Google vient de perdre un procès à 2,4 Milliards d'euros avec la justice européenne.
En moins de 48 heures, ce sont donc deux des plus grandes entreprises technologiques mondiales qui ont du s'incliner devant les Cours de l'UE. C'est probablement le bon moment pour rappeler un point sur lequel j'ai souvent été en difficulté dans de nombreux débats : à la fin, la technologie doit nécessairement être subordonnée au Droit. C'est vrai pour Apple, Google, Telegram, etc.
Pourquoi est-ce nécessaire de rappeler cela ? Parce que le monde de la technologie (souvent fort de son inculture politique et juridique), se pense très souvent à l'avant poste de la modernité et au-dessus de ce qui a précédé, en particulier de ces 'anciens' mécanismes de régulation que sont le droit, les processus de décision collective, et même la démocratie.
Le libertarianisme assumé de Peter Thiel, Elon Musk, Pavel Durov, Mark Andreessen, Larry Ellison... découle de cette conviction que le code est supérieur au droit, que l'affirmation technologique est supérieure aux processus démocratiques (Peter Thiel et Andreessen ont tous deux affirmés qu'entre démocratie et technologie, ils choisiraient cette dernière). C'est l'idée qui prévaut dans l'absence de régulation souhaitée par leurs vigies de X, Telegram, du Web3, des cryptomonnaies, etc.
Cette posture n'est pas anecdotique : elle est de plus en plus commune et l'avènement de l'IA lui donne une nouvelle vigueur en avançant l'argument absurde que l'IA pourra prendre des décisions 'dénuées de biais'. Ses défenseurs, -entrepreneurs à succès, abusant à outrance de postures messianiques- ont le plus généralement comme bible le fameux Atlas shrugged, de l'autrice Ayn Rand.
Si l'Europe est indiscutablement en retard sur le plan technologique (cf le rapport Draghi), elle devrait néanmoins rattraper ce retard tout en réaffirmant que l'innovation -l'utilisation de la technologie dans l'intérêt d'une petite minorité sachante, convaincue que le ruissement technologique est imparable- n'est pas le progrès, et que seules des choix assumés collectivement (et autant que se peut éclairés scientifiquement) peuvent être qualifiés de progrès. Il ne s'agit pas d'une posture de bien-pensance, mais d'une condition pour éviter des troubles sociaux à large échelle, entre ceux qui savent et décident et ceux qui ne comprennent pas et subissent. De surcroit, cela évite de recréer les travers observés lors du "gilded age", une période située à la fin du XIXème siècle, où l'accélération technologique a vu d'importants moyens se concentrer entre quelques mains, parfois au détriment du plus grand nombre.
C'est dans cet esprit que le Conseil national du numérique a pensé le dispositif Café IA : pour expliquer l'IA à tous, et ainsi chercher à revenir à cette idée initiale du progrès.
lefigaro.fr/secteur/high-tec…