Le monde qui a enfanté
@ylecun n’est pas celui d’Albert Einstein. Einstein n’avait pas la revue par les pairs ni la National Science Foundation et ses mécanismes de financement bureaucratiques.
Dans la première moitié du XXᵉ siècle et jusqu’à la fin des années 1960, la plupart des percées fondamentales sont venues d’environnements relativement autonomes, souvent des laboratoires industriels ou de chercheurs individuels :
- Relativité restreinte (Albert Einstein, 1905) : rédigée alors qu’il était simple employé au bureau des brevets à Berne.
- Mécanique quantique : développée presque entièrement par des chercheurs individuels ou de très petites équipes dans des universités européennes modestes. Planck (1900), Einstein (1905 et 1917, alors au bureau des brevets), Bohr (1913), Heisenberg (1925), Schrödinger (1926) et Dirac (1928). Pas de gros financements d’État ni de comités de pairs centralisés.
Transistor (John Bardeen, Walter Brattain et William Shockley aux Bell Labs, 1947).
- Circuit intégré (Jack Kilby chez Texas Instruments en 1958 ; Robert Noyce chez Fairchild Semiconductor en 1959).
- Laser (Theodore Maiman chez Hughes Research Laboratories, mai 1960). Son principe fondamental remonte à l’article d’Einstein sur l’émission stimulée de la lumière publié en 1917.
L’informatique moderne suit exactement la même dynamique. Alan Turing pose les bases théoriques des ordinateurs universels en 1936 alors qu’il est chercheur à Cambridge (travail individuel). Claude Shannon établit les fondements mathématiques de l’information aux Bell Labs en 1948. Les ordinateurs deviennent réellement pratiques grâce au transistor inventé aux Bell Labs en 1947, puis au circuit intégré développé dans des entreprises privées à la fin des années 1950. Même Unix, qui influencera profondément toute l’informatique moderne, est créé aux Bell Labs à la toute fin des années 1960 par Ken Thompson et Dennis Ritchie.
À compter des années 1970, l’Occident a émulé le modèle soviétique de planification centralisée et de bureaucratie scientifique (revue par les pairs généralisée, panels de financement, cycles de subventions). Une longue stagnation dans les percées fondamentales a suivi.
En ce sens,
@elonmusk s’inscrit dans une longue tradition d’ingénieurs visionnaires qui ont osé l’impossible et transformé le monde malgré les sceptiques. Les frères Wright ont conquis les airs quand tout le monde affirmait que c’était impossible. James Watt a rendu la machine à vapeur efficace et a lancé la Révolution industrielle. Les pionniers du moteur à combustion interne, de Lenoir à Benz et Daimler, ont changé la mobilité pour toujours. Comme eux, Musk ne se contente pas de rêver : il construit, itère et livre.
LeCun se limite au modèle linéaire de l’innovation : la recherche fondamentale, bien financée par l’État et les agences, produirait mécaniquement le progrès technologique. C’est un modèle simpliste et indéfendable, construit à compter des années 50 pour justifier le financement public massif, et largement démenti par l’histoire.
x.com/lemire/status/19331712…
Yann LeCun décrit un monde qui l'a enfanté, et ce monde est en train de mourir.
Le modèle qu'il défend est celui du XXe siècle. La recherche fondamentale d'un côté (universités, PhD, papiers), l'application industrielle de l'autre, des décennies plus tard. Une chaîne longue, lente, découplée. La découverte en amont, la valeur en aval, et vingt ans entre les deux.
Elon a prouvé l'inverse. Quand l'ingénierie et la recherche sont totalement intriquées, quand tu pars d'un problème réel à résoudre et pas d'un papier à publier, tu vas infiniment plus vite. SpaceX, Tesla, Neuralink ne sont pas des applications de la recherche académique, ce sont des labos de recherche qui se trouvent être aussi les boîtes les plus innovantes du monde.
Et la vérité que personne n'ose dire, c'est que l'écrasante majorité des papiers ne créent aucune valeur. Des gens qui publient pour publier, optimisés pour la citation et pas pour le réel. L'alignement académique récompense le statut. L'alignement capitalistique récompense une seule chose : que ça marche, vraiment, dans le monde.
C'est exactement le point de Thiel. Historiquement, les génies créaient une valeur immense et n'en captaient presque rien, parce qu'ils étaient déconnectés de tout véhicule capable de la capturer. Créer de la valeur et capturer de la valeur sont deux choses distinctes, et l'académie a passé un siècle à exceller dans la première en abandonnant la seconde.
Dimon le dit à sa façon : Elon est notre Einstein. Sauf que cet Einstein-là n'a pas eu besoin de l'université pour produire ses percées. Il a eu besoin d'un problème, d'une équipe d'ingénieurs et d'un alignement commercial brutal.
Ses breakthroughs dans le spatial, l'automobile et le cerveau ont créé plus de valeur réelle que tout le système académique réuni sur vingt ans.
Et avec l'IA, le basculement s'accélère. La valeur du diplôme s'effondre, celle de l'école aussi, parce que l'intuition d'ingénierie branchée sur le réel devient le seul moteur qui compte.
LeCun n'a juste pas remarqué que le monde qui l'a fait roi est déjà derrière nous.