Comment expliquer cette position du Parti québécois, alors que pendant plus de 15 ans, le Bloc québécois, parti frère, s'est fait le grand promoteur du TGV Québec-Toronto? Lorsque le projet a été annoncé en février 2025, les députés du Bloc québécois s'en sont félicités, affirmant accueillir «avec soulagement l’annonce faite d’une future ligne de train à grande vitesse qui relierait Québec à Toronto, avec arrêts à Trois-Rivières, Montréal et Laval. Ils se réjouissent que l’option d’un TGV, souhaitée par la population et promue par le Bloc, ait été retenue, tout en exprimant leur impatience face aux libéraux qui auront mis neuf ans et trois mandats avant de finalement se décider.»
« L’annonce est en soi une excellente nouvelle qui répond à une vision plus verte et plus moderne des transports, poursuivaient les bloquistes. Avec cet équipement, il sera possible d’effectuer la liaison Montréal-Québec en 90 minutes : c’est non seulement une formidable économie de temps pour les usagers, mais aussi une précieuse infrastructure pour Laval et Trois-Rivières qui pourront y arrimer divers projets de développement ».
Quand exactement ce projet «souhaité par la population et promu par le Bloc», cette "infrastructure précieuse", cette "formidable économie de temps" est-il devenu pharaonique, du gaspillage, du "nation-building"? Pourquoi les maires de Québec, Laval, Trois-Rivières et Montréal y voient-ils plutôt un fantastique outil de développement économique?
M. St-Pierre Plamondon se targue de faire preuve de rigueur? Il n'y a rien de rigoureux à prendre une position aussi importante sur la base de calculs de coûts approximatifs, sans tenir compte du fait que la valeur de ce projet doit être évaluée sur des décennies.
Le projet Alto sera-t-il trop coûteux en bout de piste? Il faudra voir les estimations définitives faites par des spécialistes, et tenir compte de ses avantages économiques et environnementaux, les avantages-mêmes que vantait le Bloc québécois il y a quelques mois encore. C'est sur la base de ces estimations que le gouvernement du Canada devra prendre la décision finale.
Faut-il tenir compte des inquiétudes des agriculteurs et résidents le long du tracé? Absolument! Ceux-ci doivent-ils avoir un droit de véto sur un projet de cette envergure? Absolument pas.
Le chef du Parti québécois devrait nous expliquer en quoi le statu quo actuel - avec un service de train poussif, des vols d'avion et des voyages en automobile trop nombreux et très polluants - est préférable à un service de train moderne, rapide et électrique, dont la majorité des agglomérations desservies se trouveraient au Québec?
TGV fédéral : pourquoi le PQ doit exiger que les sommes en infrastructures soient dépensées sur ce qui est urgent
Parce que j’aspire à des responsabilités importantes, mon rôle comme chef du Parti Québécois est de donner l’heure juste et d’agir de manière responsable lorsqu’on nous présente des projets qui sont bâclés, irréalistes ou contraires à ce que devraient être nos priorités. Les politiciens qui ont été au pouvoir dans la dernière décennie ont amplement travaillé dans le sens inverse : sachant très bien que leurs promesses n’étaient pas souhaitables, ils se sont trop souvent entêtés à porter et réaliser des projets en fonction des sondages et non pas de l’intérêt public ou de la réalité. Lors des dernières élections au Québec, on nous a fortement invités à voter pour des éléphants blancs comme Northvolt et le 3e lien : la technique pour le TGV est la même, se vanter de la plus grosse dépense de notre histoire, en gonflant les retombées économiques et en cachant que le dossier est en fait mal ficelé et va fort probablement culminer en une dilapidation éhontée des fonds publics.
Vous me connaissez, je compte incarner une tout autre méthode de travail. Certains veulent être populaires à tout prix; je préfère être responsable avec l’argent des Québécois et donner l’heure juste au meilleur de mes capacités, même quand c’est moins populaire.
Sur le fond, il s’est dit plusieurs choses depuis hier et je souhaite apporter des correctifs sur ce que je perçois comme étant inexacte ou imprécis.
1) On essaye premièrement de minimiser l’importance des coûts. Pour vous donner un ordre de grandeur, 200 milliards de $, 200 000 millions, c’est une somme plus grande que le PIB de 75% des pays du monde. On parle de 80% du total de la dette québécoise actuelle, contractée en plusieurs décennies. Avec une part cette somme, on règlerait largement les besoins en écoles, hôpitaux, routes et désuétudes des infrastructures qu’on retrouve au Québec.
