Henri Langlois : « Il n’y a pas de Garbo ! Il n’y a pas de Dietrich ! Il n’y a que Louise Brooks ! »
Georg Wilhelm Pabst et Louise Brooks : "Je n'ai jamais rencontré une artiste d'un talent si sincère, possédant un tempérament d'une si infinie sensibilité. Lorsqu'elle avait à donner une scène de larmes, j'étais obligé de la modérer, car son désespoir durait parfois très longtemps. Lorsqu'elle pourra maîtriser un peu son tempérament, nous obtiendrons d'elle des choses extraordinaires... J'espère que ce ne sera pas mon dernier film avec elle (Loulou, La Boite de Pandore)." (Cinémonde n°20, 7 mars 1929
Louise Brooks : "Mais à moi, il pouvait ne pas me dire un mot de la matinée, et puis au repas se tournait brusquement pour me dire : "Louise, vous devez être prête demain matin pour une scène de grande bagarre avec Kortner." Ou : "Cet après-midi, dans la première scène, vous allez pleurer." C'est ainsi qu'il me dirigeait. Avec un acteur intelligent, il se livrait à une explication exhaustive ; avec un vieux cabot, il parlait le langage du théâtre. Mais dans mon cas, par quelque magie, il me communiquait une seule émotion bien définie, puis me laissait la bride sur le cou."
Antonioni, L'adieu aux femmes - "Au moins une fois dans le film, Niccolo est vraiment émouvant. il vient de réaliser que le contact avec Mavi est rompu. Il affiche une photo de Louise Brooks à sa fenêtre. Derrière la femme idéale, le personnage et le fantasme de Pabst, derrière Loulou, le rêve de Niccolo, la vitre pleure. Niccolo ne verse pas une larme, jamais. Quelque chose pourtant, en lui, gémit. Il souffre d'avoir à se séparer du regard subjectif, irrationnel, obscur et féérique, sarcastique et hyperbolique de l'expressionnisme. Quelque chose souffre en Michelangelo Antonioni de devoir faire son adieu aux femmes. A la femme." (François Audé : Antonioni, L'adieu aux femmes, Positif n°263, 1983)
Robert Bresson à Jean-Luc Godard : "Je pense que l'écart se situe surtout ici : le cinéma copie la vie, ou la photographie, tandis que moi, je recrée la vie à partir d'éléments aussi nature, aussi bruts que possible.
Ou, si vous voulez : c'est le système de la poésie. Prendre des éléments aussi écartés que possible dans le monde, et les rapprocher dans un certain ordre qui n'est pas l'ordre habituel mais votre ordre à vous. Mais ces éléments doivent être bruts. Le cinéma, au contraire, recopie la vie avec des acteurs, et photographie cette copie de la vie. Donc, nous ne sommes absolument pas sur le même terrain."
... "Mais ce n'est pas du tout pour aller contre ce que vous faites et contre ce que vous sentez, vous, Jean-Luc Godard. C'est seulement que vous m'avez questionné... Mais vous savez que j'aime beaucoup ce que vous faites, et que ça me rafraîchit beaucoup d'aller voir vos films. Mais là, vous êtes, vous aussi, dans un domaine qui n'est pas le domaine habituel. Qui n'est pas le domaine du cinéma. Qui est encore autre chose. Sans doute vous servez-vous un peu du cinéma pour faire ce que vous faites, mais ce que vous faites est bien à vous.
Et rien de ce que j'ai dit n'était fait pour mettre en avant ce que je pense ni pour..."
Jean-Luc Godard à Robert Bresson : "Ah mais je crois, j'ai l'impression, par rapport à vous, de ne pas faire du cinéma. Je ne veux pas dire du tout que j'ai le sentiment de faire des choses pas intéressantes, mais, par rapport à vous, j'ai le sentiment de ne pas faire de cinéma. Quoi que ce ne soit pas le mot qui convient. Disons : du cinématographe."
(Cahiers du Cinéma n°178, 1966)
Marika Green : Jeanne
Martin LaSalle : Michel
PICKPOCKET, Robert Bresson (1959)