« Ce que les 30 dernières années nous ont montré : c’est dur de devenir mondial en partant d’un marché national européen (Nous avons eu Adyen, Revolut, Spotify, BioNtech, on espère Mistral), mais impossible à partir d’un projet pan-européen. »
Rien à ajouter.
La France seule.
Plus notre retard sur les Etats-Unis et la Chine devient visible, plus on met sur la table des nouveaux « Airbus de machin ».
Petit rappel sur les derniers succès de cette stratégie :
⏳ Ariane / Arianespace, « l’Airbus de l’espace », 1973, réussite initiale, mais aujourd’hui distancée par SpaceX
⏳ Galileo, « l’Airbus du GPS », 1999, opérationnel avec quinze ans de retard
💀 Quaero, « l’Airbus de la recherche / le Google européen », 2005, mort
💀 Consortium industriel Galileo (ESNIS), « l’Airbus de la maîtrise d’œuvre spatiale », 2007, dissous
💀 Andromède / Cloudwatt-Numergy, « l’Airbus du cloud » (1ʳᵉ tentative), 2012, mort
💀 Union de l’énergie, « l’Airbus de l’énergie », 2015, jamais concrétisé
💀 FCAS / SCAF, « l’Airbus de la défense », 2017, mort cette semaine.
💀 ACC, « l’Airbus des batteries », 2017-2020, gigafactories allemande et italienne abandonnées en 2026
💀 GAIA-X, « l’Airbus du cloud » (2ᵉ tentative), 2019, noyé dans la gouvernance, infiltré par les hyperscalers
💀 Filière hydrogène, « l’Airbus de l’hydrogène », 2020, avion ZEROe repoussé d’une décennie, méga-projets gelés
💀 Calcul quantique, « l’Airbus du quantique », 2021, aucune consolidation, startups dispersées
💀 European Chips Act, « l’Airbus des semi-conducteurs », 2022, cible de 20% du marché mondial hors d’atteinte
💀EuroLLM, « l’Airbus de l’IA » (version académique), 2024, loin de la frontière, cantonné au multilingue, entraîné en partie sur données générées par Qwen
🔄 Matériaux critiques (CRMA), « l’Airbus des terres rares », 2023, jalons modestes mais réels (raffinage Solvay), en cours
🔄 MaiaSpace, « l’Airbus des mini-lanceurs », 2024, vol inaugural attendu, trop récent pour statuer
🔄 Bromo (Airbus-Thales-Leonardo), « l’Airbus du spatial », 2025, accord signé, entité prévue 2027, trop récent pour statuer
On dit souvent à raison que l’on a besoin du format Airbus car seul le marché européen est assez grand pour avoir les bons effets d’échelle et les montants d’investissement suffisants.
Mais si l’échelle européenne apporte ces avantages, elle vient avec deux énormes inconvénients : des processus décisionnels extrêmement lents et complexes qui reposent sur des enjeux politiques avant d’être industriels et des conflits permanents entre nations concernant le partage du savoir-faire et des richesses.
Ce que les 30 dernières années nous ont montré : c’est très dur de devenir champion mondial en partant d’un marché national européen (Nous avons eu Adyen, Uipath, Revolut, Spotify, BioNtech, on espère Mistral, et c’est guère tout), mais quasiment impossible à partir d’un projet pan-européen.
Toute notre impasse stratégique est là.