On va m'accuser de racisme pour ce qui suit. Lisez jusqu'au bout : c'est le seul texte authentiquement antiraciste que vous lirez cette semaine.
Voici la démonstration, en trois preuves, que grouper les gens n'a aucun sens. Pas moralement. Logiquement.
Preuve numéro un : la variance.
Prenez n'importe quel groupe : les Noirs, les Blancs, les Juifs, les femmes, les Asiatiques, les gays, les hĂ©tĂ©ros. Mesurez n'importe quoi : intelligence, valeurs, ambition, goĂ»ts, opinions politiques. Le rĂ©sultat est toujours le mĂȘme, et il est connu des statisticiens depuis cinquante ans : la variance Ă l'intĂ©rieur du groupe Ă©crase la variance entre les groupes.
Traduction : deux femmes prises au hasard diffĂšrent plus entre elles que la moyenne des femmes ne diffĂšre de la moyenne des hommes. Deux Noirs pris au hasard ont moins en commun entre eux qu'avec des millions de Blancs, et inversement.
Le groupe ne prédit presque rien de l'individu. C'est un fait mathématique. Celui qui vous parle des Noirs ou des femmes comme d'un bloc ne décrit pas la réalité. Il décrit son ignorance de la réalité.
Preuve numéro deux : l'intersection infinie.
Chaque humain appartient simultanément à des milliers de catégories. Une femme est aussi une ingénieure, une Bretonne, une mÚre, une athée, une passionnée d'échecs, une propriétaire, une fille d'ouvrier. Laquelle de ces appartenances est SON identité ?
Celui qui choisit pour elle, et qui choisit toujours la race ou le sexe plutÎt que le reste, ne révÚle rien sur elle. Il révÚle tout sur lui : il a besoin de cette case-là , parce que c'est celle qui se monnaye politiquement.
Preuve numéro trois : le porte-parole impossible.
Si le groupe homogĂšne n'existe pas, alors personne ne peut parler en son nom. Chaque association qui prĂ©tend reprĂ©senter « les musulmans », « les femmes » ou « les Noirs » reprĂ©sente en rĂ©alitĂ© une fraction militante qui a capturĂ© le micro. Les millions d'individus rangĂ©s de force dans la case n'ont rien demandĂ©. On parle Ă leur place, puis on leur reproche de ne pas ĂȘtre d'accord avec leur propre porte-parole.
CQFD : le groupe est une fiction statistique, l'assignation est arbitraire, la représentation est une capture. Il n'existe que des individus.
Maintenant, la nuance qui change tout, parce que c'est ici que tout le monde se trompe dans les deux sens.
Les cultures, elles, existent. Une culture n'est pas un groupe assignĂ©, c'est l'inverse exact : une crĂ©ation Ă©mergente. Des millions d'individus libres qui, gĂ©nĂ©ration aprĂšs gĂ©nĂ©ration, sĂ©dimentent une langue, une cuisine, un humour, des paysages, une maniĂšre d'ĂȘtre au monde. Personne ne l'a dĂ©crĂ©tĂ©e, personne n'en dĂ©tient la carte de membre, et c'est prĂ©cisĂ©ment pour ça qu'elle est prĂ©cieuse.
Macron a dit « il n'y a pas de culture française ». C'est la plus grande erreur de sa présidence. La culture française existe, n'importe quel étranger la reconnaßt en dix secondes, et des étrangers l'ont assez aimée pour devenir plus français que nous. Une culture se respecte, se transmet, s'enrichit. Elle ne se déconstruit pas de force, ni la nÎtre, ni celle des autres.
D'oĂč les deux rĂšgles d'une sociĂ©tĂ© d'individus, et elles tiennent en deux phrases.
RĂšgle un : aucune minoritĂ©, de quelque ordre que ce soit, n'impose sa vision du monde Ă la majoritĂ©. Vivre sa diffĂ©rence est un droit absolu. La faire payer aux autres, réécrire leurs livres, renommer leurs fĂȘtes, policer leur langue, n'en est pas un.
RÚgle deux : on juge les actes, et on les juge durement. Celui qui vole, qui tue, qui menace physiquement, tombe sous une justice intransigeante, quelle que soit sa case. Pas de circonstance sociologique, pas d'excuse communautaire, pas de lecture racialisée du crime. Un individu a agi, un individu répond.
Et maintenant vous voyez le scam wokiste dans son architecture entiĂšre.
Le wokisme a besoin que les groupes existent, parce que sans groupes, pas de lutte des groupes, et sans lutte, pas de pouvoir pour les courtiers de la lutte. Alors il a fusionné toutes les causes en un seul conglomérat : race, sexe, orientation, religion, tout est devenu un seul front, les « dominés » contre les « dominants ».
Regardez ce conglomĂ©rat deux secondes et il s'effondre. Ses composantes veulent des choses opposĂ©es. Les fĂ©ministes et les islamistes dans le mĂȘme cortĂšge. Les gays dĂ©filant pour des rĂ©gimes qui les pendent. Aucune cohĂ©rence interne, et pour cause : ce n'est pas une coalition d'intĂ©rĂȘts, c'est un cartel de porte-paroles. La grille oppresseur-opprimĂ© est le mĂȘme logiciel que la lutte des classes, recompilĂ©. On a juste remplacĂ© le prolĂ©tariat, qui n'a pas voulu jouer son rĂŽle, par un patchwork de minoritĂ©s assignĂ©es de force.
Le racisme assigne l'individu Ă sa race. L'antiracisme woke assigne l'individu Ă sa race. C'est la mĂȘme opĂ©ration avec un signe inversĂ©, et c'est pour ça que plus on le pratique, plus le pays se fracture.
La sortie n'est ni dans la revanche d'un groupe ni dans la promotion d'un autre. Elle est dans la dissolution du concept : des individus libres, jugés sur leurs actes, dans des cultures vivantes qu'on respecte au lieu de les déconstruire.
C'est exactement ce que l'Occident avait inventé, et c'est exactement ce qu'on lui a fait oublier. Aux individus de le reconstruire.