Immigration en Suisse, et si la solution pour la maîtriser passait par les cantons ?
Le 14 juin, nous avons rejeté l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ». On a évité le plafond dur, on a respiré un grand coup… et on est repartis dans le même train qui roule un trop vite. Les loyers qui flambent, les classes surchargées, les bouchons qui s’allongent et cette sensation diffuse que le pays change plus vite qu’on ne l’assimile : tout ça n’a pas disparu avec le résultat du vote.
On nous serine depuis des années que l’immigration est une affaire exclusivement fédérale. Berne décide, les cantons exécutent, et tout le monde doit faire avec la même règle, qu’on soit à Zurich, à Appenzell ou dans le Valais. Mais franchement, est-ce vraiment une fatalité ?
Ce n’était pas le cas par le passé. Pendant des siècles, dans l’ancienne Confédération, les cantons souverains géraient eux-mêmes qui pouvait s’installer sur leur territoire. C’est seulement avec la Constitution de 1848 et la centralisation progressive qui a suivi que Berne a tout pris en main.
Imaginez un instant que l’on redonne une vraie marge de manœuvre aux cantons. Ceux qui ont une économie vorace en main-d’œuvre – Zurich, Bâle, Genève – pourraient fixer leurs propres quotas et priorités, en lien direct avec leurs besoins réels. Les cantons déjà saturés pourraient serrer la vis sans avoir à s’excuser. Et les régions plus rurales ou attachées à leur identité pourraient dire clairement : « Chez nous, on accueille moins, on intègre mieux, et on préserve ce qui fait notre cadre de vie. »
Ce serait revenir à un fédéralisme plus authentique, en appliquant le principe de subsidiarité là où il fait vraiment mal aujourd’hui. On laisse les cantons décider pour l’école, les impôts, la santé ou la police. Pourquoi l’immigration serait-elle soudain devenue une compétence sacrée et intouchable ? Pourquoi les réalités locales devraient-elles toujours plier devant une politique nationale unique, souvent déconnectée du terrain ?
Certes, ce ne serait pas sans complications. La mobilité des travailleurs, les frontaliers, la coordination avec les accords européens : il y aurait du travail pour inventer des règles claires et éviter le bazar.
Mais est-ce vraiment plus ingérable que le système actuel, qui mécontente une partie grandissante de la population tout en ne réglant rien sur le fond ?
Le débat sur les 10 millions n’est pas clos. Il a simplement glissé sous le tapis. Au lieu de se déchirer sur un chiffre national qui divise tout le monde, posons-nous la bonne question : à qui appartient vraiment le droit de décider qui vient vivre chez nous ? À des administrations fédérales éloignées ? Ou à ceux qui vivent concrètement les conséquences tous les jours dans leur commune ?
La Suisse a toujours été pragmatique. Peut-être est-il temps de se souvenir que notre force, c’est justement de ne pas tout régler depuis Berne.