Pousser un caddie et comprendre la réalité du commerce sont deux mondes différents.
Hier, devant la Commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution, j’ai voulu porter la voix de notre métier, loin des clichés.
Après la désindustrialisation, la France subit une "décommercialisation" inquiétante. Nous sommes pris en étau entre la toute-puissance américaine, les ambitions conquérantes chinoises et l'essor des néo-discounters qui bousculent nos modèles sans en partager les contraintes.
Pour naviguer dans cette complexité, deux piliers guident notre action :
1️⃣ Le réalisme économique : face aux géants de l'agro-industrie, le déséquilibre est flagrant.
@CooperativeU représente souvent moins de 0,5 % du chiffre d'affaires mondial de certains fournisseurs. Dans ce contexte, les alliances à l'achat sont indispensables pour faire le juste prix pour nos clients.
2️⃣ La réalité des territoires : nous sommes des commerçants indépendants. Nous vivons là où nous travaillons. Nos salariés sont les voisins de nos producteurs partenaires. C'est cet ancrage local qui fait notre force et notre singularité.
Pour concilier ces deux mondes, nous avons créé l’an dernier notre propre centrale européenne. Notre objectif : peser en Europe tout en respectant le droit français et la part de matière première agricole.
L’heure est ensuite au choc de simplification. On ne peut plus empiler les lois (10 en 26 ans dans notre métier!). À force de vouloir tout réguler, on finit par désindustrialiser. J'ai donc soumis 3 propositions concrètes à Mesdames la présidente Anne-Catherine LOISIER et la rapporteure Antoinette Guhl :
✅ Lever l'opacité sur les négociations commerciales en réformant l'usage abusif de "l'option 3" par les industriels.
✅ Faire la transparence sur l'origine : on sanctuarise aujourd'hui une matière première sans même savoir si elle est française !
✅ Fin de la date butoir unique : sortons d'un système dépassé et unique au monde qui met une pression contre-productive sur les négociations. Passons à la fin de contrat mobile et à la contractualisation pluriannuelle.
Ma proposition supplémentaire : instaurer une négociation de "premier niveau" où les industriels s'accordent obligatoirement avec les agriculteurs avant de négocier avec les distributeurs.
Notre combat est clair : défendre notre souveraineté alimentaire. Ce que nous gagnons en compétitivité doit profiter à tous : des débouchés pour nos agriculteurs, des emplois pour les Français et du pouvoir d'achat pour les consommateurs.