En France, faire grève a longtemps été un crime. Et c'est la Révolution qui l'a décidé.
Le 14 juin 1791. On l'oublie souvent : la Révolution n'a pas seulement aboli les privilèges. Elle a aussi muselé les ouvriers.
L'homme qui porte le texte s'appelle Isaac Le Chapelier. Avocat breton, député, l'un des visages de la nuit du 4 août.
Son idée part d'un principe : seul l'individu compte. Pas les groupes, pas les corporations de l'Ancien Régime, jugées dépassées.
Mais la loi va beaucoup plus loin. Elle interdit toute association de métier. Patrons comme ouvriers. Plus de coalition, plus de grève, plus de défense collective des salaires.
D'un côté, elle libère l'initiative et le commerce. De l'autre, elle laisse l'ouvrier seul face au patron, pendant près d'un siècle.
Il faudra attendre 1864 pour le droit de grève, et 1884, la loi Waldeck-Rousseau, pour que les syndicats redeviennent légaux.
Le Chapelier, lui, finira sur l'échafaud en 1794.
Aujourd'hui encore, chaque grève en France descend d'un combat commencé contre cette loi.
Une bonne intention, ou une faute sociale ?