2) Le fait qu’Ottawa ne demande pas de contribution du gouvernement québécois ne signifie pas que l’argent ne vient pas de la poche des contribuables québécois. On est à droit de s’attendre à ce que l’argent qu'on envoie en impôt fédéral nous revienne en infrastructures. Et si nos infrastructures tombent en ruine au Québec, c’est normal qu’on réfléchisse au fait de ne pas mettre tout l’argent dans un TGV et d’exiger que ces mêmes sommes soient dépensées là où ça compte. Les dépenses en infrastructures devraient être le reflet de notre volonté démocratique, et non pas de la volonté de « nation building canadien » de Mark Carney. On s’apprête à dépenser la plus grande somme jamais dépensée pour un projet dans l’histoire du Canada sans même que l’Assemblée nationale ait pu être consultée ou ait son mot à dire. On ne peut pas tout faire et il faut donc faire des choix : ces choix devraient appartenir aux Québécois.
3) Ce n’est pas moi qui dit que ce projet pharaonique sert d’abord et avant tout à faire du « nation building » canadien. Ce sont les députés du gouvernement Carney eux-mêmes qui l’affirment très clairement, notamment le ministre actuel des Transports Steven Makinnon aujourd’hui. Et c’est la ministre des Transports du Canada de l’époque, Anita Anand, qui disait elle-même : « It’s a nation-building project we can all be proud of». Quand ce sont les gens qui annoncent le projet qui le disent, il faudrait peut-être les écouter.
4) En plus de son prix démesuré, ce projet est truffé d’anomalies et d’irrégularités à l’image de l’aéroport Mirabel dans les années 70 : expropriations arbitraires, absence de consultations, absence de transparence. Le gouvernement fédéral refuse notamment de dévoiler les études sur l’achalandage et les prévisions. Les organismes responsables du contrôle de ce projet ont été écartés. On a supprimé l’obligation de publier les avis d’expropriation, permettant même l’envoi de simples avis par courriel. On supprime également l’obligation de tenir des audiences publiques et de nommer un enquêteur lorsqu’il y a intention de procéder à l’expropriation. Rappelez-vous qu’à l’époque où le PQ sonnait l’alarme sur le fait que l’on contournait les règles et qu’on brulait des étapes dans le projet Northvolt, on nous répondait qu’on exagérait et chialait inutilement sur le dos d’un projet « historique ».
5) La logique absolument boiteuse selon laquelle, si on accepte le TGV du fédéral, l’argent existe, mais que si on refusait, ces mêmes sommes fédérales pour dépenser en infrastructures disparaitraient comme par magie, ne tient pas la route. S’ils ont visiblement de l’argent à dépenser au nom des Québécois pour ce genre de projet, qu’on nous le remette et nous ferons beaucoup mieux : rénover toutes nos écoles, hôpitaux, routes, et infrastructures de transport collectif qui tombent en ruine. Un gouvernement du Parti Québécois exigera justement cela : un juste retour des choses et de notre propre argent, sur ce qui est véritablement urgent.
6) Il ne faudrait pas faire « d’équation entre le TGV et le besoin d’entretien de nos infrastructures », pouvait-on lire dans La Presse. Pourtant, l’Ordre des ingénieurs du Québec, le comité d’experts indépendants sur la programmation des travaux du MTQ et plusieurs autres experts nous répètent semaine après semaine qu’il est urgent de mettre fin à la logique du coupage de ruban et d’enfin prioriser l’entretien de nos infrastructures existantes. Permettez-moi donc de remettre en question la pertinence de lancer le projet d’infrastructure le plus coûteux de l’histoire du Canada. Selon plusieurs, puisque ce projet est porté par le gouvernement fédéral plutôt que par Québec, il faudrait faire comme s’il ne comptait pas. Je ne suis pas de cet avis.
Au final, on en sait très peu sur le projet, à part que ça ne répond à aucun besoin urgent ni volonté démocratique de l’Assemblée nationale, et que ça coute une fortune. On ne sait même pas où il va passer, on ne sait pas combien de tunnels à construire que ça va demander, on ne sait pas sur combien de terres agricoles il va passer. Mon pari est que plus les Québécois en apprendront sur le projet, plus ils trouveront que leur argent est mal investi.
Nous prenons l’engagement, de notre côté, d’être responsables avec l’argent des Québécois.