la Kabylie nâest pas partagĂ© par lâEtat algĂ©rien. Le besoin dâĂ©mancipation politique et culturelle du peuple kabyle ne peut ĂȘtre concrĂ©tisĂ© que dans le cadre dâun Etat kabyle indĂ©pendant et souverain, soutient encore L. Abid.
Dans un autre chapitre, ce chef indĂ©pendantiste, condamnĂ© Ă perpĂ©tuitĂ© par le rĂ©gime algĂ©rien, considĂšre que la lutte pour lâindĂ©pendance de la Kabylie est une rĂ©ponse juste et lĂ©gitime Ă la rĂ©pression systĂ©matique dont est victime le peuple kabyle. L. Abid a justement Ă©voquĂ© les crises cycliques que traverse la Kabylie comme câĂ©tait le cas lors de la guerre entre lâarmĂ©es des frontiĂšres contre le FFS en 1963, le printemps berbĂšre de 1980 et 1981, le printemps noir de 2001 et lâĂ©tĂ© noir de 2021. Si aucune solution nâest trouvĂ©e Ă ces crises rĂ©currentes, cela mĂšnera inĂ©vitablement Ă des dĂ©flagrations, selon lâURK. Ce mouvement croit que la solution qui mettra dĂ©finitivement le peuple kabyle Ă lâabri de ces crises rĂ©pĂ©titives et qui assurera sa survie est lâindĂ©pendance de la Kabylie. Cette solution, affirme L. Abid, qui peut ĂȘtre concrĂ©tisĂ©e via un rĂ©fĂ©rendum dâautodĂ©termination, est basĂ©e sur le droit international des peuples Ă disposer dâeux-mĂȘmes.
URK-MAK : un seul objectif ultime
InterrogĂ© sur la diffĂ©rence qui existe entre lâURK et le MAK, L. Abid a dĂ©clarĂ© que les deux mouvements convergent quant au but final recherchĂ©, Ă savoir lâindĂ©pendance de la Kabylie, mĂȘme si des divergences mĂ©thodologiques existent en termes de fonctionnement et de stratĂ©gie. LâinvitĂ© de Abdou Semmar reconnait que les deux mouvements, lâURK et le MAK, luttent pour lâavĂšnement dâun Etat kabyle libre et indĂ©pendant, tout en prĂŽnant, une dĂ©marche pacifique rejetant tout recours Ă la violence. La principale divergence entre les deux mouvements se situe dans le mode de fonctionnement. L'URK, selon L. Abid, se dĂ©finit comme un « mouvement horizontal » oĂč la prise de dĂ©cision repose sur le consensus de la base. En somme, pour le prĂ©sident de lâURK, ces diffĂ©rences ne sont que des visions distinctes sur la mĂ©thode et la structuration interne nĂ©cessaires Ă chacun de ces deux mouvements pour mener Ă bien leur cause commune.
Seul le dialogue
PrĂŽnant une approche fonciĂšrement pacifique, le leader de lâURK appelle Ă un dialogue direct pour rĂ©soudre la question kabyle. « Je m'adresse Ă mes frĂšres algĂ©riens. Il faudrait qu'un jour on se mette tous autour d'une table, quelles que soient nos opinions. Moi, en tant que Kabyle, j'ai le droit de m'asseoir avec vous et de revendiquer l'indĂ©pendance de la Kabylie », a-t-il soutenu, tout en rĂ©affirmant le caractĂšre pacifiste du combat politique de lâURK. « Nous militons pour le droit Ă un rĂ©fĂ©rendum d'autodĂ©termination. On milite de façon pacifiste, on n'a jamais appelĂ© Ă la violence, et on n'appellera pas Ă la violence », a-t-il rassurĂ©. Dans cette optique, L. Abid souhaite un dialogue direct entre les reprĂ©sentants de la Kabylie et de lâAlgĂ©rie. « On ne veut pas pousser jusqu'Ă la rupture totale avec l'AlgĂ©rie parce qu'on estime que, avant tout, le problĂšme aujourd'hui est entre la Kabylie et l'AlgĂ©rie ; donc on doit se parler », a-t-il prĂ©conisĂ©.
Confiant dans le combat que mĂšne son mouvement, L. Abid appelle les autres peuples dâAlgĂ©rie Ă respecter les aspirations lĂ©gitimes des kabyles. « Un jour, la Kabylie sera indĂ©pendante et je ne vois rien d'offensant ou de contraignant vis-Ă -vis des autres peuples d'AlgĂ©rie », a-t-il annoncĂ©.
Arezki Massi